Crise : artistes, chômeurs et révolutionnaires parlent de mauvaise Grèce

Article publié le 15 juillet 2011
Article publié le 15 juillet 2011

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

« We are not anti-system, the system is anti-us. » La place Syntagma qui fait face au Parlement grec à Athènes est occupée depuis le 25 mai par des Grecs engagés, désespérés… indignés.
Collectifs de défense des immigrés,  artistes, écologistes ou chômeurs, ils ont planté leurs tente au cœur de la ville, affronté la police et les gaz lacrymos pour protester contre un système politique dans lequel la Grèce ne se reconnaît plus.

« Vous savez, la démocratie, c’est un peu comme le rock. C’est un style de vie… alors on peut dire que l’esprit démocratique est presque un mode de vie lui aussi. Il faut se respecter, s’écouter et se comprendre les uns les autres pour créer quelque chose de nouveau. Nous voulons créer un mouvement comme il y en a eu dans le passé afin de renouer avec la démocratie. C’est ici qu’elle est née après tout : alors les Grecs doivent la retrouver. »

Vassilis, producteur de spots de pub pour la télévision

On y trouve un traiteur, une zone de premiers secours, un service de sécurité et même un tas d'ordures

« D’une certaine façon, on peut dire que la sagesse est née en Grèce… mais qu’elle n’y est pas restée ! »

« Dans ce pays, rien ne fonctionne: ni la politique, ni l’Etat. C’est parce qu’il n y a aucun plan pour l’avenir. Ce pays n’a aucun programme. Les gens ne pensent jamais qu’à court terme : ils vivent seulement le temps présent. Ils travaillent pour vivre au jour le jour et ne pensent jamais en fonction du lendemain. La Grèce est magnifique en tant que lieu : pas en tant que nation. »

Anonyme, professeur d’art 

« La Grèce est devenue une dictatureéconomique, voilà la vérité. »

« Nous somme engagés politiquement, ça, ça ne fait aucun doute. Mais nous ne nous sentons certainement pas représentés par les partis principaux en Grèce, ni par le Pasok, ni par les Nouveaux Démocrates ! Qui est-ce qu’ils représentent de toute façon ? Rien de plus que les 25 % de Grecs qui se sont déplacés pour aller voter ! Quant à la crise, elle n’est pas politique mais bel et bien économique. C’est pour ça que nous ne rejetons pas vraiment la faute sur l’UE. Nous sommes d’ailleurs pro-européens, mais la crise nous fout vraiment dans la merde ! La Grèce est devenue une dictature économique, voilà la vérité. C’est pour cette raison que nous resterons ici pour protester contre le système actuel… Et ça ne fait que commencer ! »

Maria, chômeuse

« Je suis ici parce que je n’ai plus rien à perdre. Je suis un artiste mais je n’ai pas les moyens de créer ce que je veux. C’est pour ça que j’ai inventé ecoarchy, un système politique nouveau. Il s’agit de parler de solidarité, de comment on s’intéresse aux autres. Tout serait libre : l’eau, la nourriture, l’électricité, le logement. Il n’y aurait ni cigarettes, ni alcool, ni pollution et tout le monde serait végétalien. Ce serait un système écologique où les artistes auraient accès à tout ce dont ils ont besoin pour être créatifs. Et ce monde-là serait tout simplement inspiré par l’esprit de la Grèce ancienne : la polis. D’une certaine façon, on peut dire que la sagesse est née en Grèce… mais qu’elle n’y est pas restée ! »

Zeus, artiste

« Je suis volontaire pour le collectif Free Gaza. Nous sommes ici depuis le premier jour de la protestation : le 25 mai. Au début, on dormait même sur place. Notre but, c’est d’attaquer le système politique. Moi je ne me sens pas représentée par ce système et je ne vote même pas pour les Verts mais pour des petits partis qui ont plus de sens. Quant à ce bâtiment là derrière [le Parlement grec qui fait face à la place Syntagma], il ne représente plus rien aujourd’hui. »

Calliope, employée dans une boulangerie

Pendant les solos de guitares, se rassemblent, autour des communistes place Syntagma, les hippies, les sans-abri, les militants politiques, les chômeurs, les artistes, les anarchistes, et les curieux. Et chacun a une opinion différente sur la crise ...

