Dans la presse : Berlusconi n’est plus crédible

Article publié le 11 septembre 2009
Article publié le 11 septembre 2009
« Du sexe, de la prostitution, des affaires louches et des drogues ». Pour le journal de la gauche italienne La Repubblica, il n’y a aucun doute, Berlusconi doit rendre des comptes publiquement sur ses activités privées. Monopole des médias ou crédibilité internationale du chef du gouvernement italien : la presse européenne, elle, s'indigne.

La Repubblica - Italie

Depuis le mois d'avril, le quotidien de gauche La Repubblica pose quotidiennement dix questions à Berlusconi sur les scandales liés à sa personne. Selon les dernières révélations sur ces fêtes auxquelles assistent des jeunes femmes rémunérées, le quotidien demande que le chef du gouvernement tienne un discours et réponde à ces questions devant le Parlement : « Du sexe, de la prostitution, des affaires louches et des drogues. Berlusconi a glissé dans ce milieu du fait d'une fragilité intime non résolue qui a été dévoilée à temps par [sa femme] Veronica Lario. Ce milieu peut causer au chef du gouvernement trop d'intrigues et de chantages qu'il ne peut manifestement plus prévoir ni contrôler depuis longtemps comme il l'a fait par le passé en s'octroyant une immunité pénale éternelle. (…) La révélation lente et inexorable du changement de vie désordonné d'un premier ministre, qui a succombé à une dépendance sexuelle, doit donner lieu à une explication publique si on ne veut pas que la crédibilité des institutions sombre dans l'abîme, et la réputation de Berlusconi avec elle. (…) Il doit enfin s'exprimer devant le Parlement et rendre des comptes, nous rendre des comptes. Il ne peut s'en tirer avec la recommandation habituelle selon laquelle il ne faudrait pas lire les journaux. » 

(10.09.2009)

Le Monde - France

(Giuseppe Nicoloro/ Flickr)Le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi a intenté un procès contre les quotidiens critiques LaRepubblica et L'Unità qui avaient commenté ses soi-disant escapades sexuelles. Le quotidien français Le Monde estime : « M. Berlusconi est passé à une nouvelle phase de la ‘stratégie de la tension’ avec la presse. (...) Cette bataille-là pourrait bien être plus dangereuse pour le chef du gouvernement qu'il ne le croit. (...) Si l'issue de ces procès demeure incertaine, M. Berlusconi dispose d'autres armes pour intimider la presse : ses propres journaux. C'est un quotidien de son groupe, Il Giornale, qui a mené une campagne de calomnie contre Dino Boffo, le directeur du quotidien catholique Avvenire, le contraignant à démissionner. (...) Intimidation, pression, contrôle : les agissements du président du conseil (...) ont déclenché une campagne de protestation en faveur de la liberté de la presse. Quelque 260 000 personnes ont à ce jour signé la pétition mise en ligne par La Repubblica, lancée par trois éminents juristes dénonçant 'une tentative de réduire au silence la presse libre'. »

(09.09.2009)

The Times - Royaume-Uni

« Les rires étouffés à l'étranger et le malin plaisir ressenti à voir que le pays semble confirmer les stéréotypes à son sujet sont profondément blessants pour les Italiens »

Le quotidien conservateur The Times voit trois raisons pouvant entraîner la chute prochaine du chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi : « Il se peut que Berlusconi surmonte le scandale pour le moment. Mais il y a trois choses qui le rendent vulnérable. La première, c'est le tort qu'il a causé à l'image de l'Italie perçue à l'étranger. Les rires étouffés à l'étranger et le malin plaisir ressenti à voir que le pays semble confirmer les stéréotypes à son sujet sont profondément blessants pour les Italiens. Deuxièmement, il fait désormais preuve d'une mentalité défensive qui est de plus en plus en contradiction avec la réalité et le bon sens politique. Les plaintes en diffamation, les démentis, l'exhibition fanfaronne du 'business as usual' cachent une colère bouillante sur l'échec du monde virtuel qu'il s'est créé pour se protéger du monde réel. Troisièmement, il y a une peur muette du chantage. Certaines des filles viendraient d'Europe de l'Est. Que se passerait-il si une puissance étrangère décidait d'utiliser cette affaire sordide ? Ce n'est pas seulement l'inquiétude de Rome. L'Italie est également un partenaire occidental important au sein de l'Otan, dans les Balkans et en Afghanistan. Les singeries du premier ministre inquiètent et embarrassent tous les amis de son pays. » 

(10.09.2009)

El País - Espagne

Lors de la conférence de presse qui a suivi le sommet italiano-espagnol de jeudi dernier en Sardaigne, le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, a consacré une grande partie de son discours à expliquer ses relations avec les femmes. Le quotidien progressiste de gauche El País commente : « Ce qui fait de Berlusconi un personnage indigne d'un pays sérieux et d'un gouvernement présentable, et lui ôte toute marge de manœuvre pour dialoguer avec ses homologues de manière crédible, ce n'est pas sa vie privée, mais précisément la confusion délirante entre sa vie publique et privée avec laquelle il a organisé la vie politique italienne. La conférence de presse au terme du sommet bilatéral des ministres est la meilleure démonstration de ce lamentable mélange des genres. (…) Ses explications prolixes, qui ont duré presque 10 minutes, émaillées d'égotisme, d'humour machiste et d'allusions sexuelles, sont devenues de plus en plus compliquées à mesure que la honte se répandait parmi les Espagnols et les Italiens présents dans l'assistance. »

(11.09.2009)