De la Gambie à l'Allemagne : des migrants dans la poudreuse

Article publié le 21 février 2015
Article publié le 21 février 2015

Fuyant un pays qui a tué leurs parents, trois jeunes gambiens ont rallié l'Allemagne en empruntant des chemins tortueux. De leur fuite en avant à leur arrivée dans un village enneigé, voici leur histoire, qui s'est parfois écrite à la force du piolet.

Nous sommes le 31 décembre 2014, et la neige s’étend à l’horizon jusqu’à Müllheim, une petite ville de 18 000 âmes, au sud de l’Allemagne. Située entre la vallée du Rhin Forêt Noire, la vie dans le village affiche un calme serein. Une tranquilité que, à la veille de 2015, trois jeunes individus sont venus secouer. En ville, trois jeunes gambiens marchent péniblement dans la neige épaisse. Il n'en fallait pas plus pour éveiller les soupçons.

Putsch aux pays des Scorpions

Lorsqu’on leur pose la question, certaines personnes de la ville répondent crûment et clairement : ils ne veulent pas les voir dans les parages. Ils supposent que ces immigrés - 60 en tout – vivent dans le gymnase de l’école,  en attendant de voler le boulot de leurs enfants. Pourtant, certaines personnes bien intentionnées essayent d’agir, afin que les Gambiens trouvent leur place ici. Avec un lit et un placard chacun peut ranger ce qui lui reste du passé, ou ce qui pourra servir à l’avenir.

Peu importe les clans. Pour Lamin Ceesay, Mohamadou Sanneh et Abubacarr Sawo, qui découvrent la beauté de la neige pour la première fois, les flocons cristallisent la réalisation d’un avenir qui  semblait impossible il y a peu. Mohamadou est né en 1992 en Gambie. Le pays était encore gouverné par le président Sir Dawda Jawara, le premier du nom depuis 1970 et la proclamation de la République, cinq ans après l'indépendance du Royaume-Uni. En 1994, alors que Mohamadou n'a que deux ans, un groupe d’officiers de l’armée nationale gambienne s’empare du pouvoir. Le putsch, mené par Yahya Jammeh, commandant de la police militaire gambienne, débouchera sur la création de l'Alliance patriotique pour la réorientation et la construction (AFPRC).

L'AFPRC, dans le plus pur style militaire, fermera immédiatement les frontières et imposera un couvre-feu. Au fur et à mesure du temps, Jammeh justifiera constamment son coup d'État au motif que le gouvernement précédent était trop corrompu et non-démocratique. Ceci, jusqu'à être élu lui-même président de la République en 1996. Des fonctions qu'il occupe encore aujourd'hui, sans ciller.

Massacres, plomberie et Kadhafi

Avec la devise Justice, Paix et Progrès, le Parti démocratique uni (UDP) se fondera en 1996, par l'initiative de l’avocat des droits de l’homme Ousainou Darboe. Cette formation représente encore le principal parti d’opposition au régime de Yahya Jammeh, qui pendant ce temps-là discrimine les homosexuels, musèle la liberté de la presse, et viole allégrement des droits de l’homme, en réprimant l'organisation de manifestations étudiantes, en menant des campagnes de chasse aux sorcières ou en massacrants des migrants. Mohamadou se souvient : « Ma vie a été bonne jusqu’en 2001 : mon père appartenait à l'’UDP. Mais à cause de ça, mon père est mort. Le président l’a fait emprisonner en 2001 et il est mort en prison, 8 ans plus tard ».

En fait, une partie des médias (comme la plateforme en ligne Freedom Newspapers-Gambia’s, Premier Online Newspaper et Foroyaa newspaper) a publié une liste de douzaines d’individus qui ont disparu après avoir été ramassés par des hommes en civil, et d’autres qui ont langui des mois voire des années en détention, sans aucune inculpation ni procès. Après la mort de son père, la course pour la survie de Mohamadou s'est très vite accelérée. Fuyant la Gambie à l'âge de 17 ans, il a parcouru les routes d'Afrique pendant 5 années au cours desquelles il aura dû affronter de nombreux problèmes liés à son statut d'apatride.

« D’abord, je suis allé au Sénégal mais finalement j’ai eu la possibilité d’aller en Lybie en 2011, raconte le jeune gambien. Puis mon boss m’a amené en voiture au Mali, au Burkina, au Niger. En Lybie, c'était mieux, je me suis posé et j’ai travaillé comme plombier. Mais ensuite, il y a eu les problèmes avec le président Kadhafi... »

Retrouvez bientôt la suite de l'histoire de Lamine, Mohamadou et Abubacarr prochainement à la Une du magazine.