DANS LA RUE, LEs bulgares ne sont pas entendus

Article publié le 14 avril 2014
Article publié le 14 avril 2014

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Il y a près d'un an, la Bul­ga­rie pro­tes­tait contre son gou­ver­ne­ment. Les ma­ni­fes­ta­tions se sont pour­sui­vies pen­dant plus de 6 mois. Une in­for­ma­tion peu re­layée en Europe.  Ca­fé­Ba­bel livre une in­ter­view de Zor­nitsa Stoi­lova, ré­dac­trice du jour­nal bul­gare "Ca­pi­tal Weekly".

À L'ORI­GINE DES PRO­TES­TA­TIONS

Le 14 juin 2013, près de 10 000 per­sonnes sont sor­ties dans la rue pour ma­ni­fes­ter contre l'ar­ri­vée de De­lyan Peevski à la tête de l'Agence na­tio­nale de sé­cu­rité. Il est membre du par­le­ment et du parti de la mi­no­rité turque Mou­ve­ment pour les droits et li­ber­tés (DPS). Sa mère et lui-même pos­sèdent plu­sieurs mé­dias dans la presse, plu­sieurs chaînes de té­lé­vi­sion et des sites in­ter­net qui changent de ligne édi­to­riale en fonc­tion du parti po­li­tique au pou­voir.  Au cours du pré­cé­dent gou­ver­ne­ment en co­ha­bi­ta­tion entre le parti so­cia­liste bul­gare BSP et DPS, Peevski était dé­puté en charge des ca­tas­trophes avant d'être re­mer­cié pour cor­rup­tion. Il a été en­suite blan­chi de ces ac­cu­sa­tions.

Peevski est un exemple de tout ce qui part à vaux l'eau de­puis que la Bul­ga­rie vit sa tran­si­tion du com­mu­nisme à la dé­mo­cra­tie et à l'éco­no­mie de mar­ché. Rai­son pour la­quelle les Bul­gares ont ma­ni­festé, exi­geant le re­ma­nie­ment du nou­veau gou­vern­ment, trois jours après le rejet de Peevksi. Per­sonne n'a cru que sa no­mi­na­tion était une er­reur. Elle mon­trait plu­tôt une ma­nière de pen­ser et de di­ri­ger du gou­ver­ne­ment sou­te­nue par le parti so­cia­liste.  La plu­part des postes de l'État ont en­suite été at­tri­bués à des per­son­na­li­tés contro­ver­sées mais loyales en­vers les deux par­tis au pou­voir. Après seule­ment trois se­maines en place, le gou­ver­ne­ment n'avait plus la confiance du peuple, et les deux par­tis ont quand même re­fusé d'écou­ter les cri­tiques et de re­ma­nier le gou­ver­ne­ment. Le ca­bi­net "Ore­sharski" a pour­suivi son tra­vail dans une hos­ti­lité sans pré­cé­dent.

Les ma­ni­fes­ta­tions se sont pro­lon­gées pen­dant 6 mois. Elles ont pris fin parce que le gou­ver­ne­ment so­cia­liste n'a pas cédé. Les ma­ni­fes­tants ont in­sisté pour que leurs marches soient pa­ci­fiques et non-vio­lentes. 

LES DER­NIERES MA­NI­FES­TA­TIONS

La der­nière grande ma­ni­fes­ta­tion a eu lieu le 10 jan­vier 2014, pour le 15ème an­ni­ver­saire de la chute du gou­ver­ne­ment so­cia­liste de 1997 qui avait pro­vo­qué une grande in­fla­tion et la fa­mine. Puis la der­nière grande ma­ni­fes­ta­tion s'est pro­duite le 23 mars der­nier. Des cen­taines d'amou­reux de la na­ture se sont ras­sem­blés pour mon­trer leur co­lère contre un pro­jet im­mo­bi­lier sur l'une des der­nières côtes sau­vages de la Bul­ga­rie.

Au cours des pre­miers mois, 10 000 per­sonnes s'étaient réunies à Sofia. La plu­part des grandes villes du pays or­ga­ni­saient leurs propres ma­ni­fes­ta­tions. Mais déjà en au­tomne, ce chiffre di­mi­nuait. Une cer­taine las­si­tude s'était ins­tal­lée face à la ré­sis­tance du gou­ver­ne­ment. Puis en oc­tobre, un mou­ve­ment étu­diant, les Ear­ly­bird Stu­dents, a re­donné du cou­rage à la foule jus­qu'à la fin de l'an­née, en oc­cu­pant la plus grande uni­ver­sité du pays. 

L'EU­ROPE DANS TOUT ÇA ?

Au début des évé­ne­ments, cer­tains of­fi­ciels eu­ro­péens sou­te­naient le mou­ve­ment et ses va­leurs. C'est no­tam­ment le cas de Vi­vianne Red­ding, vice-pré­si­dente de la Com­mis­sion Eu­ro­péenne. Elle s'est dé­pla­cée à Sofia fin juillet dans la fer­veur des ma­ni­fes­ta­tions et a dé­fendu le droit du peuple bul­gare d'exi­ger un bon gou­ver­ne­ment. Elle a aussi dé­claré : "Je sou­haite que vous puis­siez élire un gou­ver­ne­ment de confiance." Mais c'est la Bul­ga­rie qui devra ré­soudre ce pro­blème na­tio­nal d'elle-même. L'Union Eu­ro­péenne n'use de ses mé­ca­nismes ins­ti­tu­tion­nels que pour in­sis­ter sur le fait qu'un gou­ver­ne­ment échoue à faire des ré­formes dans des sec­teurs im­por­tants.