Comment Technikart, récemment racheté par Laurent Courbin, redevient un trendsetter influent

Article publié le 12 août 2016
Article publié le 12 août 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Technikart occupe une place particulière dans le monde très fermé des magazines culturels influents, et fait partie de ces magazines réputés pour leurs articles résolument avant-gardistes. L’histoire de Technikart n’a rien de rectiligne, et à y regarder de plus près, force est de constater, que le cheminement du magazine, véritable trendsetter français, doit beaucoup au chaotique et à l’erratique.

Le magazine, racheté début 2016 par Laurent Courbin, Pdg d’Ateo Finance et grand passionné d’art, a forgé et construit sa réputation sur sa capacité à marcher toujours à l’avant-garde de la société, et nécessairement à rebours du sens commun et du mainstream.

Les articles de ce magazine générationnel, décalé et volontiers subversif, bouleversent les grilles de lecture les plus solidement ancrées dans l’esprit des lecteurs. Les idées préconçues et autres prêts-à-penser idéologiques ne résistent pas aux coups de boutoir des journalistes du mensuel parisien. Les icônes du moment, ces personnalités qui jouissent à un moment donné d’une aura considérable et d’une influence certaine sur leurs contemporains, sont, à bien des égards, les cibles favorites des plumes acérées des journalistes de Technikart.      

Si l’on s’en réfère au mouvement avant-gardiste, qui a pris son envol à la charnière entre le XIXe et le XXe siècle, on note que les artistes, qu’ils soient écrivains, peintres, musiciens ou intellectuels, qui forgèrent les lettres de noblesse d’un courant amené à bouleverser les modes de pensée européens, sont doués d’une faculté duale :

Ils sont à même de porter un regard construit, vif et critique sur leur société et sur leurs contemporains. L’artiste d’avant-garde, bien que sa production artistique apparaissent comme en totale rupture avec l’existant et le traditionnel, n’en demeure pas moins conscient de la place qu’il occupe dans le monde.

Par ailleurs, c’est à partir d’une approche réflexive et critique quant à sa place dans la société, que ce dernier développe, dans un second temps, un modèle alternatif, capable de dépasser les contradictions inhérentes au temps présent.

Hannah Arendt, dans la Crise de la culture, reprend la pensée kafkaïenne relative à la place de l’individu par rapport à ces deux temporalités antagonistes qui régissent nos vies, que sont le passé et le futur. L’homme, et plus particulièrement le penseur, est celui qui est capable d’introduire de l’imprévu, une forme de déviation, entre ces deux formes infinies que sont le passé et le futur. Sans l’homme, ces deux forces infinies se seraient neutralisées. Cette position particulière dans l’espace temps, dans une temps hors du temps, est la condition sine qua non pour être à même de déployer une discours libre et critique sur notre société. 

La singularité de l’approche de Technikart réside, à bien des égards, dans cette dialectique particulière entre l’individu et son temps. Vouloir être un magazine reconnu comme un magazine tendance, comme LE trendsetter français ne peut aller sans une réflexion poussée sur la relation entre temporalité et société. 

Lorsque, pour qualifier Technikart, nous parlons d’une triple approche chaotique, erratique et polyphonique, ce n’est pas par jugement de valeur, mais plutôt pour mettre au jour les caractéristiques qui structurent son ADN.

Dans cette brèche entre une prégnance culturelle forte, ce passé structurant qui façonne durablement la pensée des individus, et des tendances et modes sans cesse renouvelées, le journaliste de Technikart est pour le moins tiraillé. C’est de ce tiraillement, de ce chemin méandreux, que découle l’esprit Technikart.

Loin de tomber dans l’écueil, fallacieux et vide de sens, d’une exaltation quotidienne de la nouveauté, Technikart consacre les tendances résolument avant-gardistes, et fait voler en éclats ces revivals culturels qui subsituent le marketing à l’avant-gardisme. 

Il en va des personnalités comme des concepts structurants d’une époque. Ces derniers sont décortiqués, analysés, décryptés, et apparaissent dans leur originelle nudité ou, bien souvent, comme foncièrement vides de sens.

Par exemple, le Big Data, mot fétiche des startupeurs, des consultants ou encore des communicants, ne serait au fond qu’un big bluff selon un des journalistes de Technikart. Prendre à rebours un concept unaniment partagé à un moment donné par toute une frange de la population, telle est, notamment, l’une des approches récurrentes au sein de la rédaction parisienne.

Paradoxalement, Technikart souhaite être perçu comme un trendsetter, comme un magazine dans la hype, mais cela ne l’empêche pas de jeter un regard vif, tranché et bien souvent acerbe, sur la manifestation concrète et prosaïque de cette hype.

Les plumes qui signent les papiers, incisifs, vifs et quelque peu acerbes, de Technikart adoptent une approche plus que jamais critique à l’égard de la société et du monde culturel.

Si le magazine est connu pour être à la pointe de la tendance et du hype, pour reprendre l’expression anglo-saxonne à la mode, c’est en partie parce qu’il se détourne du conformisme intellectuel et culturel. L’ironie et une attitude foncièrement sarcastique innervent le magazine, et ce n’est qu’au prix d’une déconstruction méthodique et critique des faux-semblants culturels, que Technikart parvient à mettre au jour les tendances réellement avant-gardistes.