Comment être persan en 2010 ?

Article publié le 23 avril 2010
Article publié le 23 avril 2010
Par Tania Gisselbrecht Coup de projecteur sur une initiative unique en France. Sobrement intitulée « Semaine culturelle iranienne », celle-ci a déployé un large éventail de manifestations illustrant la diversité culturelle de l’Iran contemporain. Elle aura surtout permis au grand public de découvrir un visage plus positif de l’Iran.

Dans nos imaginaires européens souvent ethnocentrés, nous associons volontiers l’Italie ou la France aux domaines des arts, de la littérature et de la gastronomie. Mais comment réagiriez-vous si l’on vous apprenait que cette trilogie caractérise aussi la culture d’un pays régulièrement fustigé pour ses (soi-disant) velléités nucléaires ou ses accointances avec les réseaux terroristes ? Voilà qui titille votre curiosité! Pour vous permettre d’en savoir plus, la Semaine Culturelle Iranienne a levé le voile sur une culture souvent réduite à ses créations historiques (miniature, tapis, calligraphie..).

Parlez-vous persan ?

Après avoir été l’invité d’honneur des millésimes 2009 de Photo Quai et Paris Photo , l’Iran a de nouveau occupé le devant de la scène culturelle. Cette fois, c’est Strasbourg qui a été le théâtre d’une manifestation unique en France: la Semaine culturelle iranienne. Son lancement a coïncidé avec la semaine de l’équinoxe de printemps qui marque le début de l’année persane. Annoncée sous la bannière volontiers provocante « Connaissez vous vraiment les Iraniens ?», la Semaine culturelle iranienne relevait le défi de balayer les stéréotypes véhiculés à propos d’un pays qui demeure largement méconnu du grand public. Il est grand temps, en effet, d’ouvrir les yeux. Abreuvés d’images d’Epinal, nous n’avons souvent qu’une vision monolithique et sans nuances de la société iranienne. Or, l’Iran n’est pas seulement le berceau de l’obscurantisme religieux. La censure qui s’est abattue sur les milieux culturels et artistiques à l’avènement de la Révolution islamique n’a sonné le glas ni de la réflexion intellectuelle, ni des aspirations créatrices des Iraniens. A l’ordinaire litanie « mollahs, nucléaire, Persépolis, miniature », les Strasbourgeois pourront donc désormais fièrement ajouter Chaharshanbé soori, Kiarostami, Zereshk polo, Abjeez, …

Une initiative originale.

La Semaine Culturelle Iranienne a, en effet, offert à tous les amoureux de la culture iranienne, et de la culture tout court, un large éventail des expressions culturelles et artistiques de l’Iran contemporain . Si la manifestation s’inscrit dans un contexte politique troublé, il faut n’y voir qu’un hasard du calendrier. Le projet, arrivé à maturation après plus d’un an de réflexion et de préparation, n’entend pas servir un propos politique. Il répond seulement à l’envie de ses organisateurs de partager leur culture et faire connaître un autre visage de l’Iran. La réputation sulfureuse du pays et les événements récents n’ont d’ailleurs pas constitué un frein à la mise en œuvre de ce projet. Au contraire, les organisateurs nous ont confié avoir bénéficié d’un accueil enthousiaste de la part des acteurs culturels et institutionnels locaux. Leur réceptivité témoigne finalement de la curiosité que suscite le pays.

Outre son caractère inédit et sa durée, la manifestation est originale à double titre. Tout d’abord, au travers d’une programmation résolument contemporaine, elle s’est démarquée d’autres initiatives (notamment celles émanant des institutions officielles de la République islamique) qui font souvent la part belle aux formes d’expression plus traditionnelles (et plus consensuelles) telles que la poésie ou la calligraphie. L’ambition de la Semaine Culturelle Iranienne était de brosser un tableau de la société iranienne plus fidèle à la réalité. Ainsi, en multipliant les angles d’approches (cinéma, gastronomie, littérature, musique, arts graphiques, science humaines, traditions du nouvel an), les organisateurs nous ont offert un aperçu de sa diversité et de sa vitalité.

En second lieu, la Semaine Culturelle Iranienne a délibérément mis en avant les notions de partage, de vivre ensemble. Se revendiquant du dialogue interculturel, la programmation incluait à la fois des personnalités/artistes iranien(ne)s installés à Strasbourg ou en Europe, et des artistes français ayant effectué des résidences ou voyages en Iran. A l’image des deux inséparables figurant sur l’affiche de la manifestation, la plupart des artistes ou personnalités invités sont le fruit de deux cultures indéfectiblement liées. Par conséquent, chacun d’entre nous, quelque soit son origine, peut comprendre les œuvres issues de cette rencontre entre culture iranienne et culture du pays d’accueil. Enfin, preuve supplémentaire de cette volonté d’ouverture : l’invitation faite au public à prendre part aux festivités de Norouz . Quoi de plus propice aux échanges que de partager l’intimité des réjouissances du nouvel an ? D’autant que les Iraniens ont le sens de l’hospitalité et de la convivialité.

Comment peut-on être Français ?

Si je ne devais garder en mémoire qu’un seul instant de cette semaine, je choisirais certainement la Fête du Feu . Le public strasbourgeois a eu l’opportunité de prendre part à cette célébration autour de l’élément ‘feu’, symbole ô combien universel de purification et de renouveau. N’est-ce pas là un merveilleux témoignage que le dialogue entre les cultures peut devenir une réalité ?

En nous conviant à une série d’évènements festifs, la Semaine culturelle iranienne aura tenté de fournir au public quelques éléments de réponse à la question « comment peut-on être persan en 2010 ?». Mais ne peut-on pas prolonger la réflexion ? Accepter ce genre d’invitation ne permet-il pas aussi de trouver une réponse au « comment peut-on être français/allemand/italien/…/ européen ? » Se connaître soi-même un peu mieux ne suppose-t-il pas d’être capable d’imaginer ce que c’est d’être un autre ? La condition sine qua non de cette double découverte, de l’altérité puis de soi, est de faire ce pas vers l’autre. Si l’on peut émettre un seul bémol à l’égard de cette semaine, il concerne bien cet aspect des choses. Le public non iranien qui a pris part aux évènements possédait bien souvent des attaches avec la culture iranienne (liens affectifs, intellectuels, amicaux). Si cette belle invitation devait être renouvelée (une reconduction de la manifestation est envisagée), ne la décevons pas. Soyons curieux et répondons présents en 2011, même si, et surtout si, nous ne connaissons rien des Iraniens ! A charge aussi pour les organisateurs de trouver les moyens de convaincre une frange plus large du public.

Si vous n’avez pas pu prendre part à (tous) ces évènements, il n’est pas trop tard pour découvrir les artistes, auteurs, réalisateurs qui ont fait richesse de cette semaine très dense. Voici quelques liens qui vous permettrons d’aller plus loin dans la découverte et de patienter jusqu’à la prochaine édition.

Quelques liens:

Arts graphiques :

Exposition à la librairie Kléber

Exposition de la semaine iranienne

Site de l'artiste Shabnam Zeraati

Site de l'artiste Baktash Sarang Javanbakht

Musique : Site de The Abjeez Site de Sepideh Raissadat