Cours magistraux à l’espagnole

Article publié le 10 octobre 2005
Publié par la communauté
Article publié le 10 octobre 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le système universitaire en Espagne jouit d’une santé florissante, ce qui ne l’empêche pas de souffrir d’une maladie chronique : l’absence de cours pratiques et de stages inclus dans la formation.

Dans un essai de transposition des directives adoptées suite à la déclaration de Bologne en 1999, une poignée d’experts est actuellement en train de réfléchir à la manière d’adapter le système universitaire espagnol au futur Espace d’Enseignement Supérieur Européen (SER). Un processus qui vise à homogénéiser la durée et le type d’études et à introduire un système standard de crédits au sein des pays membres de l’Union.

Un modèle inefficace?

Au vu de l’actuel enchevêtrement de cursus, héritage de bouleversements éducatifs successifs parfois diamétralement opposés, une énième réforme semble salutaire au canevas universitaire espagnol. Cependant, elle laisse de côté l’une des principales doléances de la communauté étudiante : le manque de cours pratiques, soit l’opportunité donnée aux étudiants d’appliquer les connaissances acquises en cours avant d’entrer dans le monde du travail.

Soledad, une jeune diplômée en sciences de l’éducation est lucide : « j’aurais préféré que mes études durent plus longtemps à condition que je puisse consacrer au moins un an à un stage en entreprise ». Alberto, futur juriste, affirme plus catégoriquement encore : «  c’est ma dernière année de droit et je ne sais toujours pas à quoi ressemble un tribunal ». Cette absence d'expérience de terrain est un phénomène ressenti de manière aiguë dans les cursus de sciences humaines mais pas seulement. Diego, un étudiant ingénieur, affirme ainsi «que moins de 10 % des étudiants font des stages.»

L’excès de cours théoriques est étroitement lié au manque d’interactivité entre élèves et professeurs. De manière générale, « les professeurs arrivent, n’admettent pas d’interventions d’étudiants, font leurs discours et s’en vont », raconte David, étudiant en philologie anglaise. Ce manque de dialogue entre le corps enseignant et les élèves trouve son origine dans l’arrivée massive d’étudiants dans les formations de 3è cycle à partir des années 80. Soit des classes de plusieurs centaines d’élèves, dont certains se retrouvaient assis dans les couloirs, faute de place. L’interactivité ou l’organisation de cours pratiques avec un nombre aussi élevé d’étudiants suscitait évidemment de nombreux problèmes logistiques. Une quinzaine d’années plus tard, la natalité a baissé. L’Université de Séville est ainsi passée de 75 000 élèves en 1995 à près de 63 000 en 2004.

Jusqu’où aller?

La question centrale du débat concerne bel et bien la nature des cours à donner dans les facs espagnoles. Il y a de moins en moins d'élèves dans les amphithéâtres, l’occasion peut-être d’écarter les cours magistraux traditionnels et d’encourager le développement de la participation des étudiants. La tâche peut s’avérer difficile tant les élèves sont habitués à l’ancien système où ils se limitent à réussir leurs examens. Pas étonnant d’ailleurs qu’ils ne s’impliquent vraiment que lorsqu’ils tombent sur un professeur qui essaie d’éveiller leur motivation.

Un large plan d’action semble désormais inévitable, censé remodeler de A à Z la place de l’université. Un système basé sur une évaluation continue – et plus uniquement sur les examens finaux- et sur la réalisation de travaux pratiques individuels ou en groupe. La réforme doit, en outre, inclure des accords avec le secteur privé afin que les élèves en dernière année puissent terminer leurs études par des stages en entreprise, dans la mesure du possible durant les mois d’été. En définitive, il s’agit de connecter l’université avec le monde du travail. Un objectif qui paraît impossible tant que 4 ,3% seulement du PIB national sera consacré à l’éducation et que les élèves devront se limiter à du bachotage pour obtenir leurs diplômes.

L’exception à l’enseignement magistral : le Royaume-Uni

De manière générale, la situation espagnole se retrouve dans les autres pays de l’Union. L’afflux d’étudiants dans les amphithéâtres français entraîne aussi un fort manque d’interactivité et peu de stages. En Italie, l’université est également plus théorique que pratique et le sentiment de déconnexion avec le monde du travail se ressent fortement parmi les étudiants. En Allemagne, tout dépend de l’université dans laquelle les élèves étudient car le cursus varie sensiblement selon la région. Le sentiment général outre-Rhin insiste sur le fait que l’université devrait être beaucoup plus concrète. Actuellement, une grande majorité des Länder est en train de réformer ses cursus, ouvrant ainsi la brèche à un plus grand nombre de stages. C’est le Royaume-Uni qui incarne l’exception à la règle : des groupes restreints d’étudiants peuplent les amphithéâtres anglo-saxons, permettant un système ouvert au dialogue, basé sur la mise en pratique des acquis, individuelle ou collective. Ce système a aussi sa faille : étudier dans les universités britanniques revient généralement beaucoup plus cher que dans les facultés d’Europe continentale.