De Barcelone à Chiang Maï : une Espagnole thaï la route

Article publié le 9 mars 2015
Article publié le 9 mars 2015

Des milliers d'Européens ont abandonné leur pays d'origine suite à la crise économique de ces dernières années. Faisons connaissance avec Sandra, qui a décidé de se risquer à quitter sa Barcelone natale pour partir à Chiang Mai, au Nord de la Thaïlande. Une aventure qui, comme elle le décrit, n'est pas exempte de problèmes et de difficultés.

Selon les statistiques sur l'émigration de la Banque Mondiale, presque deux millions de personnes ont quitté l'Espagne entre 2010 et 2014, suite à la crise européenne. Un phénomène qui n'a pas seulement affecté l'Espagne, puisque, sur la même période, la France a enregistré 649 998 migrations vers l'étranger, l'Allemagne 549 674 et l'Italie 900 000, pour ne citer que quelques pays.

Sandra a 43 ans. Nous avons rendez-vous avec elle dans une cafétéria du centre historique de la ville. Elle est arrivé en Thaïlande il y a plus d'un an déjà, précisément à Chiang Mai, depuis Barcelone, sa ville natale. Elle ne se refuse pas à expliquer les problèmes et les difficultés qu'elle a traversés pour réussir à s'adapter à une culture totalement différente. Après avoir parlé avec elle, il semblerait que tout ne soit pas aussi simple qu'on nous le montre dans différents programmes de télévision comme, par exemple, « Españoles en el mundo », de Televisión Española, où apparaissent toujours des expatriés qui nous racontent que tout va bien et combien ils sont contents d'avoir « franchi le grand pas ». En définitive, la chance et le sens de l'effort sont les deux facteurs clés pour savoir comment ça ira si tu te décides à tenter l'aventure.

cafébabel : Pourquoi as-tu décidé de quitter l'Espagne pour partir en Thaïlande ?

J'en avais marre de voir, jour après jour, la situation précaire du travail de mon pays, due à la crise, et d'observer en première ligne les gens se retrouver sans boulot. Dieu merci, j'ai un emploi en Espagne, dans un Centre de soins de santé primaire. J'ai demandé un congé de convenance personnelle pour venir vivre ici et déconnecter de la triste réalité de mon pays. La Thaïlande semblait remplir un grand nombre des conditions requises pour m'imaginer y vivre quelques temps. J'admire la gaieté de ses habitants, leur caractère et leur perpétuel sourire.

cafébabel : Connaissais-tu la Thaïlande auparavant ?

Oui, j'y étais allée trois fois en vacances. C'est pourquoi je pensais arriver un peu préparée. Je suis donc partie avec l'argent que j'avais économisé pour y rester six mois, mais avec le recul, je ne recommanderais pas à quelqu'un de venir avec si peu. Il faut déjà calculer au minimum les frais mensuels, puis, prévoir suffisamment d'argent pour pouvoir vivre au moins un an sans avoir de souci à se faire.

cafébabel : Où as-tu été hébergée en arrivant et combien cela t'a-t-il coûté ? As-tu rencontré des difficultés pour trouver un logement en tant qu'étrangère ?

Fraîchement arrivée à Chiang Mai, j'ai vécu quelques jours dans une auberge, le temps de trouver un studio pas cher à louer pour quelques mois. Si je me souviens bien, les dix jours m'ont coûté environ 150 euros. Il y a beaucoup d'offres et on devient un peu fou à parcourir la ville de long en large. Mais à part cela, je n'ai eu aucun problème, on m'a seulement demandé une caution d'un mois.

cafébabel : Qu'en est-il du travail pour les étrangers ? Quelle est ton activité là-bas ?

La situation est compliquée. En Thaïlande, un étranger ne peut pas faire le travail que peut faire un Thaïlandais. Si une personne venue d'ailleurs veut monter une entreprise ici, elle doit avoir un associé thaïlandais et celui-ci possèdera 51% des actions de l'entreprise. Pour le moment, j'essaie de gagner ma vie en donnant des cours d'espagnol. Je donne aussi des consultations d'homéopathie par internet. Avec un coût de la vie moins cher qu'en Europe, je vis pour le moment sans trop de problèmes au quotidien. Mais ce n'est pas facile, parce qu'il faut se faire un budget journalier et essayer de ne pas le dépasser.

cafébabel : Quels conseils donnerais-tu à quelqu'un qui chercherait une vie meilleure en Thaïlande ?

Houlà ! C'est une question complexe mais je dirais qu'il faut surtout s'armer de patience, avoir une bonne préparation universitaire et un très bon niveau d'anglais.

cafébabel : T'es-tu déjà sentie discriminée ?

À dire vrai, oui ! Au premier contact avec la population, tu as la sensation d'être ignoré(e) parce qu'on te voit comme un touriste qui ne parle pas thaïlandais et repartira bientôt. Les gens ne perdent pas de temps avec toi et ne font pas beaucoup d'efforts. Mais à leur décharge, je dois ajouter que cela change dès qu'ils te connaissent.

cafébabel : En quoi les Européens et les Asiatiques diffèrent-ils selon toi ?

En généralisant un peu, dans le style de vie et la compétitivité. Dans le travail, il n'y a, là-bas, pas autant de concurrence entre les collègues. En Europe, on t'apprend à travailler en équipe à travers des cours, mais ici on te l'enseigne dès l'école. À nous, les Européens, on nous inculque qu'il faut fonder une famille, acheter une maison et travailler le reste de notre vie pour faire semblant de posséder la même chose que nos amis ou notre voisin. Eux, en revanche, sont un peu résignés.

cafébabel : Qu'as-tu appris de la Thaïlande pendant ce séjour ?

Avant tout, c'est que venir en vacances pour profiter, découvrir le pays et réellement vivre ici sont deux choses bien différentes. J'ai appris à être plus humble et à beaucoup plus apprécier ce que j'ai.