Coupe du monde de rugby : les Français seraient-ils trop présomptueux ?

Article publié le 13 septembre 2007
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Article publié le 13 septembre 2007
A la veille du mondial de rugby, l’engouement des Français a soudainement décuplé. Les effusions de la presse et des personnalités publiques feraient même croire à la libération d’une passion inavouée … A la veille du mondial de rugby, l’engouement des Français a soudainement décuplé.
Les effusions de la presse et des personnalités publiques feraient même croire à la libération d’une passion inavouée …

Ne dérogeant pas à sa réputation de dame arrogante, la France s’est, du jour au lendemain, présentée comme la légitime ambassadrice de l’ovalie, oubliant au passage que le rugby fut imaginé par un Anglais, Sir William Webb Ellis en 1823. Ces derniers mois, il ne fut pas rare d’entendre ou de lire que « les joueurs français comptent parmi les meilleurs » ou que « l’équipe française est incontestablement LA favorite européenne ». Des commentaires qui auraient certainement été valables il y une dizaine d’années mais qui sont malheureusement déconcertant aujourd’hui. A mon humble sens, cet élan de soutien spontané pour le XV de France cache une hypocrisie affective qui ne peut que nuire à l’image du rugby français. Jadis méprisé et considéré comme une pratique bestiale, le rugby est à présent portés sur le devant de la scène et ses joueurs quasiment élevés au rang de mi Dieux. Il y a là une dissonance manifeste qui me laisse perplexe sur l’honnêteté des démonstrations publiques auxquelles on assiste.

L’amour du rugby est avant tout quelque chose de culturel.

En France, et à l’inverse de l’Angleterre et de l’Ecosse, le rugby est un sport « régional », non national. C’est dans le Sud-ouest que le rugby trouve ses racines identitaires. C’est autour des valeurs et des traditions portées par cette région depuis des siècles, pour des raisons à la fois sociologiques et humaines, que le rugby a trouvé une assise dans l’hexagone. Parmi ces valeurs, nous pourrions en outre citer la force du collectif, la projection de soi dans les traditions sportives, la transmission patrimoniale, la mise à l’épreuve, etc. L’esprit du jeu s’est ensuite exporté et les équipes régionales se sont fédérées derrière la Nation afin de jouer dans la « cours des grands ». Cela explique qu’il ne peut y avoir d’attachement proprement national à ce sport. De même, la reconnaissance institutionnelle de la Fédération Française de Rugby (FFR) est advenue tardivement puisqu’elle n’a été inscrite à l’IRB (International rugby board) qu’en 1978 – alors qu’elle avait été fondée en 1910.

L’intérêt des media et le changement dans la perception de l’opinion publique ont été laborieux. Pourtant, à écouter les Claires Chazal et autres PPDA, il semblerait que les Français aient toujours cru en ce sport et soutenu leur équipe… Tout cela n’est rien d’autre que du « baratin médiatique ».

Certes, le rugby a la côte. Ces dernières années, les inscriptions dans les clubs ont sensiblement augmentées et les magasins de sport ont élargi leur rayon « rugby ». Mais là où le bas blesse, c’est quand on regarde à l’implosion des produits dérivés qui fait jubiler les as du marketing. Comme le football qui a été littéralement absorbé par les logiques publicitaires et par le sponsoring, le rugby s’est laissé courtisé par les « agents de la frime ». La chaîne de télévision Arte a d’ailleurs diffusé un excellent documentaire à ce sujet le 4 septembre dernier ( « Révolution ovale » ). Ce reportage montre que la « publicisation » ou la « popularisation » du rugby, au sens où il a élargi son public cible, façonne un nouveau sport. Plus qu’une pratique sportive, « l’ovalie » est devenue un label dont on a instrumentalisé la charge symbolique pour capter la sensibilité des spectateurs. Tel un produit de luxe que l’on voudrait faire monter en gamme, les sponsors ont mis l’accent sur la noblesse du jeu pour justifier le battage médiatique dont on nous acène. Mais le plus inquiétant, c’est que les joueurs ont fini par adopter ces règles, à tel point que la pratique commence à se modifier. La culture des corps et les régimes hyper protéinés ont modifié le jeu physique … le Haka est aujourd’hui plus populaire que les joueurs de l’équipe néo-zélandaise …

Mais jusqu’où ira-t-on pour plaire ? Le rugby est-il prêt à vendre son âme au diable ?!

Sophie Helbert