Connection latine

Article publié le 15 mai 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Quitter son pays pour tenter l’aventure en Espagne est devenu chose courante pour de nombreux Européens de l’Est. Roméo Vieru, un Roumain de 41 ans, a fait le pari de changer de vie.

« Je suis venu en 2002 avec un visa touristique de 3 mois maximum, pour découvrir le pays, avant de m’y installer », lance Roméo dans un espagnol limpide. Nous sommes dans un petit bar-restaurant espagnol typique, à une heure de Valence, attablés autour d'une bière et d’un assortiment de « jamon y queso ». « Quand j’ai débarqué à la gare de bus de Valencia, je n’avais pas grand-chose sur moi et je ne parlais pas un mot de castillan. Pourtant j’avais appris l’anglais, l’allemand et le français ! » dit-il en riant. « Au final, j’ai appris la langue tout seul, en pratiquant quotidiennement. L'espagnol n’est pas si difficile. » Sa priorité absolue : trouver un emploi. « J’ai commencé en récoltant des amandes dans un village. Les premières nuits, j’ai dormi dehors car je n’avais pas les moyens de me payer une chambre d’hôtel. »

Une fois revenu à Clrai, sa ville d’origine situé à 120 kms de Bucarest, Roméo raconte à sa femme les contacts qu’il a noués et les opportunités qu’offre la péninsule ibérique pour l’avenir. Sa décision est prise, il retournera dans la communauté de Valence. La situation professionnelle, trop incertaine en Roumanie, justifie d’avoir sauté le pas. « Et puis je souhaitais offrir un autre avenir à ma famille. » Dans la Roumanie post-communiste, le rêve se construit en regardant vers l’extérieur.

Tolérance

De retour en Espagne, Roméo se tourne vers les personnes qu’il avait rencontrées lors de son premier séjour et obtient rapidement un travail dans les vignes. « Ici, je n’ai jamais été au chômage. Il valait mieux car je n’avais aucun droit, pas même celui d’être là… » De fil en aiguille, il rencontre un agriculteur qui recherche une personne de confiance, capable de garder ses poulaillers et d’assurer l'entretien de ses granges. Roméo quitte les vignes, change de village et s’installe à Titaguas. Son salaire passe de 650 à 950 euros mensuels et il bénéficie d’un logement de fonction. « C’était un travail épuisant. Je devais intervenir sur les ventilateurs à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, les poussins supportant mal les fortes chaleurs. »

« L’accueil des habitants a toutefois toujours été sympathique, » précise-t-il. « Je n’ai pas eu besoin de me cacher et je n’ai jamais souffert de discriminations depuis mon arrivée en Espagne. » Certains mois on été plus durs que d’autres puisque la moitié de son salaire était destiné à sa famille restée en Roumanie. « Ma femme, bien qu’elle travaille, a du mal à boucler les fins de mois. J’ai un fils, né d’un premier mariage, auquel je me dois de payer des études afin de lui garantir un avenir. Et puis mon père est diabétique, les soins coûtent cher, ceux qui sont restés ne peuvent faire face financièrement. »

Une bouffée d’oxygène

Roméo a changé de statut lors de la vague de régularisation extraordinaire menée par le gouvernement espagnol, achevée l’année dernière. Son employeur a accepté de lui établir un contrat de travail et le clandestin est enfin devenu « résident ». « Une bouffée d’oxygène », soupire-t-il. « Maintenant mes projets commencent à se concrétiser. Je peux aller en Roumanie librement, ma femme viendra prochainement pour voir comment je vis et si nous pouvons nous établir ensemble. » Il se sent Espagnol, même s’il a gardé des attaches en Roumanie. Mais surtout, il a les mêmes droits que tous. « Je peux reconstruire une vie à l’image de ce que je vivais en Roumanie : avoir une voiture, un appartement, etc… je suis devenu plombier. Les conditions sont moins dures, mon patron est un ami. J’ai même rejoint un groupe de musique, je suis batteur. »

Hybride et pudique

Des choses qui lui plaisent moins en Espagne ? « Les langues régionales qui sont un casse tête pour les étrangers et une vraie barrière à l’intégration. » Roméo soupire et reprend avec une anecdote : « une fois je me suis fait arrêter par la 'Guardia Civil’ et j’ai récolté une amende de 450 euros pour un permis de conduire non-conforme. Rien à faire que je sois en situation irrégulière, mais le permis roumain n’est pas passé. » Mon interlocuteur visiblement ne souhaite pas s’étendre sur le thème et critiquer sa terre d’accueil. « Je crois que j’ai eu beaucoup de chance dans mon aventure », glisse t-il pudiquement. « Les choses peuvent s'améliorer comme partout, mais je sais d’où je viens. »

En janvier 2007, la Roumanie est censée entrer dans l’Union. Pour Roméo, « le pays est entrain de se reconstruire et de dépasser le traumatisme du communisme. Comme il manque beaucoup d’infrastructures, l’entrée dans l’Union peut être bénéfique, à l'image de l’Espagne il y a 20 ans. » Mais l'exilé regrette : « J'ai perdu le contact avec la réalité de la vie là-bas depuis 4 ans que je suis un hybride Roumano-espagnol. » Mais au fait, pourquoi avoir choisi l’Espagne ? « Roumains et Espagnols, nous sommes des Latins, on se comprend facilement et ça n’a pas de prix. »