Comment les jeunes européens perçoivent la crise

Article publié le 13 mai 2014
Article publié le 13 mai 2014

Les élections européennes se rapprochent à grands pas. Les candidats à la présidence de la Commission proposent leurs solutions pour lutter contre la crise, mais suffiront-elles à convaincre les jeunes ? De Nu­rem­berg à Cra­co­vie en pas­sant par Koper, sept jeunes européens ex­pliquent com­ment ils vivent la crise dans leur vie quo­ti­dienne.

La crise éco­no­mique et fi­nan­cière a com­mencé à frap­per l’Union eu­ro­péenne à par­tir des an­nées 2008-2009. Elle a eu entre autres des ré­per­cus­sions sur le mar­ché de l’em­ploi. Les en­tre­prises ont li­cen­cié des mil­liers de tra­vailleurs pour faire face à la de­mande en berne. La hausse du chô­mage frappe par­ti­cu­liè­re­ment les jeunes. De 2008 à 2013, le taux de chô­mage chez les jeunes de moins de 25 ans a aug­menté de 7,6 % dans l’Union eu­ro­péenne. Il est ainsi passé de 15,8 à 23,4 %. 

Les cho­meurs, ce « 29e État membre »

Alors que les élec­tions ont lieu dans une di­zaine de jours, les can­di­dats à la tête de la Com­mis­sion eu­ro­péenne jouent des coudes pour convaincre les élec­teurs. Ils mettent tous en avant la lutte contre le chô­mage.

Mar­tin Schulz, can­di­dat des so­cia­listes, a clô­turé son in­ter­ven­tion lors d’un débat élec­to­ral té­lé­visé à Flo­rence en di­sant : « Je met­trai l’ac­cent sur la lutte contre le chô­mage en Eu­rope ainsi que sur l’éva­sion fis­cale. »

Du côté du centre-droit, Jean-Claude Jun­cker a dé­claré : « La crois­sance est là, le chô­mage com­mence à bais­ser… Mais tant qu'il y a le 29e État membre que sont les chô­meurs, la crise n'est pas finie... »

Pour Guy Ve­rhof­stadt, le can­di­dat des li­bé­raux, il existe trois prio­ri­tés dans cette cam­pagne élec­to­rale: « l’em­ploi, l’em­ploi et l’em­ploi ».

« Sor­tir de la crise, mettre fin à l’aus­té­rité et in­ves­tir dans des em­plois verts » sont les thèmes im­por­tants aux yeux de Ska Kel­ler et de José Bové, can­di­dats pour les Verts.   

Alexis Tsi­pras, la tête de liste du Parti de la gauche eu­ro­péenne, a in­di­qué quant à lui sur le pla­teau de France 24 :« Il n’y a pas d’autre ma­nière d’en sor­tir que de fi­nan­cer des in­ves­tis­se­ments en fa­veur de l’em­ploi et de la crois­sance. » Selon lui, « il faut ar­rê­ter avec les po­li­tiques d'aus­té­rité qui ont dé­truit le sud eu­ro­péen. »

« Soit tu ris,  soit tu pleures »

Selon Viki, une Au­tri­chienne de 25 ans, il est assez aisé de trou­ver un job en Au­triche en com­pa­rai­son avec les autres pays eu­ro­péens. Le taux de chô­mage na­tio­nal est parmi les plus faibles de l’UE : il s’éle­ve à peine à 4,9 % au début 2014.

« Évi­dem­ment, je res­sens la crise. Je suis au chô­mage de­puis près d’un an. J’ai éga­le­ment dû at­tendre long­temps avant de trou­ver mon job pré­cé­dent », se la­mente Rok, un Slo­vène de 30 ans.

