Coupe du monde : le foot part en voyage d'affaire 

Article publié le 12 juin 2014
Article publié le 12 juin 2014

Selon la célèbre encyclopédie Treccani e Britannica, le football serait, grâce à ses règles simples et son extrême adaptabilité, le sport le plus populaire du monde, en termes de pratiquants et de spectateurs. Mais derrière cette belle vitrine se cache une réalité plus éhontée : un business engrangeant des millions d’euros, qui occulte la véritable essence de ce sport.

Nous sommes au matin de la Coupe du Monde de foot­ball or­ga­ni­sée par la FIFA, l’évé­ne­ment spor­tif le plus suivi au monde. Un sport ultra mé­dia­tisé, mais dont les ori­gines sont dif­fi­ciles à re­tra­cer : il au­rait trouvé sa forme ac­tuelle dans l’An­gle­terre du XIXème siècle, pour en­suite se pro­pa­ger à tra­vers le conti­nent eu­ro­péen, les co­lo­nies d’Amé­rique du Sud et enfin le reste du monde. La dé­fi­ni­tion ori­gi­nale pro­po­sée par l’au­teur de la page Foot­ball en Eu­rope de Wi­ki­voyage, dé­montre que ce sport reste pro­fon­dé­ment ancré dans notre culture : « chaque année, entre sep­tembre et mai, l’Eu­rope vit à l’heure du foot­ball : les matchs sont re­trans­mis dans les bars, les stades sont pleins à cra­quer, les en­fants jouent dans la rue pen­dant que des adultes en sur­poids s’af­frontent au nom de leur pub ». Mais, au-delà de ces vi­sions ro­man­tiques, le foot­ball ac­tuel est en­core – sur­tout ? – un sys­tème éco­no­mique com­plexe qui trouve en Eu­rope sa meilleure ex­pres­sion.

Le foot bu­si­ness

Der­rière les dis­cus­sions en­tou­rant la ques­tion de la su­pré­ma­tie des pays sur ce sport, il pa­raît évident que les clubs sont do­ré­na­vant de­ve­nus des en­tre­prises sous bien des as­pects. Un chan­ge­ment pa­tent constaté dans la ma­jo­rité des pays : ainsi de­puis 1996, le dé­cret 485/96, converti en une loi votée la même année, per­met aux clubs ita­liens d’adop­ter la forme ju­ri­dique d’une en­tre­prise. Pro­duit pour le mar­ché et exis­tence d’un risque gé­né­ral sont les ca­rac­té­ris­tiques fon­da­men­tales d’une en­tre­prise à la­quelle les clubs res­semblent vé­ri­ta­ble­ment. Avec une va­leur ajou­tée in­es­ti­mable : la pas­sion et le sen­ti­ment d’ap­par­te­nance. Un pa­tri­moine qui, dans la ma­jo­rité des clubs, a bâti sa for­tune et a réussi à ne pas être dé­truit par les conflits d’in­té­rêts des sup­por­ters, di­ri­geant, per­son­nel ou joueurs.  

Le spec­tacle spor­tif est donc l’ob­jet de l’ac­ti­vité éco­no­mique des clubs de foot­ball, mais ne consti­tue pas la seule va­leur de la pro­duc­tion : les droits té­lé­vi­sés, le spon­so­ring et l’ex­ploi­ta­tion des images, sont l’ex­pres­sion des sys­tèmes éco­no­miques mo­dernes or­ga­ni­sés et ré­sul­tant d’une lo­gique en­tre­pre­neu­riale com­plexe, joints à des re­ve­nus « clas­siques » plus en adé­qua­tion avec le sport. L’image et la po­pu­la­rité sont des avan­tages psy­cho­lo­giques, qui peuvent même être plus im­por­tant qu’un gain fi­nan­cier im­mé­diat. C’est grâce à ces ca­rac­té­ris­tiques qu’une in­dus­trie dont le bilan est sou­vent dans le rouge réus­sit à res­ter en vie. 

les doutes de l'uefa : fair­play fi­nan­cier ?

La ten­dance du foot­ball à se trans­for­mer en un sport-bu­si­ness semble ir­ré­ver­sible : dans cette op­tique, il est né­ces­saire de mettre en place le rè­gle­ment du fair-play fi­nan­cier de l’UEFA, un pro­jet créé par le plus grand or­gane foot­bal­lis­tique eu­ro­péen en 2009, qui vise à mettre fin aux dettes de la ma­jo­rité des clubs – le Bayern de Mu­nich, Ar­se­nal, le SSC Naples et l’ACF Fio­ren­tina de­meurent des exemples po­si­tifs de ces ré­gu­la­tions. Le se­cond ob­jec­tif in­avoué est, à l’in­verse, de ré­duire le fossé entre les équipes qui peuvent se per­mettre des in­ves­tis­se­ments exor­bi­tants, car gérés par des en­tre­pre­neurs et des mul­ti­na­tio­nales : le Paris Saint-Ger­main de Nas­ser Al-Khe­laïfi dé­tenu par le Qatar In­vest­ment Au­tho­rity, ou le FC Zé­nith Saint-Pé­ters­bourg d’Alek­sandr Dyu­kov de Gaz­prom ont ainsi tous deux été sanc­tion­nés, bien que cela n’ait pas em­pê­ché le di­ri­geant du PSG d’ac­qué­rir pour 50 mil­lions d’eu­ros le dé­fen­seur bré­si­lien David Luiz

Les ré­cents suc­cès d’un club comme le Bo­rus­sia Dort­mund, le Bayern de Mu­nich ou l’ex­ploit de l’At­lé­tico Ma­drid ont dis­sipé les craintes concer­nant la nais­sance d’un groupe d’équipes éli­tiste et ex­clu­sif (à l’image du « Big 4 » de la Pre­mier League entre 1996 et 2008 ou le duo­pole de la Liga). Mais les dif­fé­rents taux d’im­po­si­tion entre chaque pays, ou le manque de trans­pa­rence en­tou­rant le spon­so­ring et l’im­pli­ca­tion d’une so­ciété tierce, sont au­tant de la­cunes qui at­tendent d’être ré­so­lues.

Fra­gi­lité et lour­deur frappent néan­moins la ges­tion de ces cas par l’UEFA. Aussi nobles et justes soient leurs in­ten­tions, il est né­ces­saire que Michel Pla­tini (président de l'UEFA, ndlr), Senes Erzik (vice-président, nldr) et leurs col­lègues trouvent des moyens plus ef­fi­caces pour dé­fendre leur cause. Alors seule­ment, il sera pos­sible de trou­ver la bonne adé­qua­tion entre sport et éco­no­mie.