Crise grecque : la dette ou la mort !

Article publié le 7 juillet 2011
Article publié le 7 juillet 2011
Dans une Grèce ébranlée par une crise économique et financière sans précédent, où les manifestations enjambent le pas aux grèves, alors qu'une foule de citoyens descend régulièrement dans les rues afin de protester contre les coupes imposées au budget national, d'autres ont renoncé à se battre plus longtemps.
Ne voyant poindre aucune lueur à l'autre bout du tunnel, ils ont choisi de se donner volontairement la mort.

C'était un homme. Un Grec âgé de 50 ans. C'est l'un de ses frères qui l'a retrouvé mort ! Pendu dans la grange de sa demeure au bord de la route qui mène d'Anogia à Nida, deux bourgades situées sur l'île de Crète. En guise d'adieu ou d'explication à son geste : aucune lettre ! Mais tout le village savait déjà que ce propriétaire d'une petite entreprise artisanale rencontrait ces derniers temps de gros soucis financiers. Derrière lui, il laisse une épouse et un fils de 22 ans.

Pourquoi et pourquoi maintenant ?

Pourtant, sur une terre où les gens apprécient manifestement les plaisirs de la vie, le nombre de suicides reste d'ordinaire... insignifiant.

Jour après jour, la crise générée par l'énorme dette du pays et la profonde récession qui en découle accule de plus en plus de Grecs au suicide. Depuis le commencement de la dépression qui frappe la République hellénique, le nombre de morts volontaires a nettement augmenté. Dans une interpellation adressée au Parlement, M.Andreas Loverdos, ministre de la Santé en exercice s'inquiète du taux de cette funeste hausse qui se situe vraisemblablement aux alentours de 40%.

Pourtant, sur une terre où les gens apprécient manifestement les plaisirs de la vie, le nombre de suicides reste d'ordinaire... insignifiant. D'après les données de l'OMS, il s'élève seulement à 3,5 pour 100 000 habitants. A titre de comparaison, l'Allemagne, avec 11,9, affiche une proportion trois fois plus importante.

Mais, désormais, la crise pousse de plus en plus de Grecs accablés dans une impasse. La liste des demandeurs d'emploi n'en finit pas de s'allonger. Elle bat des records jamais atteints depuis les années 60, époque durant laquelle des centaines de milliers de Grecs furent contraints de chercher dans l'exil le moyen de gagner leur vie. En Allemagne, notamment, en qualité de travailleurs immigrés. De nouveau, aujourd'hui, les perspectives d'avenir se profilent sous un éclairage bien lugubre. Actuellement, 42,5%des jeunes entre 15 et 24 ans ne trouvent pas de travail. De plus, selon les statistiques fournies par les Chambres de commerce helléniques, chaque mois, environ 4000 PME parmi lesquelles des affaires commerciales n'excédant pas plus d'une personne, se voient dans l'obligation de déposer le bilan. Il s'agit en majorité de petites entreprises familiales. Or, quand elles perdent leur activité principale ou ferment leur fond de commerce, la plupart des familles ainsi touchées se retrouvent subitement au bord du gouffre.

Appellez le 1018

« Un interlocuteur sur quatre reconnait que les préoccupations économiques sont à l'origine de ses pensées suicidaires. »

Antonis Pavlopoulos, un psychiatre athénien, ne peut que constater l'immense marasme intime que la banqueroute génère : « Si un père de famille ne peut plus subvenir aux besoins de sa femme et de ses enfants et qu'il se retrouve dans l'incapacité de payer son loyer ou d'honorer les échéances mensuelles du crédit immobilier auquel il a souscrit, une telle épreuve pèse alors vraiment pour lui comme une charge écrasante très difficile à supporter psychologiquement. » En Grèce, les femmes et les hommes qui se sentent gagnés par l'idée du suicide ont avant tout besoin d'une aide qu'ils pourront trouver en appelant le 1018, un numéro d'urgence. Les membres de l'ONGKlimakaéchelle de cordée ») s'efforceront de leur offrir un peu de réconfort. Kyriakos Katsadoros, conseiller technico-scientifique de l'association nous confie que « Dans les cinq premiers mois de cette année, nous avons enregistré pas moins de 2500 appels de détresse envoyés par des candidats au suicide ou bien par des proches et des parents inquiets. C'est à dire autant que pour l'ensemble de l'année dernière. Un interlocuteur sur quatre reconnait que les préoccupations économiques sont à l'origine de ses pensées suicidaires. » Mais comment aider vraiment les personnes qui décrochent avant peut-être qu'ils ne « décrochent » tout à fait ? A cette question, les membres de Klimaka n'ont pas de réponse à offrir.

Toutefois, si par rapport à l'année précédente, les appels ont plus que doublé, corroborant ainsi la hausse de 40% dont faisait état précédemment le ministre de la Santé, ce triste décompte est cependant loin de refléter totalement la réalité.

En effet, beaucoup de personnes ne se donnent pas aussi ouvertement la mort que l'artisan dont le frère retrouva la dépouille pendu dans la grange de son village crétois. Nombreux sont ceux qui veillent à cacher leur acte irréversible ou à le camoufler en le faisant passer pour un accident afin que la honte et l'opprobre publique épargnent leurs proches et leur famille, quand ce n'est pas aussi avec l'espoir secret qu'une digne sépulture leur soit enfin accordée. Car, trop souvent en Grèce, les popes orthodoxes refusent à de telles victimes la célébration d'une authentique inhumation religieuse.

Photos : Une (cc)@ikbendaf/Flickr