Corridor 8 : le rêve albanais

Article publié le 4 mars 2005
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Article publié le 4 mars 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

L'opération Corridor 8 aurait, selon l'Union européenne, un objectif sous-jacent : stabiliser les Balkans, territoire dangereusement instable.

Autrefois, il existait un couloir, la voie Appia qui reliait Rome à Brindisi, et qui continuait vers l’Orient par la mer pour rejoindre l’autre rive de l’Adriatique. Démarrait ensuite la voie Engnazia qui reliait Durazzo en Albanie à la Grèce. Ces voies Appia et Egnazia constituaient les deux axes importants de la domination militaire et commerciale de l’Empire romain. Vingt siècles plus tard, l’Union européenne a repris ces mêmes lignes directrices pour améliorer son système de transports et de communications.

De quelle manière ? En organisant des couloirs trans-européens sous forme d’un réseau d’infrastructures qualifié techniquement de « multi-modal », c'est-à-dire permettant l'acheminement marchandises, de personnes, d'idées, de sources énergétiques et de données.

Le projet

Le corridor 8 fait partie d’un des dix couloirs trans-européens censés faciliter l’échange de marchandises, de personnes, de pétrole et d’autres matières énergétiques entre l’Union européenne, les Etats des Balkans, les pays du pourtour de la Mer Noire et de la Mer Caspienne, et les Etats d’Asie centrale. Mais, il ne s’agit pas uniquement de rattraper le temps perdu et de combler le retard économique et commercial de la région. Stratégiquement, l’Union pense aussi stabiliser cette région encore très chaotique.

Le corridor 8 relierait la Mer Adriatique à la Mer Noire en partant des ports italiens de Bari et Brindisi, puis en passant par Durazzo en Albanie et ensuite par Skopje, Tirana et Sofia, pour finalement aboutir aux ports de Burgas et Varna dans la Mer Noire. La réalisation de ce projet présente de grandes difficultés : la majeure partie du réseau est entièrement à reconstruire et il est difficile de se frayer un chemin à travers deux massifs montagneux, l’un entre l’Albanie et la Macédoine, l’autre entre la Macédoine et la Bulgarie. On retrouve la même situation pour la ligne ferroviaire interrompue en deux points du tracé. En outre, les vieilles infrastructures usagées font augmenter les coûts et les délais de réalisation des travaux.

Développement économique

L’optimisme qui règne autour de la finalisation du corridor 8 s'explique par les énormes enjeux énergétiques qu'il implique. En effet, les réserves d’énergie de la Mer Caspienne seraient enfin accessibles, et ce n'est pas par hasard si les investisseurs américains paraissent franchement intéressés par le projet. Le gouvernement italien a également récemment montré une intérêt particulier pour l’opération, voyant dans le prolongement du couloir de Brindisi à Bari une opportunité de développement économique pour le sud de l'Italie. Le couloir 8 projetterait l’Albanie vers le marché d’Europe l’est, et la construction de routes, de ponts, de voies ferroviaires et d’infrastructures logistiques garantiraient l’afflux d’investissements étrangers. Certaines sociétés sont déjà actives dans la gestion d’oléoducs et de gazoducs qui relieront la Mer Caspienne et les côtes albanaises.

En plus de constituer un investissement rentable à court terme, le corridor 8 garantirait des avantages économiques structurels grâce à la présence internationale et à l’amélioration du réseau de transports et des services internes. Les énormes perspectives économiques offertes par le couloir et le panorama politique semblent remettre Tirana en selle.

…et progrès politique

On ne peut douter de l'opportunité historique pour l'Albanie. D’un point de vue politique, le pays pourrait sortir de l’isolement et peser un peu plus dans les relations géostratégiques grâce à sa position de « pont » vers l’Europe orientale et vers l’Asie. En effet, la Commission européenne entend lier la construction des couloirs à toute une série de réformes étatiques. Concrètement la réalisation des couloirs est confiée aux Etats impliqués géographiquement qui signent un accord. Les projets peuvent prévoirla restructuration d'infrastructures existantes ou de nouvelles constructions, et peuvent bénéficier tant de financements publics que privés. La capacité des Etats impliqués à engager des ressources et garantir une organisation politique et administrative est fondamentale pour attirer des investissements. Le temps des réformes s’approche pour l’Albanie. Comme celui de l’intégration européenne.