Conflit au Proche-Orient : « Pour une attitude davantage proactive de l’UE »

Article publié le 4 février 2009
Article publié le 4 février 2009
Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, rend visite aux parlementaires à Strasbourg. L’occasion d’interroger le rôle de l’Union européenne dans le conflit israélo-palestinien. Rencontre avec l’eurodéputée française Catherine Boursier-Mougenot.

Egypte, Jordanie, Liban et Syrie. Ces Etats voisins et soutiens historiques de la Palestine sont partenaires de l’UE. Ils l’incitent à prendre place dans le débat d’une seule voix et à apporter la paix au Proche-Orient. Mais comment faire ? Alors que le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, est en visite au Parlement européen de Strasbourg, Catherine Boursier-Mougenot, eurodéputée française (PSE), membre de la délégation pour les relations avec les pays du Mashrek (cités plus haut), répond à nos questions. Interview.

De quelle manière l’UE doit-elle intervenir au Moyen-Orient ?

Il faut souhaiter que l'intervention de l'Union européenne ne se limite pas qu'à payer les factures de la reconstruction... Il nous faudra oser redéfinir notre aide financière : l'Europe ne peut se borner à financer indéfiniment et sans condition des infrastructures aussitôt démolies par un nouvel affrontement. Enfin, le problème essentiel sur lequel nous buttons, c'est l'absence totale de réaction cohérente de l'Union européenne : chaque Etat parle de sa propre voix dans le concert des nations, or nous devons exiger l'unité de tous et une attitude davantage proactive.

Les Etats arabes voisins demandent-ils un soutien de l'U.E en direction de la Palestine ? 

Au-delà de l'urgence humanitaire, c'est un autre regard vers des organisations comme le Hamas ou le Hezbollah qui nous est demandé : pour les Etats arabes, il s'agit de résistants qui œuvrent pour une indépendance de leurs peuples, et le terroriste est celui qui colonise le territoire d'autrui et non ces activistes.

Vous ont-ils fait part de leur analyse sur ce conflit ?

Oui, et je la partage avec eux. Pour nos partenaires arabes, le problème principal repose sur le fait que l'Union européenne n'ait pas soutenu Hamas malgré son élection démocratique. Alors qu'elle avait appelé de ses vœux l'organisation d'élections générales en Palestine et reconnu leur caractère irréprochable, l'Europe s'est empressée, une fois la victoire du Hamas proclamée, de suspendre son soutien financier à l'Autorité palestinienne. En agissant ainsi, l'Union européenne a contribué, malgré elle, à soutenir la surenchère politique du Hamas et la stratégie de division des Palestiniens qui fait le jeu de ceux qui ne veulent pas la paix.

En 2006, le Parlement européen a voté une résolution dans laquelle il appelait de ses vœux un accord entre l’UE et la Syrie qui a un rôle stratégique au Moyen-Orient. Et aujourd’hui, qu’en est-il ?

Aujourd'hui, dans nos relations avec la Syrie, je crois que nous souhaitons d'abord et avant tout écrire la page à venir, plutôt que de relire celle du passé. Il y a certes eu un gel des relations avec la Syrie suite à l'assassinat de Rafiq Hariri, mais la Syrie a montré qu'elle s'engageait dans une recherche des responsabilités de cet assassinat, ce qui a permis de normaliser la situation. La Syrie doit pleinement jouer un rôle dans le processus de Barcelone. La question des négociations avec Israël sur la question du Golan et avec le Liban sur les fermes de Cheeba, doivent aboutir, car la paix régionale est essentielle. Près d'un demi-million de Palestiniens vivent en Syrie, ne l'oublions pas. L'approfondissement des relations économiques est également indispensable car il n’y a pas de paix sans développement et il n’y a pas de développement sans paix.

Le Parlement devrait se prononcer en mai prochain sur l'avis conforme à donner à l'accord d'association UE/Syrie, dans un rapport de la socialiste belge Véronique De Keyser. Notre volonté est de rappeler que démocratie et promotion des droits de l’Homme demeurent nécessaires pour permettre le développement d’un pays.