Corruption éhontée au Portugal

Article publié le 6 décembre 2014
Article publié le 6 décembre 2014

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Au cours des dernières semaines, la politique portugaise a été en première ligne, pour le plus grand plaisir des médias traditionnels. La corruption a defrayé la chronique, avec de hauts représentants de l'état mis en cause par la Justice.

Tout d'abord, à la suite du programme des Visa Dorés, qui autorise les citoyens venant de l'extérieur de l'espace Schengen à obtenir un permis de résidence au Portugal en échange d'un investissement minimum dans le pays de 500 000 euros, le programme frauduleux a été découvert et est devenu une affaire publique avec la détention de hauts représentants de la scène politique portugaise.

"L'opération labyrinthe", le nom attribué à l'enquête, était précisément un labyrinthe de relations à l'intérieur du gouvernement, ouvrant la porte à des pots-de-vin pour la délivrance de visas dorés. Au-dessus du panier se trouvait le Président de l'Insitut des Enregistrements et des Actes Notariés (IRN), António Figueiredo, et Maria Antónia Enes, la Secrétaire-Générale du Ministère de la Justice. Ils sont tous deux suspectés de négocier et de faire augmenter le prix de l'immobilier en échange de visas dorés délivrés d'une façon habilement rapide, par le biais d'agences immobilières.

Selon la Police Judiciaire, il y a conviction de pots-de-vin et de transactions financières illégales par le biais de ce service illégal. Une autre figure publique prise dans ce filet était le Président des Affaires Étrangères et de Frontières (SEF), Manuel Jarmela Paulos, en fonction depuis 2005, soupçonné d'avoir fermé les yeux sur la fraude. En fait, Manuel Paulos est accusé de deux crimes de corruptions en étant bienveillant à l'égard de la fraude et en touchant 10% de commissions pour l'accélération de l'attribution des visas dorés. Parmi les 11 inculpés, l'un d'entre eux, Jaime Couto Alves, dirige une entreprise, Projects & Business, également soupçonnée de rechercher des clients potentiels. Et par cette entreprise, s'établit un lien avec le Ministre de l'Intérieur, Miguel Macedo, qui a renoncé à son poste lorsque le scandale est devenu public. Macedo était un actionnaire de Project & Business, mais on pense qu'il a vendu ses parts en 2011. Le ministre démissionaire a été convaincu par des écoutes téléphoniques qui ont mené à une perquisition de son bureau par la Police Judiciaire. La législation des visas dorés a été lancée au Portugal, en 2012, par le Ministre des Affaires Étrangères, Paulo Portas.

La goutte d'eau qui a fait déborder le vase

La semaine dernière, la bombe médiatique a explosé lorsque l'ancien Premier Ministre et ancien dirigeant du Parti Socialiste, José Sócrates, a été mis en examen. Malgré le fait qu'un important pourcentage de la population portugaise entretenait de la rancœur à l'égard de Sócrates, sa détention a été durement critiquées par les médias. L'ancien Premier Ministre atterrissait à l'aéroport de Lisbonne, revenant de Paris, et il a eu droit à une réception bruyante et colorée, non seulement de la part de la police mais également des médias en colère. José Sócrates est accusé de crimes de fraude fiscale qualifiée, de corruption et de blanchiment d'argent. Après un interrogatoire exténuant, des mesures renforcées ont été annoncées hier et l'ancien Premier Ministre est en détention à Évora, où il a demandé à être transféré, s'éloigant de Lisbonne. L'opinion publique est divisée au sujet de l'affaire, certaines personnes soutenant fortement les façons de faire de la Justice, tandis que d'autres condamnent sa conduite intrusive.

C'est la première fois de l'histoire de la démocratie portugaise qu'un ancien Premier Ministre est confronté à la Justice, malgré le fait que les affaires de corruptions soient, malheureusement, monnaie courante au Portugal. Apito Dourado, Freeport, Submarinos, Taguspark et Face Oculta sont quelques-uns des nombreux exemples qui ont gâté l'état de la démocratie portugaise. N'oublions pas les mots de la Ministre de la Justice, Paula Teixeira da Cruz, "le temps de l'impunité est terminé".