Comment expliquer le problème des sans-abris à Paris ?

Article publié le 5 mai 2016
Article publié le 5 mai 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Si vous êtes déjà allé à Paris, vous avez sans doute remarqué le nombre de personnes qui vivent dans la rue. J'ai récemment quitté les Pays-Bas pour m'installer à Paris, et je dois dire que j'ai été choquée de voir autant de sans-abris. On peut se demander pourquoi ils sont aussi nombreux.

Parcourir les rues de Paris peut se révéler une véritable aventure. Parfois, je m'imagine être dans un jeu vidéo et avoir pour objectif de me rendre d'un point A à un point B en évitant tous les obstacles qui se trouvent sur mon chemin. J'ai appris à contourner les mères qui avancent lentement avec leur poussette, les personnes agées qui se déplacent encore plus lentement, et les crottes de chien qui jonchent bien trop souvent les trottoirs. Les obstacles les plus dangereux sont ceux parmi vos semblables parisiens qui doivent se rendre quelque part - et rapidement. Je vous souhaite bonne chance si vous vous trouvez sur leur chemin.

Si je suis parvenue à gérer la capitale bondée en m'amusant, il y a un autre aspect de Paris qui me dérange profondément. Il s'agit du nombre de personnes qui vivent dans la rue. A Amsterdam, il est rare de voir un sans-abri. A Paris, rencontrer un SDF assis sur le trottoir à pratiquement tous les coins de rue fait partie de la norme. Je me suis donc demandé : que fait le gouvernement ? Et quelles sont les options qui existent pour ces citoyens qui ont perdu leur domicile ?

Quels sont les chiffres ?

Les premiers chiffres que j'ai trouvés sont ceux de l'INSEE, selon lequel 141 500 personnes étaient sans domicile fixe en 2012, ce qui correspond à une augmentation d'environ 50% depuis 2001. Si l'on ajoute à cela le nombre de personnes qui ont un logement insalubre, le nombre augmente considérablement. La Fondation Abbé Pierre (qui aide les personnes en difficulté à trouver un toit) a recensé 3,8 millions de personnes vivant dans un logement insalubre en France en 2016.

Quelles options existent ?

En France, on trouve des refuges d'urgence mis à disposition des gens qui vivent dans la rue. Ils sont ouverts toute l'année et offrent lit, repas et douche. Un centre d'accueil et un lieu de distribution de repas sont également disponibles de jour, bien qu'il faille appeler le Samu social pour avoir accès à ces services. En hiver, il existe un "plan hivernal" qui vise à s'assurer que personne n'est contraint de dormir dans la rue pendant les nuits les plus froides de l'année.

Mais ces solutions rencontrent des difficultés. Il n'y a tout simplement pas suffisamment de places dans ces abris pour aider toutes les personnes vivant dans la rue. En 2014, le quotidien français Le Monde a recensé 9000 personnes qui n'ont pas pu obtenir de place dans un refuge sur les 17 200 qui ont appelé le Samu social en novembre.

En 2012, l'INSEE a également indiqué que 48% des citoyens sans abri ne souhaitaient pas utiliser les refuges d'urgence, et ce principalement pour deux raisons : 29% ont mentionné le manque d'hygiène dans ces centres et 26% ont mis en cause la sécurité.

La crise a grandement accru la pauvreté chez les jeunes et ils sont plus nombreux à se retrouver dans la rue. D'après la Fondation Abbé Pierre, 25% de ceux qui utilisent les refuges d'urgence sont des jeunes et un cinquième des appels passés au Samu social en 2011 provenait d'une personne âgée entre 18 et 25 ans. En réalité, le nombre de jeunes vivant dans la pauvreté est depuis passé de 682 000 à 922 000.

Qu'en est-il des Pays-Bas ?

En 2013, le Bureau central de la statistique a recensé 25 000 sans-abris dans le pays. Bien sûr, les Pays-Bas ont une population bien moindre que celle de la France, avec 16,8 millions d'habitants contre 64 millions en France. Cependant, le chômage est également moins élevé aux Pays-Bas. D'après l'OCDE, le chômage dans le pays concerne 7,4% de la population active alors qu'en France il touche 10,4% des actifs. Mais surtout, on voit rarement ces 25 000 sans-abris néerlandais dans la rue.

Il semble donc que la difficulté principale de la France réside dans sa capacité à fournir suffisamment d'infrastructures adéquates pour aider les citoyens vivant dans la rue - ainsi qu'à faciliter l'accès au logement. Il n'est pas surprenant que les jeunes soient plus en difficulté aujourd'hui. Trouver un emploi devient de plus en plus compliqué, et en trouver un qui rapporte suffisamment pour avoir les moyens de se loger l'est encore plus. De ce fait, il semble assez facile de se retrouver dans la rue. La seule conclusion évidente que l'on peut tirer des renseignements que j'ai trouvés est celle selon laquelle il y a un besoin urgent d'installations supplémentaires et de meilleure qualité.

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Article rédigé avec la participation de La Parisienne de cafébabel