Culture à Madrid : échec et squat

Article publié le 19 janvier 2015
Article publié le 19 janvier 2015

Le centre communautaire Patio Maravillas existe depuis 8 ans au coeur de Madrid. Ce projet, qui est une référence en matière de participation citoyenne, résiste tant bien que mal à la menace d’expulsion. Et constitue surtout une partie de l'histoire de la capitale espagnole.

« Défendez le Patio, construisez Madrid ! ». Le 5 janvier dernier, plus de 2000 personnes manifestaient leur soutien au projet Patio Maravillas avec ce slogan. Tous réclament le maintien de ce centre communautaire qui fêtera ses 8 ans en juillet prochain. 

La manifestation s’est terminée par l’occupation d’un bâtiment de la rue Hermanos Álvarez Quintero, propriété de la mairie de Madrid, abandonné depuis 10 ans. Sur l’une des pancartes accrochées aux balcons de ce bâtiment, on pouvait lire : « Il faut plus de Patios à Madrid ». Peu après l’occupation, les forces antiémeutes sont arrivées sur place. Ils ont évacué les manifestants qui étaient dans la rue, et deux heures plus tard les 100 personnes qui se trouvaient à l’intérieur du bâtiment étaient délogées. 

El Patio ou une intelligence nouvelle

Raconter l’histoire de ce centre communautaire, c’est raconter une partie de l’histoire de Madrid. Le Patio Maravillas est un projet politique, social et culturel qui est né dans le quartier madrilène de Malasaña (et apprécié par les voisins des quatre coins de la capitale) sur la base de l’idée de bien commun qui milite en faveur d'une ville au service de ceux qui l’habitent, cela dans l’esprit d’autogestion. Dans cet espace, il est question de participation citoyenne, de résistance et de lutte pour les droits sous l’angle de l’entraide en tant que renforcement du tissu social madrilène. 

En juillet 2007, un premier bâtiment a été occupé rue Acuerdo. L’éviction des habitants de ce bâtiment a eu lieu le 5 janvier 2010. Le même jour, l’occupation d’un autre bâtiment, rue Pez 21, a été organisée. C’est le lieu actuel. Après de multiples offres de créancier, ce bâtiment est tombé entre les mains du promoteur-spéculateur Nivel 29 qui a entamé des procédures judiciaires contre El Patio

En réponse à l’expulsion du 5 janvier, le Patio Maravillas a organisé jeudi dernier une conférence de presse. De nombreuses personnalités du monde politique et social y ont assisté: Ada Colau (Guanyem Barcelona), Luis Alegre (Podemos), Yayo Herrero (Ecologistas en Acción), Nacho Murgui (FRAVM), Pablo Carmona (Ganemos Madrid), Inés Sabanés (Equo) et María Espinoza Llave (Izquierda Unida).

Pendant la rencontre, Ada Colau a souligné le fait que : « El Patio est un espace social et culturel de référence non seulement pour Madrid, mais pour le pays entier. C’est indispensable pour une ville démocratique dans une situation de crise économique et démocratique ». 

Pour sa part, Pablo Carmona de Ganemos Madrid a déclaré : « El Patio met en contact des personnes qui représentent cette intelligence nouvelle qui naît à Madrid et qui génère des politiques en marge des institutions toujours plus aveugles et sourdes à la réalité de ses voisins et voisines ».

« Une ville toujours plus hostile aux gens »

Les porte-paroles du centre communautaire ont communiqué une feuille de route avec des échéances et des objectifs concrets. Ils se sont montrés disposés à maintenir le dialogue avec la mairie en vue d’arriver à un accord sur un nouveau lieu pour répondre la menace d’expulsion (consécutive à la plainte déposée par l’agence immobilière à la mi-septembre). 

De plus, ils ont précisé que si la mairie ne garantit pas, avant les élections de mai, un espace dans lequel El Patio pourrait continuer d’organiser normalement ses activités, ils occuperont alors un autre bâtiment public. 

Par ailleurs, ils dénoncent le fait que la mairie a menti en prétendant qu’il n’y a pas de bâtiment public ayant les caractéristiques nécessaires pour accueillir les activités de El Patio. « Nous n’avons pas peur, notre légitimité nous vient de tous ceux qui nous soutiennent. C’est une autre manière  de faire de la politique et de concevoir la démocratie, et nous allons continuer sur cette voie », ont affirmé les porte-paroles. 

Pour finir, ils ont annoncé l’organisation de journées de solidarité sous le thème  « Défendez El Patio, construisez Madrid ». À l’origine, il était question de les organiser dans le nouvel espace. Parmi les multiples activités proposées dans le cadre de ces journées, on notera des tables rondes sur le droit à la ville, des discussions sur l’habitat, la jeunesse, l’économie sociale, l'okupación, et des concerts. Le centre communautaire propose aussi des sorties nocturnes différentes de ce que l’on trouve ailleurs en ville. Comme lors de ce concert de soutien de Amaral, Alicia Ramos et Fideito,  le 10 janvier dernier.

Eva Munoz du collectif Juventud sin futuro (Jeunesse sans futur, ndt) était à ce concert. Ce collectif se réunit depuis 4 ans, date de sa création, au Patio Maravillas où ils s’organisent pour combattre la précarité et le manque de perspectives futures des jeunes. « El Patio Maravillas c’est tout pour nous, c’est notre maison. Nous sommes inquiets de voir que des moyens démocratiques permettent l’expulsion d’un endroit comme le Patio Marvillas, un tel espace ajoute toujours quelque chose à une ville toujours plus hostile aux gens. Je ne peux concevoir Madrid plus proche des gens sans un espace comme celui-ci », commente Eva.

D'autres centres culturels menacés en Espagne 

Le harcèlement dont est victime le centre communanutaire Patio Maravillas menace aussi d’autres centres qui doivent faire face au risque d’expulsion c’est le cas de La Morada et de La Casika dans la région de Madrid, sans oublier l’expulsion de La Traba ou la fermeture récente de la Casa Invisible à Málaga

Ana Tabernero, porte-parole du Patio Maravillas, commente la situation : « L’hypothèse que nous posions il y a 8 ans s'est vérifiée : ce type d’espace où les gens sont accueillis positivement, et font le plein de vie manque réellement à Madrid. Année après année, on a rassemblé nos forces, et à force d’essais et d’erreurs un modèle de centre communautaire s’est profilé : ouvert, pluriel, intergénérationnel, où chacun se sent à sa place. »

Tomás Fuentes fait partie de l’Assemblée 15M de Malasaña. Il parle en faveur du Patio et affirme : « le Patio ne va pas fermer, il est toujours plus fort, si ce n’est pas dans cet espace ce sera dans un autre et encore un autre jusqu’à ce que le Patio dépasse les limites du quartier ». 

Ernesto Leiva participe au collectif de Yoga du centre communautaire depuis 2012. Lorsqu'on évoque l'idée que le projet du Patio puisse prendre fin, il répond : « Si le Patio n’existe plus on aura perdu un capital humain et symbolique très important. Beaucoup de gens qui font des activités de manière altruiste offrant des valeurs d’un point de vue non marchant ne pourraient plus les offrir, et la citoyenneté perdrait une richesse et une valeur culturelle importante ».

Bien qu'El Patio Maravillas soit actuellement menacé, il bénéficie d'un paquet de force et d’enthousiasme. Sa légitimé est renforcée par la multitude de personnes qui donnent vie au projet et défendent son existence parce qu’ils sont convaincus que, ensemble tout est possible.Mais c'est encore eux qui le disent le mieux : « ils nous veulent seuls, ils nous trouveront tous  ensemble ».