De la Gambie à l'Allemagne : des migrants dans la poudreuse (2/2)

Article publié le 24 février 2015
Article publié le 24 février 2015

Un grand nombre de migrants tentent d'entrer dans l'Union Européenne. cafébabel écoute trois jeunes Gambiens raconter les épreuves auxquelles ils ont fait face.  Pour Lamin Ceesay, Mohamadou Sanneh et Abubacarr Sawo, échapper à l'instabilité politique, à la guerre et aux conflits a été un vrai combat. Voici la fin de cet article en deux parties sur leur incroyable voyage

Après avoir fui la Gambie à la suite de l'arrestation et de la mort de son père, Mohamadou Sanneh est enfin arrivé en Libye, après avoir traversé le Sénégal. Après une brève période de calme, Mohamadou a vu la guerre civile éclater dans le pays après la chute du régime de Kadhafi.

« J'ai connu beaucoup d'histoires [de guerre] là-bas. Mon patron a été tué et l'armée m'a emprisonné à Tripoli - j'ai fait six mois de prison là-bas. Imagine, tu n'as absolument rien fait de mal, et il est une heure du matin, tu es en train de dormir chez toi, la police arrive et ils t'emmènent… Puis, des gens qui m'avaient connu quand j'étais plombier m'ont offert l'opportunité de partir en Italie. Ils m'ont dit, "Ici ça ne va pas parce qu'il n'y a pas de gouvernement", alors je suis allée en Italie. »

« Ici, il ne tue pas les gens »

Mohamadou ne donne pas les noms de ceux qui l'ont aidé lors de l'étape suivante de son voyage. Son histoire est la même que celle des milliers d'autres qui sont passés par l'île de Lampedusa, symbole de l'immigration nord-africaine en Europe. En 2011, une énorme vague d'immigration entre la Libye et l'Italie a déferlé, due à l'extension du Printemps arabe qui a entrainé des révolutions en Tunisie, en Libye, en Égypte, au Yemen, en Syrie et à Bahreïn.

En août 2011, 48 000 immigrants ont débarquésur l'île de Lampedusa. La plupart d'entre eux étaient de jeunes hommes âgés de 20 à 30 ans. Cette situation a créé des désaccords au sein de l'UE. Le gouvernement français considérait la plupart des arrivants comme des migrants économiques plutôt que comme des réfugiés fuyant les persécutions, tandis que l'Italie a demandé à maintes reprises l'aide de l'UE pour gérer l'afflux de réfugiés.

L'immigration illégale en Europe est un problème social et politique complexe, facilitée par les réseaux officieux de passeurs, ce que les immigrants eux-mêmes ne savent pas forcément. « On m'a d'abord envoyé en Sicile puis à Rome, raconte MohamadouJe suis ensuite resté à Ancône pendant six mois. Puis retour à Rome, mais ils ne m'ont pas donné les papiers, alors je suis parti en Allemagne. »

« Ils » ? Mohamadou ne donne pas de détails et la façon dont il parle de ces passeurs laisse entendre qu'il n'est pas très sûr de leur identité. « Je suis allé en Allemagne parce que là-bas, ils ne tuent pas les gens. Ils sont meilleurs [sic] que les Italiens. » Y a-t-il vraiment une différence entre les Allemands et les Italiens ? Ce n'est pas vraiment la question. Une distinction si nette pourrait n'être qu'un moyen pour Mohamadou d'expliquer le fait qu'il ne s'est senti en sécurité à aucun moment de son voyage. L'Italie n'était pas une destination où il lui aurait été possible de s'installer, car les passeurs peuvent aussi être une menace pour les immigrants une fois que ceux-ci sont arrivés en Europe.

Le mythe de l' « Allemagne malchanceuse »

En marchant dans les rues Müllheim avec ces trois jeunes hommes, nous avons entendu des commentaires reflétant le débat, engagé sur Internet, après que le journal prestigieux Frankfurter Allgemein Zeitung (FAZ) a publié un article sur les réfugiés dans la ville. « Allemagne malchanceuse », avons-nous entendu de la bouche d'un homme âgé.

La différence entre un Européen et un réfugié pourrait être soulignée par tout ce qui a trait à la culture, de la langue à l'ethnicité. Cependant, la clé pour combler un tel fossé se trouve dans l'intimité de l'histoire de chaque réfugié, qui devrait servir de terreau à la solidarité. La seule chance qu'ont eu Mohammadou, Lamin et Abubacarr de se construire un futur a été de fuir leur pays d'origine. En conséquence, ils ont connu la guerre, traversé des frontières et défié des passeurs. Ils se sont exilés pour tenter de prendre un nouveau départ.

Les premiers signes s'annoncent de bon augure. La prochaine étape est prévue pour le printemps, quand les 60 migrants seront transférés du gymnase à un hôtel du quartier. Qu'ils soient considérés comme des migrants économiques ou des réfugiés politiques, le but de Mohammadou, Lamin et Abubacarr est à présent d'obtenir un statut juridique permanent : « J'aime cet endroit. J'aimerais travailler ici en tant que plombier ou dans une ferme ».

Le destin à long terme de Mohamadou et des autres migrants se trouvant à Müllheim est lié aux réactions politiques des pays de l'UE. Cependant, ces trois Gambiens peuvent compter sur la solidarité de certains résidents locaux qui les soutiennent - le simple espoir de pouvoir recommencer à zéro.

Lire la première partie de l'histoire de Lamin Ceesay, Mohamadou Sanneh et Abubacarr Sawo ici.