Daft Punk : étude de cas(que)

Article publié le 21 mai 2013
Article publié le 21 mai 2013
Jamais dans l’histoire de la musique 2.0, petits et grands n’avaient autant trépigné devant un disque. La magie du marketing en pièces détachées et le statut désormais déifié du duo casqué ont contribué à imbiber leur dernier produit, Random Access Memories (sorti aujourd'hui), dans une senteur d’ambiance prompt à envouter jusqu’aux fans de The Voice. Alors les enfants : chef d’œuvre ou placebo ?

Bien évidemment, nous n’avons pas su attendre. Tout ayant été fait pour nous rendre cette expectative insupportable (teasers, articles, critique, écoute gratuite…), ce disque risque bien d’être le plus commenté et piraté de l’histoire de la pop avant même sa sortie officielle, le 21 mai 2013. C’est presque comme si Random Access Memories avait précipité à lui seul la remise du rapport Lescure en sauvant du même coup l’exception culturelle française des affres de la banalité.

Des robots qui font buzz, buzz, buzz

En tout état de cause ce disque, fait-main mais pas à la maison (l’album a été enregistré entre Paris, New York et Los Angeles, ndlr), est avant tout une histoire d’hommage et de courage. Courage, car rien n’obligeait les Daft Punk à prendre le risque du studio, des instruments, du son bref, de la « vraie musique ». Hommage, car les références ne sont plus de simples samples mais d’illustres musiciens mis à contribution pour (ré)affirmer que, malgré une époque désincarnée, l’homme garde encore la main face aux machines.

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Nile Rodgers, d’abord – l’éminence grise derrière Chic et Sister Sledge - est présent sur 3 morceaux avec ici et là ses inégalables « cocottes » de guitare. Paul Williams, ensuite, que l’on découvre plus étonnant dans un registre lyrique. Et enfin, vient le choix moins évident de Morodercappo de tutti cappi du son futuriste et d’une disco-electro saucée trés gras - qui donne toutefois lieu à un des temps forts du disque : la voix off émue de Giorgio sonnant comme une réhabilitation du personnage, sincère dans sa quête du son du futur.

Fini la techno, bonjour la disco ? Rien n’est moins sûr. Parce que primo, Daft Punk a déjà réintroduit le genre dans leur deuxième album Discovery sorti en 2001. Deuxio, car si un très grand soin a été porté à l’écriture et que l’ambiance se fait parfois solennelle, c’est tout de même le travail sur le son sublimé par les fameux bidouillages techno de Bangalter et Homem-Christo, qui polit tous les titres. Guitares, batterie, chœurs, petits coups de cuivres tendance Dixieland, envolées de violons, un vocoder qui cesse avant qu’il ne nous lasse…tout ceci trahit une application robotique et quasi-maniaque dans la production tout en dégageant – nos excuses au Grand Journal - les morceaux d’un estampillage « mainstream ».

Humain après tout

Alors, chef-d’œuvre ? Répondons par une question : peut-on encore en produire dans une époque où de l’aveu de Thomas « casque argenté » Bangalter tout le monde connaît le truc, comme si les magiciens avaient donné le secret de leurs tours à tout le monde ? L’audace des robots aura donc été restaurer une ancienne combine, comme on administre un vieux remède de grand-mère : choisir les éléments organiques pour rendre à la musique (et au patient) son essence originelle. En ce sens, Random Access Memories est un disque plein, rond, sans temps faible mais sans vrai morceau de bravoure non plus. Comprendre : un superbe voire un très grand disque d’humains avec que tout ce que cela implique comme talents, labeur et respect des anciens. Le prochain avec Phil Spector (depuis sa cellule) et George Duke ?

Photo : © courtoisie de la page Facebook officeille de Random Access Memories