Conférence de Poznan sur le climat: l’UE ne fait pas le poids

Article publié le 4 décembre 2008
Article publié le 4 décembre 2008
Bientôt 500 molécules de CO2 par million de molécules dans l’air. Le plan européen, qui vise à réduire de 20 % les émissions de dioxyde de carbone, semble déphasé face à l’urgence climatique. Positions des Etats membres sur ce sujet.

« D'un point de vue politique, nous devons nous mettre d'accord sur la réduction des émissions de dioxyde de carbone (CO2) de 50 %, bien que je ne sois pas certain que cela suffise à maintenir le réchauffement climatique mondial sous la barre des deux degrés. » C'est ce qu'affirme Franz Fischler, grand ennemi des Français, des Portugais et des Espagnols quand il était commissaire européen chargé de la pêche (à l’époque Prodi) et qu'il limitait leurs quotas. Il se consacre aujourd'hui pleinement à la lutte écologique et dirige le Forum éco-social, une organisation convaincue de la viabilité de l'économie de marché éco-social.

(Commission européenne)Ce point de vue préoccupant est également partagé par Hans Joachim Schellnhuber, directeur de l'Institut de recherche sur les impacts du climat de Potsdam (PIK). « Dans les quinze prochaines années, il se peut que nous atteignions un pic de molécules de CO2 qui fasse augmenter la température de la planète de trois degrés au-dessus de la moyenne historique. » En effet, d'après Lord Nicholas Stern de la London School of Economics (LSE), le niveau aujourd'hui est de 430 à 450 molécules par million des molécules présentes dans l'atmosphère mais devrait atteindre 500 dans les prochaines années. Il reprend : « Si nous réduisons les émissions de 50 %, alors nous pourrions éventuellement réduire le réchauffement à 2,2 degrés, au lieu de 3. »

Economie et écologie en tête de course

Cela laisse à penser que le récent plan de la Commission européenne de Durão Barroso (que l'Italie et la Pologne envisagent de rejeter) n'est pas vraiment en phase. Ce plan qui vise à réduire de 20 % les émissions de CO2 d'ici 2020 et utiliser les énergies renouvelables à hauteur de 20 % du total, fait face à des résistances dans de nombreux pays, qui sont toutes de nature économique. Devant l'alternative de donner la priorité à l'écologie ou à l'économie, Schellnhuber considère que « la justice exige que l'écologie prime ». D'autres experts se disent que si tant de millions ont été déployés pour « sauver le capitalisme » et les banques, alors pourquoi ne pas utiliser de telles sommes pour sauver la planète. De son côté, Stern de la LSE insiste sur le fait que « l'économie et l'écologie ne sont pas deux chevaux qui courent la même course, car si nous pensions ainsi, l'Europe perdrait contre les Etats-Unis et le Japon. » Avant d’ajouter : « Pour une fois que nous sommes devant… »

Peut-on compter sur les Etats-unis, l'Italie ou la Pologne?

(dmytrok/flickr)« Il est certain que l'Europe n'aurait jamais élu Bush. Elle aurait voté pour Obama qui vient de promettre une réduction de 80 % des émissions de CO2 d'ici 2050 », précise Stern. Bush, lui, refusait de prendre des mesures contre le réchauffement climatique. Aujourd'hui, ce sont l'Italie, l'Allemagne et la Pologne, trois gouvernements conservateurs, qui veulent repousser l'entrée en vigueur du plan européen. Berlusconi en personne vient carrément de le taxer de « caprice en pleine crise ». 

Durão Barroso a menacé d'imposer des mesures aux pays qui ne rempliraient pas les objectifs. De son côté, Vittorio Prodi, eurodéputé libéral et frère de l'ancien président Romano Prodi, défend d'autres méthodes. « Ce qu'il faut démontrer aux Italiens et aux Polonais, c'est qu'aujourd'hui avec la crise, parier sur le plan contre le réchauffement climatique est synonyme d'épargne et de contrôle des prix. La crise va rendre les énergies renouvelables de meilleur marché. De plus, l'argent issu des droits d'émissions de CO2 représenterait une manne financière publique qui serait obligatoirement réinvestie dans la recherche sur l'environnement et le développement. »

Un marché mondial du CO2 en 2009

Fin 2009, dans un an exactement, Copenhague accueillera une conférence mondiale pour sauver la planète. Société civile et dirigeants mettent beaucoup d'espoir dans ce rendez-vous. Il y sera question de créer un marché mondial du CO2 et de tenir le pari d'éradiquer la menace climatique et la pauvreté via le commerce mondial. « Si d'ici 2050, nous donnons à chaque individu dans le monde le même droit d'émission de CO2, nous pourrions sortir l'Afrique de la pauvreté », assure l'expert Attmar Edenhoffer dans les salons du Parlement européen. Il soutient que « si nous parvenons à convaincre l'Europe, les Etats-Unis et le Japon, nous serons sur la bonne voie. De plus, nous avons proposé à Durão Barroso la création d'un système d'appel d'offres mondial. » Si Copenhague est une réussite, se créeront alors des institutions qui arbitreront ce marché mondial de CO2. « Quel dommage que l'actuelle micro conférence de l'ONU à Poznan se déroule avec Bush toujours à la tête des Etats-Unis et qu'Obama n'a encore aucun pouvoir », rappelle Fernando Valenzuela, l'ambassadeur des Etats de l'UE aux Etats-Unis.