Côte d’Ivoire et Nigéria : un rapprochement indispensable pour construire la paix

Article publié le 14 avril 2016
Article publié le 14 avril 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Malgré des relations personnelles tendues, Alassane Ouattara et Muhammadu Buhari savent que le rapprochement entre leurs pays est indispensable pour construire la paix et la prospérité en Afrique. Une politique diplomatique soutenue par les forces de la société civile.

Les relations entre le président ivoirien, Alassane Ouattara, et son homologue nigérian, Muhammadu Buhari, ont fait couler beaucoup d’encre. Pour la plupart des spécialistes et commentateurs, c’est l’attitude du président ivoirien qui est à l’origine des rapports tendus entre les deux hommes. Muhammadu Buhari n’aurait jamais pardonné à Alassane Ouattara le soutien apporté par celui-ci à Goodluck Jonathan, son rival lors de la course à la dernière présidentielle au Nigéria.

Des rapports difficiles…

L’élection de M. Buhari à la tête du Nigeria en 2015, que la communauté internationale n’hésitait pas à qualifier d’« historique », constituait la première alternance démocratique et pacifique du géant d’Afrique de l’Ouest, un pays qui avait connu six coups d’Etat depuis son indépendance en 1960. Si Alassane Ouattara partageait l’enthousiasme que cette élection suscitait à l’étranger, il savait également qu’elle signifiait le départ d’un de ses principaux soutiens extérieurs. Goodluck Jonathan avait en effet joué un rôle décisif lors de la crise postélectorale à laquelle M. Ouattara avait été confronté en 2010, et le président ivoirien aurait sans doute préféré que son allié traditionnel soit réélu alors qu’il devait lui-même mettre en jeu son fauteuil en octobre 2015.

Ce fut assez pour susciter la colère de M. Buhari, qui depuis cet épisode refuse toute collaboration avec Alassane Ouattara malgré les nombreuses tentatives de celui-ci pour se rapprocher du Nigérian. La plus récente a eu lieu en novembre dernier, dans le cadre de la conférence de Paris sur le climat (COP21). M. Ouattara avait alors proposé à son homologue de réaliser une visite officielle à Abidjan, mais Muhammadu Buhari a décliné l’invitation prétextant un agenda très chargé. Il faut rappeler que le président nigérian avait déjà refusé de se rendre à la capitale ivoirienne en mai 2015, lorsque son compatriote Akinwumi Adesina était investi à la tête de la Banque Africaine de Développement (BAD).

…Sauvés par la société civile

Malgré ces désaccords, les deux chefs d’Etat savent que la coopération interétatique est de plus en plus nécessaire face aux défis que doit relever l’Afrique, notamment en matière de sécurité. C’est donc tout naturellement que Muhammadu Buhari, pour qui la lutte contre Boko Haram constitue une priorité absolue, a condamné fermement l’attentat terroriste contre la station balnéaire de Grand-Bassam en Côte d’Ivoire. Il a transmis ses condoléances à M. Ouattara lors d’un entretien téléphonique dans lequel il a déclaré partager la douleur du peuple ivoirien.

Mais d’autres forces contribuent de leur côté à construire le rapprochement entre ces deux grands pays africains. Aliko Dangote, important homme d’affaires nigérian, s’est rendu à Abidjan en mars dernier. Très engagé dans l’humanitaire grâce à la Fondation Dangote, il souhaitait découvrir de près le nouveau projet de la fondation Children of Africa, dirigée par la première dame ivoirienne, Dominique Nouvian-Ouattara. Il s’agit de la construction de trois maisons d’accueil pour enfants en détresse à Ferké, Bouaké et Soubré. M. Dangote s’est également rendu à Bingerville, où la fondation de Mme Ouattara construit l’hôpital Mère-Enfant grâce, entre autres, aux généreuses donations de diverses personnalités, dont M. Dangote lui-même. L’homme d’affaires nigérian et Dominique Ouattara ont annoncé à cette occasion qu’ils envisagent de mettre en place un partenariat entre leurs fondations respectives, ce qui constitue un nouvel effort pour le rapprochement de leurs pays, dont le la coopération est indispensable pour la construction de la paix et la prospérité sur le continent africain.