Comment Poutine est devenu l'icône des démagos ?

Article publié le 24 avril 2015
Article publié le 24 avril 2015

De Le Pen à Salvini, les nouvelles droites européennes regardent toutes vers l'Est. Analogies idéologiques ou intérêts communs ? 

Il y a à peine 20 ans, ou peut-être un peu plus, un scénario du genre aurait paru non seulement étrange mais aussi, à certains égards, complètement incompatible avec la réalité, surtout pour des pays comme la France ou l'Italie. Et pourtant, aujourd'hui nous assistons à la création et au renforcement d'un lien particulier entre les droites européennes et la Russie, à travers la solide et controversée figure politique de Vladimir Poutine, qui est au pouvoir depuis 2000 sans interruption, puisqu'il a alterné entre le rôle de président et celui de premier ministre et a même mis en place des réformes, notamment en 2008, afin de rester au pouvoir au-delà de la fin de son second mandat.

Le soutien financier

Comme on a pu le lire dans The Guardian, en 2009 le Kremlin a activement soutenu des partis d'extrême droite, comme le Jobbik en Hongrie, le « Parti des gens » en Slovaquie, un autre nationaliste en Bulgarie et même jusqu'au mouvement « Attaque anti-UE » d'Europe de l'Est. Au coeur de l'Europe, cependant, le Front national de Marine Le Pen, qui a récemment échoué lors des départementales et doit se contenter de l'opposition dans toutes les circonscriptions, a lui reçu d'importants financements venus de Russie.

De l'aveu même du FN, la banque russo-tchèque de Moscou, a financé le parti pour plus de 9,4 millions d'euros alors que Le Pen aurait reçu personnellement 2 millions d'une compagnie connue pour avoir un siège social à Chypre. Comme le relatait le New York Times en 2013, de nombreux ploutocrates russes ont eu, et ont encore, un rôle clé sur le système bancaire particulier de l'île, qui s'est effondré en 2013. En Italie, en revanche, Matteo Salvini de la Ligue Nord, qui est actuellement au centre de toutes les attentions médiatiques pour son style de communication très démago, a déjà visité Moscou et a promis de s'y rendre à nouveau bientôt. La raison de cette politique d'ouverture ? « Poutine est un allié dans la lutte contre le terrorisme et nous avons besoin de compter les Russes parmi nos amis pour le commerce, le business et tout le reste ».

La principale raison qui lie les intentions de ces partis à la politique étrangère russe c'est leur aversion commune pour l'Union européenne, vue d'une part comme la cause de la crise économique et de la mauvaise gestion des problèmes dont ceux liés à l'immigration clandestine. D'autre part, comme une menace constante sur les accords énergétiques entre la Russie et les pays européens, outre la dangereuse géopolitique de l'adhesion des pays comme l'Ukraine à l'UE, et par conséquent à l'OTAN, comme cela a pu être le cas en 2004.

Tout comme pendant l'époque soviétique où Moscou créait des mouvements communistes qui lui étaient affiliés en Europe, aujourd'hui elle soutient économiquement et politiquement des partis de droite, à des fins géopolitiques mais surtout économiques. À ce propos, le Guardian raconte que certaines des fuites provenant des États-Unis et révélées au cours du scandale de 2010, expliquaient que l'accord énergétique de 2010 entre l'Italie et la Russie avait été entaché de bénéfices « personnels » réservés par Moscou à Silvio Berlusconi, alors président du Conseil italien. Le Kremlin voit en fait l'extrême droite comme facilement influençable grâce à des financements officiels ou non, ce qui lui permet de prendre les avants-postes dans une Union européenne, dont il semblait finalement être exclus.

Dur, intransigeant, intolérant

Ces motivations de politique étrangère réalistes et pragmatiques seraient donc le socle de ce « mythe » que les partis ont créé et continuent d'alimenter sans cesse pour étendre leurs circonscriptions. Le personnage dur, intransigeant, intolérant face aux minorités comme les musulmans, impitoyable face à ses opposants politiques (le mystère plane encore au dessus de l'affaire du meurtre de Nemtsov) semble être le stéréotype dont la droite a besoin pour charmer son électorat. Ce qu'elle semble pourtant oublier c'est qu'en politique, il n'existe aucun type de gouvernement qui fonctionne, toutes choses égales, dans des contextes sociaux et économiques foncièrement différents.

L'actuelle Fédération de Russie s'étend aujourd'hui sur une surface près de deux fois supérieures à celle de l'Europe. Par ailleurs, l'histoire du pays est complétement différente de celle des États européens, que ce soit du point de vue social (ce n'est qu'en 1991 qu'elle s'est émancipée de la dictature) ou culturel, religieux et économique. La répression des minorités, une politique défavorable aux homosexuels ou une politique étrangère effrontée peuvent suffire à attirer quelques électeurs laissés orphelins par la centralisation des droites traditionnelles mais, ils n'ont apparemment rien à voir avec les réelles motivations qui lient étroitement Poutine aux nouvelles droites européennes.