David Cameron ? L'abandon confus du multiculturalisme

Article publié le 15 février 2011
Article publié le 15 février 2011
Rien de neuf à l’ouest dans les déclarations du Premier ministre britannique du 5 février dernier sur l’échec du multiculturalisme. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont déjà ratissé le terrain. Ce discours préoccupe toutefois, et pas uniquement parce que d'autres États anglo-saxons suivent l’ exemple de David Cameron. L'opinion tranchée d'un Canadien.

Dans son discours livré à la conférence sur la sécurité à Munich, le 5 février, le Premier ministre conservateur de Grande Bretagne a attaqué la doctrine de l'État multiculturel en Grande Bretagne. Selon David Cameron, le multiculturalisme n'est pas parvenu à intégrer les immigrés, il a affaibli l'identité nationale et contribue directement à la propagation de l'islam radical. Mais Cameron est confus, et c'est bien là le problème. Ce premier discours officiel sur le terrorisme montre qu'il assimile le multiculturalisme à une « tolérance passive », un encouragement fait aux minorités de vivre de leur côté et une faiblesse pour la cohésion sociale. Des cultures différentes vivent des vies séparées ; les jeunes britanniques musulmans sont déracinés et finissant par se tourner vers l'islam radical et le terrorisme. Cameron est également confus dans les alternatives qu’il propose : un « libéralisme musclé » à la Tony Blair et George Bush, et un renforcement de l'identité nationale.

Renforcer l'identité nationale... Mais quelle identité ?

Le multiculturalisme n'est pas une faiblesse du libéralisme (vu lui comme une doctrine musclée), ou la moins pire de plusieurs alternatives. En réalité, c'est la seule et unique alternative que nous ayons. Soit nous mettons en place une politique qui permette de gérer les différences culturelles et l'intégration des nouveaux immigrants de manière démocratique, soit nous avons recours à la coercition et/ou à l'exclusion, ce qui reproduirait les même effets négatifs que Cameron décrie aujourd’hui. L'aliénation sociale et la ségrégation ethnique sont de véritables problèmes, mais ils doivent plus au racisme, à l'inaction de l'État ou à des facteurs économiques qu'à un échec du multiculturalisme. Les invitations à renforcer l'identité nationale sont positives, mais elles soulèvent une question : quelle identité ? Qui en sera exclu ? Comme un historien qui se penche sur le 20ème siècle tout juste passé, je grince des dents à chaque évocation politique de la construction de l'identité nationale.

Photo : Une : (cc) drp/ Flickr