Conseil Européen : "L'Histoire s'en souviendra" déclare le maire d'Alep-Est

Article publié le 16 décembre 2016
Article publié le 16 décembre 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

[OPINION] Des chefs d'Etat et de gouvernement se sont aujourd'hui rencontrés à Bruxelles en compagnie de Brita Haj Hassan, le maire d'Alep-Est. Sans surprise, aucune décision concrète n'a été prise malgré de nombreuses déclarations .

Un appel à l'aide

Aujourd'hui, au moment où l'évacuation des civils sous la protection du Comité International de la Croix Rouge (ICRC) commençait à Alep, Bachar Al-Assad est apparu dans une vidéo célébrant la chute de la ville en le qualifiant de "moment historique". "Historique", en effet, dit le maire d'Alep-Est au Conseil européen : "L'Histoire ne pardonnera pas. L'Histoire se rappellera du silence international devant les crimes contre l'humanité qui commis en Syrie".

À Bruxelles pour solliciter l'aide des dirigeants Européens, il a déclaré être venu "demander justice au nom de l'humanité et des droits de l'homme". Il a livré un témoignage poignant de la situation actuelle d'Alep, rapellant que "les civils d'Alep-Est n'on d'autre perspective que la mort", il confessa que "le fait de ne pas être capable de les aider [le] faisait pleurer".

Beaucoup de mots, mais toujours aucune action

Bien que la rencontre d'aujourd'hui fut consacrée à de nombreux autres sujets, tels que l'économie, le Brexit et les migrations, les participants ont tous exprimé dès leur arrivée leurs préoccupations au sujet de la situation d'Alep. "Nous devons fermement condamner ce qui se passe en Syrie" a signalé Theresa May, première ministre du Royaume-Uni. Tous les dirigeants se sont accordés sur une même priorité, "la protection des civils", selon Federica Mogherini, Haute Représentante de l'UE pour la sécurité et les affaires étrangères. Le président Français Hollande a déclaré que les dirigeants Européens étaient conscients que "la population ne peut pas supporter plus de bombardements ou de massacres". Bien que le Premier Ministre Luxembourgeois Xavier Bettel et le Président du Conseil Européen Donald Tusk ont admis savoir que les Syriens étaient fatigués d'entendre des mots sans en voir les applications concrètes sur le terrain, les dirigeants Européens n'étaient pas capables de faire beaucoup plus que discuter.

"Nous ne sommes pas aussi efficaces que nous le voudrions", a reconnu Donald Tusk. Il a cependant souligé que l'UE et ses États-membres représentaient les acteurs les plus importants de l'aide humanitaire : "Nous sommes à l'origine d'une bonne partie des aides que les Nations Unies tentent en ce moment même d'apporter à Alep". Cependant, les compétences de l'UE restent malgré tout assez limitées. Certains ont néanmoins évoqué des sanctions à l'encontre de la Russie, alors que d'autres tels que la Belgique y ont vu le risque d'une surenchère, ce qui ne constitue pas la meilleure des solutions pour garantir l'efficacité de l'aide humanitaire sur le terrain. En adoptant une position plus consensuelle, les dirigeants Européens ont assuré qu'ils utiliseraient "tous les canaux diplomatiques" à leur disposition pour faire pression sur le régime syrien et ses alliés russes et iraniens.

Impossibilité ou réticence à passer à l'acte ?

Cette situation est malheureusement bien ordinaire : combien de fois l'UE et les Nations Unies ont-elles fait part de leur volonté d'agir sans donner de suites ?

Les dirigeants européens devraient comprendre que malgré leurs moyens limités, ils doivent arrêter de se plaindre de leur incapacité à agir. Si, effectivement il est vrai que l'UE manque de certaines compétences cruciales dans ce domaine, il est aussi indéniable que toutes les options n'ont pas été envisagées : les sanctions, par exemple, ont à peine été considérées pour le moment. De plus, ils doivent se rappeler qu'ils sont les auteurs des traités et que l'incompétence de l'UE est principalement le résultat de leur mauvaise volonté à les lui accorder. Enfin, ils ont besoin de plus de cohérence dans leur politique : ils ne peuvent pas, d'un côté déplorer l'inacceptable situation des civils à Alep, et en même temps continuer à empêcher l'entrée sur le sol européen aux personnes fuyant les zones de guerre.

Peut-être est-ce également le moment de s'interroger sur nos institutions intenationales, au regard de leur totale inefficacité face à des situations pourtant sans ambiguïté. Nous ne parlons pas ici de trouver une solution politiquement durable au conflit syrien, nous sommes simplement en train de parler de garantir l'application d'aides humanitaires dans le respet des lois internationales. Il est temps de s'interroger sur les décisions prises par l'UE : pourquoi tant de pouvoirs et si peu de réalisations ?

Donald Tusk a déclaré qu'il était convaincu qu'aucun citoyen européen n'était indifférent à la sitation d'Alep. C'est une réalité que nous devrions rendre plus visible. Pensons à une manière de reconstruire nos démocratie afin que nos voix soient entendues.