Coup de foudre à Tchernobyl

Article publié le 19 avril 2012
Article publié le 19 avril 2012

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Un nouveau film arrive dans les salles françaises : La terre outragée - il y a 25 ans, la vie était douce à Tchernobyl. C'est l'histoire d'une jeune veuve ukrainienne qui a survécu à la tragédie nucléaire mais qui n'arrive pas à se détacher de sa terre natale, maudite et contaminée.

« Madame votre mari n'est plus un homme, c'est devenu un réacteur ! » : voici les paroles qu'une infirmière adresse à Anya (Olga Kurlyenko), alors que cette dernière lui avait demandé à plusieurs reprises la permission de rendre visite à Piotr (Nikita Emshanov), son mari, qu'elle venait d'épouser un jour avant la tragédie nucléaire la plus dévastatrice de l'Histoire.

Voilà comment Tchernobyl, qui signifie littéralement « Absynthe », la plante de l'oubli, entre tout à coup dans la vie de deux jeunes ukrainiens en 1986. Ils habitent Pripiat, une ville de 50.000 habitants située à quelques kilomètres du complexe nucléaire.

Une chose est sûre, l'histoire d'amour reste secondaire. Il ne s'agit que d'un prétexte pour parler d'une catastrophe humaine à un public lointain, qui est déjà passé par un nombre incalculable de documentaires sur le sujet. Mais Tchernobyl, suite à la récente tragédie de Fukushima, est longtemps resté un sujet trop brûlant qui décourage plus d'un réalisateur d'en faire un film. Le site du tournage est encore contaminé, et les autorités ukrainiennes ne sont pas indulgentes concernant le nombre de personnes qui peuvent circuler dans les parages du sarcophage du réacteur numéro 4.

Le film reste fidèle à son titre secondaire: « 25 ans après ». Afin de ne pas suivre la biographie des protagonistes jusqu'en 2011, la réalisatrice divise son scénario en deux moments principaux. Le premier, celui du monde féérique et non pollué des derniers jours d'avril 1986, où il est encore possible que le jeune Valery (Vladyslav Akulyonok) plante un pommier avec son père. Il rencontre ensuite Anya, vêtue de sa robe de mariée, et Piotr, qui se rendent tous les deux à leurs noces à bord d'un sidecar. Comme un cercle parfait, Valery et Anya se retrouveront des années plus tard sur un banc, mais leurs yeux en auront déjà trop vu pour pouvoir encore se reconnaître.

La centrale nucléaire ne fait alors qu'office d'arrière plan dans le film, une sorte de complexe futuriste qui émet une fumée verte irisable dans la nuit du 26 avril 1986, alors que tout autour, la vie est célébrée avec joie et les habitants se préparent à commémorer la Fête du Travail du 1er mai. Le réacteur nucléaire, à ciel ouvert depuis l'explosion, sera recouvert par un sarcophage impénétrable dans les mois suivants grâce au labeur de 600.000 «liquidateurs» qui travailleront en plein air, soumis à un niveau mortel de radiations. Aujourd'hui encore le nombre de morts dus au désastre de Tchernobyl, sans compter les morts de l'explosion, reste incertain.

Un musée à ciel ouvert de l'Union Soviétique

Au centre de la caméra, Anya, interprétée par l'ancienne James Bond Girl de Quantum of Solace (où elle jouait le rôle de Camille). C’est une Ukrainienne extrêmement belle, veuve à 27 ans, évacuée hors de la zone de danger avec sa mère le jour suivant l'explosion. Comme l'indiquent les documentaires vidéo de l'époque, les autorités soviétiques ont tout d'abord cherché à dissimuler l’incident, préparant l'évacuation avec beaucoup de retard et sans expliquer aux habitants le motif de leur départ.

C'est pour cela que beaucoup sont partis avec leurs vêtements de travail encore sur le dos, sans se préoccuper de vider leurs propres maisons et de rassembler leurs objets personnels. Aujourd'hui les habitations de Pripiat sont comparables à une Pompei de l'Union Soviétique. Un temple à ciel ouvert consacré aux dieux déchus de l'énergie nucléaire.

Le film La terre outragée, coproduction des Films du Poisson, est sorti en France le 28 mars, après avoir été présenté à La Mostra de Venise, au Festival de Toronto et avoir reçu le prix du meilleur scénario au Festival Premiers Plans d'Angers. Il sera projeté en Ukraine le 26 avril pour l'anniversaire de la tragédie, mais les responsables des Films du Poisson n'ont pas encore annoncé de date de sortie concernant les autres pays.

Et pourtant l'histoire a tout pour intéresser un public international : un casting réussi, une réalisatrice israélienne (Michale Boganim) aux débuts prometteurs dans la catégorie des longs-métrages, un sujet jusqu'à présent inhabituel pour les salles de cinéma et une trame qui se noue entre la vie sentimentale d'une jeune femme et le désir qu'éprouvent les habitants de retrouver leur propre terre natale (Laterre outragée du titre).

Anya elle-même - il s'agit là de l'unique révélation que nous vous ferons - ne réussit pas à partir de Tchernobyl. Engagée comme guide touristique pour les journalistes et les étrangers curieux, condamnée à voir ses longs cheveux disparaître par poignées chaque jour dans les tuyaux d'évacuation de la douche en raison des radiations, elle reste prise au piège dans une spirale d'attaches, de souvenirs et de fantasmes qui peuplent les rues larges et désolées de Pripiat. Ici, la statue de Lénine devant laquelle ont été prises les photos de son mariage. Là, les restes du parc de jeux qui n'aura jamais été inauguré... « Le passé est un pays étranger qui ne me laisse pas partir » demeure sa phrase préférée.

Il reste encore beaucoup à dire quant au sujet : quel a été le destin des évacués ? Saura-t-on un jour exactement le nombre de personnes mortes en raison des radiations? Qui paiera pour les erreurs, les retards et les manquements, 27 ans après ce qui est arrivé ? Ce ne sont pas les questions auxquelles le film se propose de répondre mais nous le remercions de nous avoir portés, bien que seulement pendant deux heures, au centre d'un royaume mythique, où l'énergie nucléaire était encore l'avenir de l'humanité, où les forêts resplendissaient d'un vert pur.

Malheureusement, tout ceci n'est qu'imagination.

Photos :  Une et Affiche © courtoisie du site Les Films du Poisson; photo du parc de Pripiat : lacorso/flickr ; Vidéo : trailer : fondationgroupamagan/youtube.