Dora, une Hon­groise de 26 ans, dé­clare pour sa part qu’elle en­tend de nom­breuses per­sonnes se plaindre des ré­per­cus­sions de la crise. « Per­son­nel­le­ment je ne res­sens pas la crise, je cu­mule dif­fé­rents jobs. Mais, je ne re­pré­sente pas vrai­ment la Hon­groise par ex­cel­lence : je viens de pas­ser cinq ans à l’étran­ger, je connais plu­sieurs langues étran­gères », nuance-t-elle.

En Croa­tie, « un chô­meur per­çoit 50 euros / mois ! C’est en quelque sorte comme un Mon­thy Py­thon : soit tu ris, soit tu pleures », dé­clare Je­lena, une Croate de 25 ans. 

Le contexte im­porte

Cer­tains jeunes in­ter­ro­gés re­con­naissent que leur si­tua­tion fa­mi­liale leur a per­mis de suivre un tra­jet dif­fé­rent de la plu­part des autres jeunes de leur pays.

« Grâce à mes sé­jours à l’étran­ger, j’ai pu dé­ve­lop­per des ca­pa­ci­tés que d’autres n’ont pas. J’ai eu aussi la pos­si­bi­lité d’étu­dier dans des écoles ré­pu­tées et d’al­ler à l’uni­ver­sité. Tout dé­pend du ni­veau d’études et des re­la­tions que cha­cun a pu avoir », dé­clare Dora.

Viki pense que tout dé­pend des do­maines pro­fes­sion­nels, cer­taines ca­té­go­ries de mé­tier sont plus bou­chées que d’autres. « Le contexte so­cial, les connais­sances lin­guis­tiques et le ni­veau de sco­la­rité jouent éga­le­ment un rôle », ajoute-t-elle.

Phi­lipp, Al­le­mand de 28 ans ne res­sent pas la crise : « Non, ma si­tua­tion me sa­tis­fait. […] C’est dif­fi­cile de  trou­ver un job bien payé oui, mais dans l’en­semble ça va ».

Sa­laire mi­ni­mum au ra­bais

Rok ha­bite à Koper, une ville de la côte slo­vène dont l’ac­ti­vité éco­no­mique dé­pend gran­de­ment du port. Il touche ac­tuel­le­ment 250 euros d’al­lo­ca­tions de chô­mage par mois. Il vient tou­te­fois de trou­ver un tra­vail comme ges­tion­naire de pro­jets dans le cadre d‘un pro­jet eu­ro­péen qui du­rera quatre mois. Il va re­ce­voir le sa­laire mi­ni­mum, à sa­voir en­vi­ron 600 euros par mois.

« J’ai l’im­pres­sion que la si­tua­tion s’amé­liore dou­ce­ment, non pas grâce aux di­ri­geants po­li­tiques, mais à l’éco­no­mie, peut-être », af­firme-t-il.En Croa­tie, la si­tua­tion est en­core plus pré­caire. « Un jeune di­plômé re­çoit un sa­laire de 250 euros / mois, mais il a la ga­ran­tie de tra­vailler un an. C’est im­pos­sible de vivre avec un sa­laire pa­reil, sauf si tu vis en­core chez tes pa­rents », té­moigne Je­lena. Comme en té­moigne la carte pro­ve­nant d’Eu­ro­stat, tous les États membres ne sont pas logés à la même en­seigne. Le ni­veau de sa­laire mi­ni­mum varie for­te­ment entre pays eu­ro­péens : de 158 euros bruts par mois en Bul­ga­rie à 1874 au Luxem­bourg, soit 12 fois plus. Six pays n’ont pas en­core ins­tauré un sa­laire mi­ni­mum : l’Al­le­magne, l’Au­triche, Chypre, la Fin­lande, l’Ita­lie et la Suède.

Les té­moi­gnages de cet ar­ticle pro­viennent d’en­tre­tiens avec sept jeunes Eu­ro­péens âgés entre 25 et 30 ans du 21 mars au 5 avril. Ils viennent de 6 États membres de l’UE : Al­le­magne, Au­triche, Croa­tie, Hon­grie, Ré­pu­blique tchèque et Slo­vé­nie.