Contrefaçon : la guerre sans fin ?

Article publié le 22 janvier 2014
Article publié le 22 janvier 2014

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

« La contrefaçon n'est pas une infraction bénigne. C'est un crime économique » assène la Ministre du commerce extérieur, Nicole Bricq, lors de la première Journée nationale de destruction de contrefaçons. Et comme dans toute criminalité, les contrefacteurs redoublent d’inventivité afin de faire prospérer leur business. Et les entreprises contre-attaquent.

Des contrefaçons en expansion

Le marché de la contrefaçon est en forte croissance depuis quelques années et représente 5 à 9 % du commerce mondial. Selon un rapport de l’Union des fabricants, la contrefaçon coûte quelques 100 milliards de dollars aux pays du G20 (dont 6 milliards de perte pour la France). L’Asie représente le terrain de fabrication privilégié des contrefacteurs avec 70% des produits qui s’écoulent majoritairement via le e-commerce.

Outre les pertes économiques, la contrefaçon nuit à l’image des entreprises comme le souligne PSA Peugeot Citroën pour qui « la présence accrue sur les marchés de produits dont la sécurité n'est pas assurée entraîne une image dégradée pour nos marques et un risque de méfiance du consommateur ». L’impact est également significatif en matière d’emploi puisque l’Union européenne estime que la contrefaçon fait disparaître chaque année 100.000 emplois. A titre de comparaison, bien que piratage et contrefaçon ne se superposent pas, Microsoft affirme qu’« une baisse de 10% du taux de piratage des logiciels se traduirait pour l'ensemble du secteur par la création de 36 000 nouveaux emplois en France et de près de 864 000 dans le monde ». Les faussaires jouent donc dans la cour des grands !

Si les articles les plus visés sont ceux de la mode ou les jeux et jouets, aucun secteur n’est épargné. La chasse est aujourd’hui faite aux « faux » produits de grande consommation tels que les cigarettes, le matériel électronique ou les médicaments dont la contrefaçon rapporte dix fois plus que le trafic de fausses monnaies et vingt fois plus que le trafic de drogue. Les contrefacteurs se sont même attaqués au secteur juteux de la chirurgie esthétique, ébranlé par les scandales de fausses prothèses mammaires ou de botox non homologué. Les enjeux en matière de sécurité et de santé publique sont préoccupants.

Des stratégies bien faites

C’est sur le terrain que la traque aux contrefaçons se révèle la plus efficace comme l’indique Jean Daniel Pasche, Président de la fédération de l’industrie horlogère suisse pour lequel « il s’agit de saisir les copies, de les détruire et d’essayer autant que possible de faire fermer les unités de production qui les fabrique ».  Un travail de détection qui doit se faire « en accord avec les autorités policières locales ». Un véritable arsenal légal apparaît donc indispensable afin que les Etats disposent de moyens à la hauteur de contrefacteurs toujours plus ambitieux.

C’est que la lutte s’avère de plus en plus compliquée à organiser. L’an passé, les saisies en France ont quasiment été divisées par deux : une conséquence directe de l’écoulement massif de produits contrefaits sur Internet (1,4 millions) et à la décision de la justice européenne interdisant aux douanes de contrôler les produits en transit indique la Ministre Nicole Bricq. La lutte doit donc également s’effectuer sur un terrain bien plus volatile : Internet.

La résistance s’organise du côté des entreprises technologiques qui subissent, à elles seules, 34% des contrefaçons soit une hausse de 17% en 2011. Ainsi, Pierre Kosciusko-Morizet, le président du site de vente en ligne PriceMinister, a signé un protocole d'accord avec la Direction générale des douanes afin d’établir une collaboration entre les équipes du site et celles de Cyberdouane, qui traque la contrefaçon sur Internet. Jérôme Fournel, directeur général des douanes, précise que cet accord « va améliorer les mesures de prévention sur le site Internet mais aussi la répression».

La contrefaction high-tech n’est pas l’apanage de la téléphonie ou autres tablettes numériques. En effet, d’autres produits comme les billets de banque sont depuis bien plus longtemps la cible des contrefacteurs. Si l’époque d’un Bojarsky surnommé le « Cézanne du faux billet » est révolue, les faussaires sont désormais équipés de matériels ultrasophistiqués.

Leur barrer la route est une préoccupation permanente, surtout pour une entreprise comme Oberthur Fiduciaire qui figure dans le top 3 mondial des imprimeurs de haute sécurité. Les moyens investis dans la R&D ont solidement positionné l’entreprise face aux évolutions technologique du secteur de l’imprimerie de sécurité, mais aussi à celles des techniques employées par les contrefacteurs, engagés dans la même course. Qu’ils soient optiques, chimiques ou magnétiques, Oberthur Fiduciaire a du développer de multiples dispositifs de sécurité brevetés en plus de techniques anti-faussaires secrètement gardées depuis sa fondation en 1842.

La même énergie est déployée dans le cadre de la lutte contre les faux médicaments, qui d’appuie entre autres sur une sensibilisation poussée, permettant d’informer et d’éveiller les consciences face à une criminalité pharmaceutique qui fait des ravages. Selon l’OMS un médicament sur trois est contrefait dans les pays africains et un sur cinq dans les anciennes républiques soviétiques. Le Dr Caroline Atlani Directrice, Coordination anti-contrefaçon de Sanofi déclarait : « Nous avons accru la vigilance en interne et nous travaillons de près avec les services de pharmacovigilance et de qualité, afin de traquer tout ce qui peut relever d’un problème de médicament suspect de contrefaçon ». De la formation de techniciens sur le terrain à un contrôle accru des laboratoires, une enveloppe de près de 5 millions d’euros va être débloquée par les plus grandes sociétés pharmaceutiques dans le cadre du programme de lutte contre les faux médicaments piloté par Interpol.