« Je suis agent de sécurité et je me bats contre les policiers »

« Ce gouvernement doit tomber: le système entier doit tomber. Vous savez, la démocratie est censée laisser le choix aux gens, mais nous n’en avons aucun. Notre pays n’a plus rien à voir avec une démocratie : nous avons complètement oublié les idées de la Grèce antique. Je suis sûr que les gens du reste de l’Europe pensent que nous sommes des feignants parce qu’on est tout le temps dehors. Mais ce n’est pas vrai ! Nous ne sommes pas paresseux. C’est juste que nous vivons dans un pays très chaud alors c’est normal d’être toujours dehors. Moi par exemple, je suis tout sauf fainéant : je veux travailler. »

Kostas, chômeur 

« Si tout le monde avait agi correctement, les dégâts n’auraient pas été si importants. Donc ce n’est pas seulement la faute des politiciens mais celle de tout le monde. »

« Une classe politique constituée par peut-être 10 000 personnes ne peut pas, à elle seule, causer une crise de cette ampleur dans un pays de 11 millions d’habitants. Il y a forcément d’autres raisons. Si tout le monde avait agi correctement, les dégâts n’auraient pas été si importants. Donc ce n’est pas seulement la faute des politiciens mais celle de tout le monde. La crise économique est un fait, mais les émeutes et la violence qui l’ont suivie sont plus dues aux problèmes politiques internes qu’à autre chose. Je crois en fait que tout ça a plus à voir avec des tensions ethniques qui sont là depuis longtemps et que la crise a sans doute exacerbées. Et pas seulement en Grèce mais aussi dans les Balkans, en Espagne et au Moyen Orient. Pour moi, les médias devraient nous rappeler qu’il faut à tout prix éviter les violences entre les ethnies. »

Nikitas, employé dans une agence de publicité sur Internet

« Les salaires sont très bas en ce moment et il est très difficile de trouver un job. Moi je travaillais comme copy writer dans une agence de pub mais, avec la crise, j’ai perdu mon emploi et n’ai rien trouvé depuis. Or, le gouvernement vient juste d’annoncer la création de 4000 postes dans la police : ça ne vous semble pas bizarre, à vous ? »

Anonyme, chômeuse

« Les médias de masse grecs et européens font de la désinformation sur ce qui se passe réellement ici. Or, ce dont nous avons besoin, c’est de relayer notre opinion, et non celle du gouvernement. C’est pour cela que nous avons crée Radio Entasi en décembre 2008. On était là bien avant les manifestations et on sera encore là après. Mais attention : nous ne sommes pas une station pirate ! On a demandé une permission auprès de la municipalité pour être là et diffuser. En ce moment, nous sommes environ 20 volontaires et nous essayons d’être là 24 heures sur 24 pour diffuser nos assemblées générales. »

Maria, étudiante en histoire de l’art et journaliste radio ( www.entasifm.org)

« Je me sens bien ici [sur la place Syntagma] car il n’y a pas de préjugés envers les étrangers. Je suis Albanais et ici, tout le monde m’accepte tel que je suis. Mais, dans d’autres quartiers d’Athènes, ce n’est pas facile pour les Albanais. Ici, tout va bien : je suis agent de sécurité et je me bats contre les policiers. Et ça c’est vraiment cool ! En ce moment, c’est beaucoup plus calme que la semaine dernière. Je me bats au nom de ce pourquoi tout le monde se bat. Je vais là où tout le monde va. Mais je ne sais pas vraiment de quoi il s’agit en fait …. »

Anonyme, ouvrier du bâtiment et agent de sécurité

Retrouvez les protestations en direct sur Real Democracy : www.real-democracy.gr

Photos: Une (cc)biglebo/flickr; Texte ©Mélodie Labro