Comme un léger parfum de Troisième Guerre Mondiale ?

Article publié le 17 février 2015
Article publié le 17 février 2015

Une atmosphère de « Guerre Froide » se diffuse d'Est en Ouest dernièrement alors que nous assistons à de profonds changements en Europe. La crise économique a entraîné la chute de plusieurs états souverains européens, ce qui a par conséquent contribué à la montée des partis populistes et d’extrême droite. Couplée à la guerre civile syrienne, celle-ci a changé la scène politique et internationale.

D'après un article paru le 5 février dans le journal britannique The Telegraph, l'ancien dirigeant de l'OTAN a prévenu que Poutine pourrait attaquer les pays baltiques (Putin could attack Baltic states warns former Nato chief). Si l'on en croit Anders Fogh Rasmussen, l'ambition excessive du président russe pourrait conduire à une offensive contre les pays de l'Europe de l'Est.

Le journal en ligne européen EUobserver a publié le 6 février un article qui traitait de l'ouverture imminente par l'OTAN de bases militaires aux portes de la Russie (Nato to open facilities on Russia's doorstep). Les pays concernés sont la Bulgarie, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne et la Roumanie ainsi que la Géorgie où un « centre d’entraînement et de formation » sera créé. Le but de cette opération est d’ériger une ligne de défense entre les pays de l'Europe de l'Est et la Russie. Devant ces faits, il est important de faire un constat du passé et d’observer la façon dont les médias traditionnels ont influencé les conflits et les guerres antérieures avec des campagnes de terreur qui visaient à préparer la population. Pour moi, tout ceci ressemble clairement à une stratégie de défense. Mais passons.

La guerre civile syrienne 

Depuis le début de la guerre civile syrienne en 2011, à part quelques sanctions et avertissements diplomatiques, la communauté internationale a fait peu d'efforts pour mettre fin à ce carnage. Au départ, le Royaume-Uni était en faveur d'une intervention militaire internationale, alors que la France et l'Allemagne s'y opposaient. Le premier ministre britannique David Cameron a ensuite changé d'avis après avoir pris en compte comme conséquence éventuelle la création d’une armée révolutionnaire islamiste. Quant aux États-Unis, Barack Obama, qui a gardé à l’esprit les cas du Vietnam, de l’Irak et de l’Afghanistan, s'est toujours opposé à une intervention terrestre. Le président américain a alors adopté une approche différente en tentant la voie diplomatique, et ce même après l'utilisation d'armes chimiques en Syrie.

Dans les « dossiers sur la Syrie » divulgués et disponibles sur WikiLeaks, nous découvrons une correspondance politique datée de mai 2011 de Brown Lloyd James, l'agence conseil en stratégie de communication américaine de renommée internationale, à Fares Kalla, un consultant interne du cabinet de la première dame syrienne. D'après cette correspondance, il est clair que l'administration Obama souhaite que l'exécutif syrien actuel reste au pouvoir, compte tenu des déclarations faites par le gouvernement américain depuis le début des manifestations publiques en Syrie. Contrairement à leurs réactions habituelles concernant d'autres manifestations se déroulant dans divers pays de la région, les États-Unis n'ont fait appel ni à un changement de régime en Syrie ni à une intervention militaire. Les critiques se sont faites plutôt rares et les sanctions punitives, qui ne visaient pas directement le président Assad, constituaient plutôt un avertissement qu'un instrument destiné à frapper le gouvernement au pouvoir.

Je ne fais pas l'apologie de l'intervention militaire dans les états souverains et je suis contre toute tentative de « colonisation » des pays indépendants, même faibles et instables. La coopération internationale ne devrait pas viser à obtenir une quelconque récompense. Même si la coalition internationale contre Daech me semble être une bonne tentative pour éradiquer ce groupe islamiste composé de fanatiques extrémistes, il est impossible d'ignorer tous les effets secondaires engendrés par les attaques aériennes. De plus, celles-ci ont déjà prouvé leur manque d'efficacité.

