C.O.W. 牛: le mystérieux groupe sino-allemand

Article publié le 15 décembre 2017
Article publié le 15 décembre 2017

Vaches pixélisées, Game Boy et beaucoup de souvenirs nostalgiques, C.O.W. 牛 ne passe pas inaperçu. Ce collectif de DJ originaires de Chine et d’Allemagne amplifie le mystère créé autour de leurs personnages 8 bits avec la sortie de leur second EP. On s'est installé avec l’un des quatre producteurs, histoire de voir ce qui se passe vraiment en coulisses.

Tout le monde aime les projets mystérieux. Surtout quand le jeu de pistes nous donne envie de savoir qui se cache derrière les masques. Comme Daft Punk ou Gorillaz, les membres de C.O.W.牛 se métamorposent en personnages uniques, pixelisés, qui nous renvoient à l’ère des grands classiques des jeux vidéos tels que Tetris ou Pokémon. À cette époque d'ailleurs et contrairement à ce qui se fait aujourd'hui, il fallait un petit peu plus se servir de notre imagination. Avec leur second EP $hanghai Mone¥, C.O.W.  牛 réalise un des derniers projets énigmatiques des playlists d'Europe, dont on n’a toujours pas percé le mystère. La première fois que j’ai entendu parler de ce collectif, je rendais visite à un ami à Vienne. Il m’a fait découvrir leur site web cowcowcow.com - une page d’accueil interactive qui met en scène des vaches, en 8 bits, avec un lien qui se dirige vers leur premier EP. Un mix de trap, d'auto-tune, de chant et d'électro. Parfait pour une soirée clubbing.

Mais c’est plus tard, une fois à Munich, que je les ai entendus à la radio bavaroise Bayerischer Rundfunk. J'ai su immédiatement que ce groupe était tout sauf rien. Officiellement, tout ce que l’on sait du projet, c’est qu'il est le fruit d'une collaboration entre des musiciens originaires de Chine et d’Allemagne, et qu'ils s’amusent avec des mèmes sur Instagram ou sur Facebook quand ils ne font pas de la musique. Pendant le festival de musique Agratamagatha, en juillet dernier, il a été communiqué que C.O.W. 牛 travaillait sur un nouvel album et que le groupe allait tourner un nouveau clip vidéo, suite narrative de son premier clip.

Invité sur leur plateau de tournage - un large lit entouré de murs roses, de jouets en peluche et de bonbons - je m'assois avec l’un des membres du projet pour tenter de comprendre le commencement. Résultat ? Portail inter-dimensionnel et géométrie euclidienne.

Cafébabel : Vous êtes quatre dans le groupe. Comment vous êtes-vous rencontrés, et comment C.O.W. 牛 a-t-il vu le jour ?

C.O.W. 牛 : En fait, une seule personne d'entre nous figure dans le groupe, mais il est composé de quatre parties. Il n’y a pas de frontière entre nous. Tu peux dire que nous sommes quatre, mais dans un sens, nous sommes aussi cent, exactement de la même manière que l’univers est constitué de nombreuses chronologies, d’univers parallèles, mais d’une seule entité. Comme le disent les bouddhistes zen : tout est un et un est tout.

Cafébabel : OK, comment est-ce que vous quatre, ou vos multitudes d’êtres inter-dimensionnels, se sont rencontrés et comment C.O.W. 牛 a-t-il vu le jour ?

C.O.W. 牛 : Et bien c’est peut-être comme l’histoire du Big Bang. L’esprit humain n’est pas assez développé pour comprendre comment l’univers est soudainement apparu à partir d’un point, tu vois ? C'est le même problème que j’ai pour te décrire comment les membres de C.O.W. 牛 se sont rencontrés.

Cafébabel : Tu as mentionné les bouddhistes zen. Est-ce que le bouddhisme est une partie importante de ta vie ? Et si oui, quel est son lien avec la musique ? Est-ce que cela vous aide dans le processus de création musicale ?

C.O.W. 牛 : Oui, c’est une grande partie de ma vie, mais ma vie est aussi une grande partie du bouddhisme zen. Faire de la musique, c’est comme respirer. Tu n'en fais pas juste pour en faire. Tu en fais simplement parce que tu es vivant et que tu respires.

Cafébabel : Que peux-tu me dire à propos de l'esthétique Pixel Art ? Comment influe-t-elle sur votre style de musique?

C.O.W. 牛J’ai grandi avec la Gameboy et j'ai évolué avec elle avec l'esthétique de ses débuts, Tetris et Super Mario. Ces choses sont vraiment importantes pour moi, car j’ai toujours été fasciné par ce genre d’univers. L’art et l’esthétique peuvent se suffirent à eux-mêmes, mais pour moi l’interaction avec l’observateur est beaucoup plus intéressante. Et c’est ce qui rend le Pixel Art spécial. Il requiert l’imagination de celui qui regarde pour y donner du sens, parce qu’il y a beaucoup moins d’informations dans l’oeuvre elle-même.

Cafébabel : J'ai entendu passer le second EP $hanghai Mone¥ quand on était sur le plateau. Peux-tu m’en dire un peu plus à propos de son processus de production ?

