De la maastrichtophobie à la lisbonnophobie

Article publié le 15 décembre 2008
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Article publié le 15 décembre 2008
Scandale ! Honte ! crient les nouveaux champions autoproclamés de la démocratie. Les irlandais avaient deja voté non et on va leur redemander de se prononcer sur ce traité ? Cela n'a pourtant rien d'anormal ni d'unique. C'est même le contraire qui le serait. Lors du traité de Maastricht, les danois avait voté non. Aurait il fallu tout arrêter...alors que les français avaient voté oui ?

Les gouvernements européens avaient à l'époque procédé comme aujourd'hui, de la manière la plus démocratique qui soit. Car le problème du référendum comme mode de gouvernement est évidemment qu'il n'exprime aucune nuance, contrairement à des élections. Ce "non" Danois semblait motivé par le refus de l'euro. Assez logiquement, le Danemark s'exclut de la monnaie unique et revota : à plus de 60 % les danois se prononcèrent favorablement !

Plus récemment, l'Irlande s'était déjà en 2001 retrouvée dans la même situation. Elle avait rejeté le traité de Nice avec des pourcentages sensiblement similaires ( et une participation d'à peine plus de 30 %) et des arguments identiques à ceux d'aujourd'hui : la peur de la perte de la neutralité notamment. Après un protocole garantissant la neutralité, les irlandais revotèrent, cette fois très favorablement.

Un référendum n'est pas une incantation sacrée, mais une réponse binaire qu'il convient de prendre en compte du mieux possible.. C'est ce qui a été fait depuis le début de la construction européenne, et les peuples concernés l'ont bien compris, résultat des re-référendum à l'appui.

C'est à nouveau le cas aujourd'hui avec les réponses apportées cette fois aux craintes d'une partie des irlandais: pas de remise en cause de l'interdiction de l'avortement, pas de participation à la défense européenne ni à l'harmonisation fiscale, et en prime ils garderont "leur" commissaire.

Les irlandais se prononceront donc sur un texte différent, car il répond de manière explicite aux différentes craintes qu'ils ont exprimés.

Ceux qui en France et Europe se cachent derrière les référendum pour réaliser leurs objectifs peu avouables ne peuvent prendre la démocratie et le destin d'un demi-milliard d'européens en otage. La démocratie n'est pas synonyme d'un simple caprice sans conséquence.

Pas plus que le référendum de Degaulle en 1969 n'impliqua en France le rejet définitif de la décentralisation, gouverner ne signifie renoncer à agir et à améliorer le fonctionnement d'institutions européennes inéfficientes en laissant nos destins partir à la dérive dans un éternel statut quo qui serait figé pour toujours.

La maastrichtophobie, remplacée par la "lisbonnophobie" est un phénomène d'autant plus énigmatique que ce texte, loin d'être la monstruosité "libérale" ou le dévoreur d'enfants de souveraineté que certains s'entêtent à imaginer, n'apporte que des modifications modestes aux institutions européennes, leur permettant néanmoins de fonctionner un (petit) peu mieux, ce qui est vital mais reste très insuffisant pour faire face ensemble à l'histoire en train de s'écrire de manière dramatique.