COP 21 : l'homme qui murmure à l'oreille des pros

Article publié le 8 décembre 2015
Article publié le 8 décembre 2015

Les participants à la conférence sur le climat des Nations unies viennent de toutes parts. Plus de 190 pays et langues sont représentés. Ça fait penser aux Jeux Olympiques. Mais au Bourget, ce ne sont pas les personnalités politiques qui réalisent le travail le plus sportif, mais bien les interprètes travaillant en simultané. Voici le portrait de l’un d’eux qui sprint d’une langue à l’autre.

Benoît est assis, vêtu d’un costume et d’une cravate, dans une boîte faite de simples panneaux de particules de bois. Des quatre fenêtres, il voit l’arrière des têtes et les dos des participants à la conférence. Il est relié avec eux par un casque. Depuis un quart d’heure, il interprète du français vers l’anglais et à nouveau dans l’autre sens. Il dessine avec ses mains ce qu’il se dit. De l’extérieur, la scène ressemble à un mélange de langage des signes et de film muet.

Les orateurs sur l’estrade du pavillon français sont en train de débattre sur l’agriculture durable et la neutralité carbone. Malgré les températures tropicales dans la petite cabine, Benoît conserve son sang-froid. « Je me concentre sur le contenu de ce qui est dit, pas sur les mots. Ma mémoire à court terme prend en charge le reste », confie-t-il. 

Il pratique ce sport du langage de haut niveau depuis deux ans et montre chaque jour qu’il est faux de dire que les Français ne savent ou ne veulent pas parler anglais. À 17 ans, il a passé un an Down Under, en Australie, puis un an sur l’île verte en tant qu’étudiant au début de la vingtaine. Sa licence en anglais et son master en traduction en poche, il est désormais du haut de ses 26 ans inscrit sur la liste des traducteurs officiels du Ministère des Affaires étrangères. 

Malgré son expérience professionnelle relativement courte, il a déjà su faire preuve de polyvalence. Une entreprise l’a un jour embauché pour une réunion qui portait sur la pose du parquet, une autre pour une conférence sur les méthodes relatives à l’élevage du saumon.

En guise de préparation à la COP21, il a effectué des recherches pendant trois jours durant. Depuis le début des négociations il y a environ une semaine, il interprète jusqu’à trois conférences par jour « avec la dose d’adrénaline nécessaire », sourit-il. On travaille toujours à deux, parfois même à trois. Les interprètes s’alternent tour à tour toutes les demies heures. Ceux dont ce n’est pas le tour notent les chiffres et les termes complexes et aident ainsi la personne qui est en train d’interpréter. « Indirectement, nous contribuons à changer le monde », dit Benoît avec de la fierté dans la voix. Sans compréhension et sans traductions, pas d’accord sur le climat.

Son égo ne dépasse cependant pas le plafond des halles de la COP21. Malgré la responsabilité qui repose sur ses épaules, Benoît reste modeste : « En tant qu’interprète, j’agis dans l’ombre et j’essaie de parler dans l’oreille des participants de la manière la plus fluide possible. J’ai bien fait mon boulot si je reste invisible. »

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