Crime de pensé : censure au Royaume-Uni

Article publié le 18 mai 2016
Article publié le 18 mai 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Alors que les autorités britanniques veulent instaurer des lois pour une censure encore plus stricte, la population craint pour sa liberté de réunion et de penser.

Le 3 septembre dernier, le gouvernement britannique a présenté au parlement son projet de loi visant à la transparence des groupes de pression, des campagnes sans partis politique et des syndicats. Ce projet rebaptisé « loi bâillon » par les (nombreuses) critiques propose de nouvelles mesures qui limitent les actions politiques des candidats indépendants de cette année en lice pour toute élection générale. Alors que son but est apparemment de limiter et de réguler le financement des syndicats ou des lobbyistes fortunés, toute campagne ou autre activité politique qui pourrait influencer une élection serait strictement règlementée.

Le projet de loi propose de limiter les dépenses à un peu plus de 450 000 euros pour les campagnes des partis indépendants et d'introduire des sanctions pénales envers ceux qui exercent leur droit de liberté de parole.

MINISTÈRE DE LA VÉRITÉ

Les groupes de pression et de campagne, les organisations caritatives et les autres partis politiques ont condamné ces mesures draconiennes. Si le projet de loi passe, il constituerait une violation des livertés civiles olation des libertés civiles au Royaume-Uni et laisserait les partis libres de diffuser leur propagande lors de prochaines élections, sans rencontrer de résistance. Lorsque la loi entrera en vigueur, les collectifs seront dans l’incapacité d’exprimer leur désaccord envers les futures questions du jour, par peur de tomber dans les filets de cette loi jugée à la fois complexe et trop vague. Le gouvernement de coalition entre les Libéraux-démocrates et les Conservateurs est accusé d’essayer d’instaurer cette loi dans l’urgence. Le groupe de campagne 38 Degrees incite actuellement les électeurs à écrire à leurs responsables politiques pour protester contre ce projet de loi préoccupante.

Cette proposition de loi est la dernière d’une inquiétante série d’instances limitant les libertés civiles au Royaume-Uni.  En juin 2013, Edward Snowden, ancien employé de la National Security Agency (NSA), révélait des informations classées top secret : avec l’aide des États-Unis, le Royaume-Uni espionnait les communications de ses citoyens et dépensait des milliers pour tenter de décrypter des informations privées. Le journaliste américain Glen Greenwald a publié la fuite d’informations dans le quotidien libéral The Guardian. En août, David Miranda, le compagnon brésilien de Greenwald, a été retenu pendant 9 heures dans un aéroport britannique et s’est vu confisqué tous ses appareils électroniques au nom de la Loi terrorisme 2000 (introduite sous le gouvernement travailliste de Tony Blair). Il revenait d’une visite rendue à l’une des autres auteurs des révélations de la NSA, la réalisatrice de documentaire Laura Poitras. Suite à cela, le gouvernement britannique a été accusé d’avoir ordonné à The Guardian de détruire les disques durs contenant les dossiers Snowden.

LE BARRAGE À LA PORNOGRAPHIE

Parmi ses autres initiatives, le gouvernement « conservateur-démocrate » projette d’imposer aux fournisseurs de services internet un blocage par défaut de la pornographie, pour en faire un service « optionnel ». Bien que l’idée puisse d’abord paraître inoffensive, la censure du gouvernement, quelle qu’elle soit, crée un inquiétant précédent. Il semble plausible que d’autres types de sites « inappropriés » (comme ceux hébergeant du contenu lié au terrorisme et à l’extrémisme ou de la documentation ésotérique) puissent aussi être bloqués automatiquement si le Premier ministre David Cameron met en place son barrage à la pornographie. De nombreuses catégories sont étrangement ouvertes à une interprétation de l’état. Dans 1984, roman dystopique où l’état détient tout contrôle, George Orwell écrit le slogan du Parti : « Qui contrôle le passé contrôle l’avenir, et qui contrôle le présent, contrôle le passé ».

Le gouvernement justifie son projet de loi par la sécurité et la protection de l’enfant. Mais on est en droit d’avoir nos doutes quant à donner le plein pouvoir aux organisations pour censurer et filtrer les informations disponibles en ligne. Et pour ceux qui pensent que les « innocents » n’ont pas de raison d’avoir peur, le gouvernement a soumis un projet de loi tout aussi critiquable visant les comportements antisociaux, la criminalité et le maintien de l’ordre. Ce dernier criminalise quiconque « adopte, ou menace d’adopter un comportement qui pourrait nuire ou tourmenter un individu ».  Assez vaste comme précepte non ? Beaucoup d’entre nous s’accorderaient à dire que ce projet de loi pourrait violer notre liberté d’expression. Il pourrait aussi attenter aux libertés de réunion et de manifestation. Le gouvernement britannique tente de faire passer des mesures qui étendraient le pouvoir de l’état et limiterait les libertés du peuple. Elles pourraient concerner au moins l’Angleterre et le Pays de Galles. On peut craindre que les citoyens ne remarquent pas, qu’ils ne profitent pas leur liberté de manifester contre ces nouveaux projets de loi aussi autoritaires qu’oppressifs, du moins pas avant qu’ils soient entérinés par la loi et que le droit de manifester disparaisse. Comme le disait Orwell, « À la fin, le Parti annoncerait que deux et deux font cinq, et vous serez obligés de le croire ».