Corruption : les mauvaises habitudes ont la vie longue

Article publié le 16 décembre 2004
Publié par la communauté
Article publié le 16 décembre 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

En Slovaquie, comme dans les autres pays entrants, des réformes structurelles importantes ont été menées à bien pour satisfaire aux critères d’adhésion. Mais les institutions sont plus faciles à changer que les mentalités.

Depuis que dix pays ont rejoint l’Union européenne en mai dernier, l’attention s’est portée sur le rythme de leur intégration et la vitesse à laquelle il leur sera possible de rattraper les nations les plus avancées de l’UE. La liste des réformes politiques et économiques que chaque pays a dû entreprendre est impressionnante et celles-ci doivent être encouragées et soutenues par l’UE. Chacun de leur côté, ces dix nouveaux pays ont mené de vastes réformes de leurs législations nationales pour encourager la croissance et la libre entreprise. De grandes étapes ont été franchies, mais l’ampleur du travail qui reste à accomplir ne devrait pas être sous-estimé. Un des plus grand défis pour les anciens pays communistes est de changer les habitudes des populations qui ont appris à vivre avec la corruption. Tout en vivant confortablement avec.

Graissage de patte et échange de bons procédés

Il y a un an, le gouvernement slovaque, aidé et financé par l’UE, a lancé une campagne destinée à sensibiliser le public sur les méfaits que la corruption peut causer à une société. L’UE a identifié la corruption comme l’un des plus gros problèmes sur lesquels la Slovaquie doit continuer à travailler pour parachever son intégration. Même si les Slovaques savent qu’il s’agit d’un vaste problème qui touche l’ensemble de la société, nombreux étaient ceux qui pensaient que la campagne n’aurait aucun effet aboutirait à gaspiller l’argent du contribuable. Pour le moment, la majorité des Slovaques n’est pas prête à renoncer à graisser la patte d’un fonctionnaire pour obtenir un avantage personnel, ou à refuser une « compensation » pour service rendu. Si vous avez été pris en excès de vitesse, qui a-t-il de mal à offrir au policier un pot-de-vin pour qu’il passe l’éponge, surtout s’il est bien connu que les officiers les acceptent volontiers ? Dans les bureaux municipaux, il est aussi courant de voir un fonctionnaire exiger une tarification spéciale pour placer votre document sur le dessus de la pile ou pour faire avancer plus rapidement votre demande. Qui est à blâmer quand tout un système est si clairement enclin à la corruption ? Peut-être que la bonne question serait : si vous bénéficiez d’un système corrompu, seriez -vous prêt à en changer ? Malheureusement, beaucoup risquent de répondre par la négative…

Gueule de bois post-communiste

“Ak nekradnes, okradas svoju rodinu”, est une expression slovaque, née de l’époque communiste, qui pourrait se traduire par : “Si tu ne voles pas, c’est ta famille que tu voles ”. L’idée est que si vous ne savez pas profiter d’une opportunité lorsqu’elle se présente, vous êtes en train de vous nuire à vous-même. Sous le communisme, la collectivisation des fermes produisait des récoltes « pour le peuple » qui étaient ensuite vendues à bas prix à un magasin d’Etat. En plus des récoltes habituelles, certains champs étaient ensemencés et les gens étaient libres de prendre ce qu’ils voulaient pour leurs familles. Cette façon de récolter, qui ne devrait pas être appelée « vol » puisqu’elle n’était pas considérée de la sorte, n’était pas nécessairement encouragée, mais les autorités fermaient les yeux sur ces pratiques abusives. Ce genre de comportement est encore présent aujourd’hui, mais dans d’autres sphères de la société.

Bref, la vérité est qu’il n’est pas facile pour les gens de changer leurs habitudes, ou plutôt que rien ne les incite à les changer. « C’est comme ça que cela fonctionne, ici ! » est souvent le sentiment qui prévaut. Et toute tentative de l’UE d’accélérer l’intégration de la Slovaquie sera vaine, tant que la majorité de la population refusera de mettre fin à ces pratiques népotiques.

La Slovaquie, ainsi que les neufs autres pays entrants, doivent être félicités pour l’important travail et les nombreux changements qu’ils ont accomplis dans un laps de temps aussi court. Mais il faut reconnaître l’ampleur du défi que représente le changement des mentalités d’une population qui ne veut pas renoncer à des habitudes héritées de cinquante ans de communisme. Les dix nouveaux Etats-membres sont sans doute sur la bonne voie pour atteindre la terre promise de l’UE, mais la pente pourrait s’avérer plus raide que prévue.