C.O.W. 牛 : Le processus inclus de la méditation et le fait de regarder notre esprit faire les choses. Nous observons juste nos pensées sans les prendre au sérieux - on les regarde juste passer et on les note. C’est comme ça que $hanghai Mone¥  est né. Nous avons juste regardé notre esprit produire des conneries, ensuite nous avons fait le tri, en ne gardant que le meilleur.

Cafébabel : Votre second clip a été diffusé avec la sortie de $hanghai Mone¥. La vidéo semble raconter un récit, exactement comme le premier clip de la chanson « White ». Comment les histoires se lient entre elles et quelle histoire essayez-vous de raconter ?

C.O.W. 牛 : Le principal acteur de nos deux vidéos s'appelle Kid the Color, c'est le réalisateur. Kid the color est en fait un groupe de personnes et l’une d’entre-elles est le réalisateur de notre vidéo. C’est une sorte de collectif spécialisé dans les clips vidéo. Je pense que la vraie question est de se demander quel est le point de vue du réalisateur sur le message derrière le clip. C’est une question difficile cependant, car son esprit est très énigmatique. Mais j’aime la symétrie de son esprit et qu'il ne soit pas facile de comprendre le message ou de le dire en mot.

Mais selon moi, l’histoire parle de cupidité. D’un côté, tu as quelque chose que quelqu’un d’autre veut avoir. De l’autre, tu veux désespérément quelque chose, mais tu n’es pas capable de l’obtenir. Et ces deux forces convergent dans le clip. Exactement comme ces deux forces convergent dans l’univers. Il y a tout et il n’y a rien. Le yin et le yang.

Cafébabel : Tu dis que le réalisateur a un esprit très mystérieux et qu’il était l’architecte derrière ces vidéos. Est-ce que C.O.W. 牛 a eu une influence significative sur la façon dont ces vidéos ont été réalisées ?

C.O.W. 牛 : Oui bien-sûr, parce que la musique est née de notre musique. Elle a été la semence, le réalisateur était la terre et l’argent l’eau. Le fait que nous ayons réalisé cette vidéo à Shangai aussi n'a pas été anodin.

Cafébabel : Mais nous sommes sur le tournage en ce moment même et nous sommes en train de faire l’interview à Munich. Que veux-tu dire quand tu dis que la vidéo a été produite à Shangai ?

C.O.W. 牛 : C’est l’autre aspect de l’esprit. Il y a tellement de possibilités. Tu sais, comme s’il y avait des portails. Tu connais le concept de portail ? Le problème est que les humains pensent en termes de géométrie euclidienne, tu vois ? Par exemple tu as deux points, deux positions, et le chemin le plus court est la ligne droite. Mais ce n’est pas comme ça que l’univers fonctionne. Tu n’as pas besoin de suivre la ligne droite, tu dois juste suivre ton coeur et courber la pièce pour que les deux points, les deux positions ne fassent plus qu’un. Tu crois que tu es à Munich, mais en fait tu es à Shangai.

Cafébabel : J’ai entendu dire que vous avez récemment signé avec le label Compost Records, l’un des labels les plus renommés pour la musique lounge, downbeat et trip-hop. Comment êtes-vous entrés en contact et comment se passe la collaboration avec eux ?

C.O.W. 牛 : Tu connais déjà l’analogie que je viens de faire. Le réalisateur est la terre, C.O.W. 牛  la semence, et l’argent l’eau. La question est vraiment pertinente car pour tout ce que nous faisons, nous avons besoin d’un bon engrais. C’est très important. Et où est-ce qu’on trouve l’engrais ? Dans le Compost (rires).

Cafébabel : Comment avez-vous trouvé Compost Records et comment vous en êtes arrivés à signer avec eux ?

C.O.W. 牛 : Le marché chinois est vraiment implacable. Nous avons cette énorme machinerie de production pop, mais tout appartient à l’État : les labels et tout le reste. Ce qui est plutôt pénible. Et nous avons eu du succès en Chine, mais nous voulions aller de l’avant et commencer à faire un travail qui soit créatif d’une manière différente. Notre partie chinoise s’est donc associée à la partie allemande pour collaborer.

Nous étions en train d’essayer de savoir qui pourrait être notre partenaire en Allemagne et nous sommes tombés sur Compost Records parce qu’ils sont un gros label indépendant et qu’ils sont super parce qu’ils amplifient les idées de leurs artistes. Ils étaient les partenaires idéaux pour nous, parce que nous pouvions faire ce que nous faisions déjà, mais en plus avoir accès à un nouveau réseau et quelqu’un qui ne fait que le renforcer.

Cafébabel : Quels sont vos objectifs pour le futur ? Avez-vous d’autres projets en cours ?

C.O.W. 牛 : Je pense que le bon côté, c'est que nous avons déjà réalisé ce que nous voulions depuis longtemps. Tout ce qui arrive maintenant est juste un bonus. Mais nous pourrions travailler sur un album complet après.

Cafébabel : Quelles ont été vos plus grandes influences ?

C.O.W. 牛: La Game Boy, une vache évidemment, et Kanye West.

Cafébabel : D'ailleurs, pourquoi une vache ?

C.O.W. 牛: Pourquoi pas ?

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