Côte d'Ivoire : des tensions sociales vite dissipées

Article publié le 27 janvier 2017
Article publié le 27 janvier 2017

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La récente vague de revendications est rapidement retombée en Côte d'Ivoire, où les manifestations de fonctionnaires ont cessé depuis le 23 janvier. Face à leurs différends, autorités et contestataires ont privilégié le dialogue pour apaiser un climat social jusque-là sans véritable nuage depuis 2011.

Après une fin d'année plutôt souriante, les premiers jours de 2017 ont subitement pris une tournure plus tendue pour le gouvernement ivoirien. Alors que le referendum sur la réforme de la Constitution a été massivement adopté (93 %) fin octobre et que les élections législatives ont conforté le parti majoritaire fin décembre avec près de deux tiers des sièges au Parlement, une série de protestations a gagné plusieurs corps de fonctionnaires sans prévenir dans le pays.

Le 5 janvier, les soldats des ex-FAFN (Forces armées des forces nouvelles) ayant participé aux opérations de sécurisation du pays entre 2007 et 2011 ont été les premiers à manifester leur mécontentement à Bouaké, réclamant une prime pour avoir aidé le pays à sortir de la crise ainsi qu'une amélioration de leurs conditions de vie. Après l'annonce d'un premier versement financier le 16 janvier, d'autres « corps habillés » ‒ des militaires non-indemnisés par l'État, des gendarmes, des policiers, des douaniers et des surveillants de prison ‒ ont à leur tour signifié leur mécontentement dans plusieurs villes de Côte d'Ivoire les 17 et 18 janvier, demandant eux aussi des compensations pour service rendu pendant la crise politico-militaire.

Selon un communiqué du gouvernement, le ministère de l'Intérieur et de la Sécurité a alors de nouveau ouvert des discussions avec les différentes corporations, qui ont permis de faire cesser les tensions dès le lendemain, notamment à Abidjan et Yamoussoukro. Une « tournée des casernes » serait actuellement en cours pour recenser « toutes les préoccupations » que le gouvernement examinera prochainement, a assuré son porte-parole Bruno Koné.

Le dialogue pour résoudre les conflits

Dans le même temps, le mouvement de grève des personnels dans les écoles, les hôpitaux et certaines administrations du pays, entamé le 9 janvier, a pris fin le 23 janvier. Là encore, le dialogue ouvert entre le gouvernement et les organisations syndicales a permis de satisfaire plusieurs des revendications pour déboucher sur la reprise du travail, même si certains établissements tournaient encore au ralenti, rapporte RFI. Une commission technique mixte aurait également été mise en place afin de poursuivre les négociations. « Les échanges se sont très bien passés, témoigne Adama Koné, ministre de l'Économie et des Finances. Sur tous les points nous avons quasiment les mêmes orientations, mais il faut tenir toujours compte des possibilités de l’Etat. Les négociations avancent, et j’allais même dire, avancent très bien ».

Loin du « retour de la crise » annoncé précipitamment par certains médias français ‒ voire d'une quelconque stratégie de déstabilisation du gouvernement ‒, cet épisode de grogne sociale en cours de résolution témoigne, au contraire, du niveau de stabilité retrouvé en Côte d'Ivoire depuis la fin de la crise politico-militaire. Pendant près de 10 ans, le pays de 24 millions d'habitants s'est déchiré au gré d'une guerre civile qui a pris fin en mai 2011 avec l'arrivée d'Alassane Ouattara au pouvoir.

Élu six mois plus tôt, le président ivoirien a dû s'imposer pour écarter son prédécesseur Laurent Gbagbo, aujourd'hui incarcéré à La Haye, qui refusait de reconnaître le résultat des urnes. Depuis, l'actuel chef de l'État, réélu en octobre 2015, a remis le pays sur les rails d'une croissance à 8,5 % de moyenne par an selon le FMI, qui lui même prédit la place de numéro un en Afrique subsaharienne jusqu'en 2018. « La Côte d'Ivoire s'achemine fermement vers une paix et une stabilité durables », s'est réjouit pour sa part le porte-parole de l'ONU en décembre 2016 après les élections législatives jugées « pacifiques » et « inclusives ». À l'image des conflits qui éclatent régulièrement dans de nombreux pays développés, la gestion responsable des récentes tensions sociales en Côte d'Ivoire est peut-être le symbole d'un nouveau pas en avant vers la démocratie.