Crise migratoire : la Turquie rentre dans la danse 

Article publié le 16 octobre 2015
Article publié le 16 octobre 2015

L'UE et la Turquie se mettent d'accord sur un plan d'action commun pour aider Ankara à garder ses réfugiés. Mais à quel prix ?

N’en déplaise aux manifestants anti-TTIP réunis dans les rues adjacentes au Justus Lipsius building (lieu de rendez-vous des chefs d’Etats en plein quartier Schuman), le Conseil européen de ce 15 et 16 octobre 2015 s’est principalement concentré sur LA thématique européenne du moment, la crise migratoire.

Selon les premières conclusions déjà disponibles avant même l’arrivée des acteurs principaux (à se demander pourquoi ils se réunissent), le débat du jour devait concerner principalement la coopération de l’UE avec les pays tiers (dont un fameux plan d’action avec la Turquie), le renforcement des frontières externes de l’UE avec un renforcement du mandat de l’agence FRONTEX ainsi que le développement des « hotspots » pour gérer les flux et assurer les retours. Tout un programme. 

 La Turquie fait partie de la solution 

La récente visite du très décrié président turc Recep Tayyip Erdogan à Bruxelles a permis aux discussions informelles de ces derniers mois entre l’UE et la Turquie de se concrétiser dans un plan d’action commun. Son but : répondre aux défis migratoires via des mesures à court et à moyen terme. Concrètement, il consiste à apporter une aide supplémentaire aux quelques 2,2 millions de réfugiés présents sur le territoire turc notamment en augmentant l’assistance humanitaire et l’aide aux instances d’accueil. Aussi, le plan prévoit de mieux empêcher les entrées « illicites », de combattre les réseaux criminels des passeurs et d’assurer le renvoi systématique des « irréguliers ». En d’autres termes, l’UE veut aider la Turquie à mieux s’occuper de « ses » réfugiés et à mieux empêcher les « illégaux » d’entrer sur le territoire turc (et consécutivement en Europe). L’UE ne cache d’ailleurs pas sa volonté « d’endiguer le flot de réfugiés vers l’Europe » comme l’a récemment déclaré Donald Tusk, président du Conseil européen. Il était donc crucial de passer cet accord avec la Turquie, pays frontalier de la Syrie et de l’Iraq et donc terre de transit obligatoire pour les réfugiés à destination de l’Europe.

Convaincre la Turquie à coups de concessions        

En contrepartie, les dirigeants européens ont mentionné de possibles concessions au profit de la Turquie. La libéralisation des visas en fait partie. Un accord en ce sens permettrait aux voyageurs turcs d’être exemptés de visas sur le sol européen. Une belle  « carotte » pour Ankara qui négocie depuis longtemps sur ce point. L'UE aurait également mentionné la réouverture de nouveaux chapitres dans les négociations d'adhésion de la Turquie, bien que la France, fervente opposante à l'adhésion turque, y ait mis des réserves. Mais les conclusions du Conseil le disent bien : le processus d’adhésion a besoin d’être « redynamisé ».

Ce plan d’action commun montre que l'UE est prête à faire de grosses concessions pour diminuer l'afflux de réfugiés sur son territoire, et ce, même avec la Turquie islamo-conservatrice d'Erdogan dont les dérives totalitaires sont souvent dénoncées en interne par les responsables européens (bombardements des minorités kurdes, enfreintes à la liberté d'expression, répression violente des manifestations). À voir comment ce programme pourra être mis en oeuvre. Les progrès seront évalués au printemps 2016.

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Cet article a été rédigé par la rédaction de cafébabel Bruxelles. Toute appellation d'origine contrôlée.