Il y a cependant eu du changement récemment. Après le meurtre affreux du pilote jordanien par Daech, les forces aériennes du pays n'ont cessé depuis lors d'attaquer l'État islamiste, déterminées à éliminer le califat auto-proclamé et à venger leur citoyen. Après avoir été critiqué pour son manque d'initiative dans la lutte contre la menace de l'État islamiste, le Royaume-Uni s'apprête à envoyer 2 000 agents des forces spéciales afin de porter soutien à la Jordanie dans son combat contre Daech.

Une Union Européenne divisée

Pendant ce temps, nous découvrons l'image d'une Europe faible, bien moins unie qu'auparavant, avec la Grèce en tête de liste des pays qui ont décidé de secouer un petit peu l'Union. Depuis sa victoire aux élections grecques, le parti d'extrême gauche Syriza cherche à mettre fin à l'austérité. Dans l'espoir d'une annulation de la dette, le Sud de l'Europe s'élève pour protester contre l'Allemagne, la Banque Centrale Européenne, le Fonds Monétaire International et la Commission Européenne, qui sont déterminés à bloquer la tentative de réduction de la dette grecque.

Le bloc de l'Est

Poutine s'est montré intéressé par une collaboration avec la Grèce après avoir invité Tsipras à Moscou le 9 mai pour une cérémonie. En réalité, la communauté internationale a été prise par surprise après la victoire de Tsipras, lorsque ce dernier a annoncé l'opposition de la Grèce concernant la politique de sanctions à l'encontre de la Russie. Néanmoins, la Grèce avait en fin de compte décidé d'accepter la déclaration de l'Union Européenne relative aux sanctions à prendre contre la Russie. D'après le ministre des Finances grec, le problème était qu'on [Tsipras et le nouveau gouvernement grec] ne leur avait jamais demandé leur avis [à propos de la déclaration].

Du côté de la Hongrie, on observe aussi un gouvernement autoritaire et répressif se rapprochant de plus en plus de la Russie. Il est important de souligner que la Grèce, la Hongrie et la Turquie sont des membres de l'OTAN, organisation qui possède la 8ème armée militaire la plus puissante au monde (la Russie se place en deuxième position).

Cependant le bloc pro-russe s'est également trouvé un autre nouvel allié, apparu soudainement, après que le Président de Chypre, Nikos Anastasiadis, ait offert son territoire à la Russie afin d'améliorer ses bases militaires. Bien que la République de Chypre soit un État membre de l'Union Européenne, son Président a fait preuve d'une nette opposition concernant l'application de sanctions supplémentaires envers la Russie dans le cadre du conflit ukrainien. Ainsi, nous pouvons observer d'une part les États-Unis qui jouent la carte de la sureté vis-à-vis de l'Iran, en essayant d'influencer l'opinion publique sur le degré élevé de dangerosité des armes de destruction massive (vous vous rappelez de l'Irak ?). D'autre part, la Russie de Poutine sait qu'elle peut compter tant sur l'Arabie Saoudite que sur la Chine.

Conclusions

Lorsque nous parlons de relations internationales, nous pouvons uniquement émettre des idées fondées sur notre interprétation des faits. Rien n'est certain et ce qui fait est vrai aujourd'hui ne le sera peut-être pas demain. Mais une chose est sûre du côté de la scène politique et internationale actuelle : nous assistons à une division du monde fondée sur les intérêts et les idéologies, mais surtout, sur une volonté de dominer le monde. Les États-Unis perdent peu à peu leur statut caractéristique de superpuissance alors que la Russie est en train d'émerger et se fait de nouveaux amis. De son côté, l'Union européenne s’efforce pour le moment de préserver la paix, non seulement en Europe mais également par-delà les frontières, mais la « guerre économique » imposée aux citoyens a contribué à la remise en question de l'Europe. Quoi qu'il en soit, je suis convaincue que nous assisterons prochainement à des changements mondiaux.

Révision traduction Victor Gautschi