De la France à l’Espagne, en passant par la Catalogne

Article publié le 22 janvier 2002
Publié par la communauté
Article publié le 22 janvier 2002

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Quand une étudiante française tente de comprendre la nation espagnole, l’exemple catalan lui permet d’apprécier toutes les différences avec son pays natal.

Lors du sommet européen de Barcelone, en mars 2002, j’ai songé avec nostalgie à cette ville dans laquelle j’ai vécu durant 9 mois en tant qu’étudiante ERASMUS. Pour tout dire, je ne réalisais pas vraiment la richesse de la culture que j’allais découvrir en posant les pieds en terre catalane. Je savais bien sûr que ses habitants parlaient une langue régionale, « officielle » au même titre que l’Espagnol, mais je me figurais qu’il s’agissait plus d’une tradition, comme le Breton ou l’Alsacien en France. Il n’en est rien. Je crois même que les neuf mois passés là bas ne m’ont pas été suffisants pour comprendre tout à fait leur identité régionale au sein de la nation espagnole. Je parle bien de comprendre, et non d’accepter, qui est bien plus facile.

Moi, petite Française, je ne comprenais pas l’obstination de certains jeunes de l’université où j’étudiais à ne parler que Catalan, et la volonté de quelques professeurs à dispenser leurs cours dans cette langue, malgré les protestations des étudiants étrangers. J’ai commencé à saisir les différences intrinsèques entre la nation française et la nation espagnole quand un groupe d’étudiants m’a confié se sentir Catalans, et non Espagnols. Jamais en France je n’avais entendu quelqu’un dire qu’il se sentait plus Lorrain, Bourguignon, ou Picard, que Français ! Je me suis alors trouvé face à un paradoxe : tout au long de leur histoire, la France comme l’Espagne ont tenté de construire un centre étatique et administratif fort. Or, si la France y est parvenue, peut-être même trop bien, l’Espagne au contraire est aujourd’hui organisée en Provinces quasi autonomes, ayant parfois deux langues officielles, comme en Catalogne ou au Pays basque. Et pourquoi, alors que la gauche traditionnelle française veut une unité et une cohésion nationale forte, c’est la droite espagnole qui tient ce genre de discours ?

Comprendre grâce à l’histoire

La complexité de la nation espagnole, c’est-à-dire le sentiment d’appartenir à une même communauté, au travers de valeurs communes, apparaît dans toute sa splendeur dans l’exemple catalan. Et quand certains Galiciens, à Saint-Jacques de Compostelle, vous font une critique acerbe d’un Catalan caricaturé à l’extrême, la dispersion du sentiment national est flagrante. L’histoire, comme toujours, peut nous aider à saisir ce phénomène. Pour n’étudier que le vingtième siècle, l’Espagne a subi une dictature pendant trente-six années. De 1939 à 1975, en effet, le général Franco détenait le pouvoir. Franco voulait centraliser le pays, et gommer les différences régionales à tel point qu’il interdit en Catalogne l’usage du Catalan dans les écoles et autres lieux publics. Un couple de septuagénaires avec lequel j’avais sympathisé m’a raconté qu’à cette époque, ce genre de mesures avait été très difficilement accepté et rarement appliqué. Il semble de plus, selon leurs dires, que Franco ne portait pas cette province dans son cœur, pour y avoir rencontré de fortes oppositions, voire même de violentes actions de résistance envers son régime.

La province s’est donc sentie particulièrement bridée et a vue ses particularismes reniés. A la mort du dictateur, les identités ont enfin pu se réaffirmer, ce qui a entraîné un mouvement inverse : les cultures régionales, et notamment la langue, sont redevenues l’apanage des territoires qui composent l’Espagne. L’affirmation parfois exacerbée d’une culture qui leur est propre est alors devenue à mon sens un symbole du retour de la démocratie, d’une liberté retrouvée. Dès lors comment leur reprocher de s’affirmer, voire même de se revendiquer Catalans ?

Il ne s’agit pas cependant d’un élan indépendantiste, mais simplement d’un désir d’autonomie. Les provinces catalane et galicienne ne seront indéniablement jamais semblables. Mais cela ne les empêche pas pour autant de cohabiter dans un même Etat : l’Espagne. Le parallèle est facile à établir : Il est certain qu’il existe entre la France et l’Espagne des différences qui font que jamais ces nations ne seront communes. Il semble pourtant qu’elles puissent cohabiter dans un même ensemble plus vaste : l’Europe.