Cours, Berlin, Cours !

Article publié le 1 août 2014
Article publié le 1 août 2014

La neige est trop froide, la pluie trop mouillée, la nuit trop noire : toutes ces excuses pour ne pas aller courir ne comptent plus en été. Ne vous inquiétez pas : vous pourrez en inventer d’autres.

L’été est désormais bien présent à Berlin et si les parcs se remplissent pour des activités en tous genres, certains spécimens se tentent même à une activité de l’extrême : courir. Pas vraiment hipster, mais pas complètement prohibé non plus, le « jogging » fait même souvent son apparition sur les CVs. A comparer le nombre de CVs qui contiennent cette activité (à peu près 95% selon une étude très sérieuse d’un institut renommé) et le nombre d’adeptes du yogging (c’est un mélange de yoga et de jogging) qui tournent vraiment en rond, il doit y avoir un très gros parc caché à Berlin de la taille de la forêt amazonienne que personne ne connaîtrait où tout le monde irait faire son jogging le dimanche. 

Bref, c’est l’été, Berlin court. Voici un petit florilège des joggeurs que vous pourrez trouver dans les parcs de la ville.

LE VRAI COUREUR / LA VRAIE COUREUSE

Celui-là (cela fonctionne aussi avec celle-là, rassurez-vous), c’est simple, vous ne le verrez pas. Il s’est levé à 5 heures pour avoir le temps d’aller courir, de faire ses étirements, de prendre sa douche puis son petit-déj énergétique avant que votre réveil ait même commencé à se demander s’il serait temps de sonner. Et ce, tous les jours que Dieu (alias Haile Gebreselasie) fait. Surtout le dimanche où là, c’est sortie longue avec 120 min en 85% de VMA en finissant par un petit 30’-30’. Si jamais vous voyez cette espère rare, vous le repérerez facilement : la foulée est tellement facile qu’elle vous dégoûtera d’avoir commencé à regarder, le front a arrêté de transpirer il y a 15 ans, on se demanderait même s’il respire. Juste le bip-bip de sa montre GPS tous les 400 mètres révèle encore quelques signes de vie.

Le coureur-que-vous-pensez-pas-que-c’est-un-coureur

En arrivant dans le parc, vous l’avez repéré, le petit vieux qui lève à peine les pattes. Son mini-short semble avoir été acheté à l’époque de Platini, son T-Shirt est tellement délavé qu’il en devient presque translucide, la casquette indique une marque d’alcool frelaté qui n’existe même plus. Au début, vous le regardiez d’un air inquiet lui prédisant un arrêt cardiaque rapide. Quand vous vous rendez compte, qu’à son rythme certes, il vient de finir son 25e tour de piste, alors que vous venez de trépasser au bout de 2 bornes, vous comprenez l’embrouille : ah ouais, en fait, il s’entraîne pour son 62e marathon, c’est même peut-être lui qui a inventé l’athlétisme. Spyridon Louis for ever.

Le sportif- mais-qu’est-pas-un-coureur

Il a un T-shirt de foot, ou mieux encore un T-shirt de basket sans manche qui laisse apparaître son bien le plus précieux : ses épaules, fruit de nombreuses heures à soulever de la fonte. Et merde, tout cela n’a pas été pour rien, maintenant il faut étaler la marchandise. L’été, c’est fait pour ca. Sauf qu’en course à pied, sa largeur d’épaules n’impressionne pas grand-monde. Celui-là va partir à un rythme insuivable -  ouais, mec, le 10km, ca se commence au sprint -  avant de s’écrouler, derrière un buisson à l’abri des regards, de tout son fût, rouge de douleur en se disant qu’il aurait dû écouter sa copine qui lui avait pourtant dit que courir à 14 heures en plein cagnard n’était pas forcément une bonne idée.

Le je-veux-bien-courir-mais-faudrait-pas-que-je-rate-un-post-Facebook

Celui-là court parce que son médecin lui a dit que ce serait bien pour stopper sa série de 5 burn-outs en 3 semaines. Il a les moyens alors ca déconne pas : chaussures jaune pétant aux pieds avec mini-ordi installé dans la semelle. L’iPhone 5 au bras, avec du coup, la brassière en conséquence. Il a téléchargé une play-list calculée sur son pouls, les écouteurs Beats studio  sur les oreilles pour que son iCoach lui donne des instructions, genre, « avance feignasse, t’es en retard sur tes objectifs du trimestre ». Lui qui voulait se changer de l’ambiance du boulot, c’est gagné. C’est le seul de la bande qui risque un claquage du système nerveux. On le reconnaîtra au fait qu’il sprintera comme un taré à la fin pour remplir son « time goal ». Il ne pourra plus monter les escaliers, mais en tout cas, son temps sera aussitôt affiché sur son compte Facebook + un petit selfie, dégoulinant de sueur, avec un filtre écarlate et un commentaire : « Wouah, bientôt prêt pour la plage :-) ».

Le coureur-qui-veut-perdre-des-calories

En parlant de plage… Je risquerais de me faire taper dessus en disant que cette catégorie s’oriente plus vers la gente féminine, mais j’en prends quand même le risque. Toutes les catégories sont des clichés, celle-là n’y coupera donc pas. Celle-là donc, aura sorti les baskets du placard, le T-shirt de sport qui avait servi déjà en dernière année de lycée (Abi-Geil 2002 for ever) et pris rendez-vous sur WhatsApp avec une copine pour aller courir. Demain, non pas demain, après-demain, ah non, là j’ai brunch, allez, dans trois semaines, là, c’est sûr. Bref, le jour J, c’est parti et… la conversation commence. Elles vont voir passer furtivement les filles de la catégorie 1 (les vraies coureuses) en les maudissant (« pff, je suis sûre qu’elle a pas de vie sociale »). En sachant bien que les coureuses de catégorie 1, elles, ne vont pas perdre un millième de seconde de concentration à s’intéresser à la conversation de nos pipelettes.  Le rythme est lent, très lent et au bout de 5 longues minutes: la première pause (« non, mais, c’est important de s’arrêter pour boire, j’ai lu ca quelque part »). Au bout de 4 reprises et de 3 interruptions, la coupe est pleine et les muscles peu habitués à cette débauche d’énergie font grève. C’était génial, non, vraiment, ca fait du bien. On se retrouve demain ? Ah non, demain, je peux pas, j’ai un vernissage. Ah bon, bah on se tient au courant pour une prochaine date, c’est promis. Ce ne sera pas avant l’été prochain.

Berlin l'été : Impressions d'une ville ardente

Vive l'été ! Même si les parks berlinois commencent déjà à se transformer en centres de loisirs en début juin, la belle saison est à son apogée au mois d'août. À cette occasion, Cafébabel vous présente un florilège d'impressions estivales. Plus d'infos sur Face­book et Twit­ter