#CzarnyProtest : un requiem pour les droits des femmes en Pologne ?

Article publié le 24 septembre 2016
Article publié le 24 septembre 2016

Trois manifestations ont eu lieu en même temps devant le Parlement polonais ce jeudi. Deux d'entre elles – dont une organisée par le parti de gauche Razem - ont vivement montré leur opposition au projet de loi du gouvernement qui interdit l'avortement. Non loin, des gens armés d'affiches représentant des foetus ensanglantés font aussi entendre leurs voix. Reportage.

Alors que la tension monte parmi les rangs des manifestants devant le Parlement polonais pendant la première lecture de la proposition de loi sur l'interdiction d'avorter, l'élite politique du pays tente, à l'intérieur du bâtiment, de prouver qu'elle a un projet de société à faire entendre. Curieusement, selon les députés du parti au pouvoir Droit et Justice (PiS), ce projet réside dans le crime de ces femmes qui interromptent leurs grossesses à cause du viol, des problèmes de santé ou d'une anomalie foetale.

La Pologne a déjà une des lois les plus restrictives d'Europe en matière d'avortement. L'interruption de grossesse n'est permise qu'à trois conditions. Si la proposition de loi du gouvernement en place voit le jour, ces trois exceptions cesseront d'exister et les femmes qui pratiqueront l'avortement - ou même celles qui feront une fausse couche - pourront être emprisonnées.

Jeudi, lors de la session parlementaire, les députés étaient appelés à exprimer leur vote sur deux propositions de lois : une qui introduit l'interdiction totale d'avorter et l'autre - complètement différente - qui prône davantage d'éducation sexuelle à l'école et qui permet l'avortement dans les 12 premières semaines de grossesse. 

À l'issue du vote, le Parlement a rejeté la proposition d'interdiction totale de l'avortement. Aussi, le référendum sur la question - voulue par l'opposition - n'aura pas lieu.

Et maintenant ?

Marek Kuchciński, le président de la Diète (le Parlement polonais, ndlr) a suggéré que le projet devrait désormais être analysé par la Commission de la Politique Sociale et de la Famille et la Commission de Justice et des Droits de l'Homme.  « Cette blague n'est plus drôle », ont averti les activites du groupe Save Women qui appelle à une manifestation de grande ampleur le 1er octobre prochain.

Dominika, qui a participé à la manifestation d'hier, décrit l'ambiance : « Pratiquement tout le monde portait du noir. Il y avait plein de gens avec leurs enfants. Les rangs des manifestants catholiques étaient clairsemés. Ils priaient et brandissaient d'horribles pancartes avec des foetus ensanglantés. L'ambiance générale était à l'apitoiement ».