Combattre le terrorisme : la démocratie, baby !

Article publié le 26 novembre 2015
Article publié le 26 novembre 2015

[OPINION] Les attentats de Paris ont ébranlé l'Europe et le monde entier. Comment aurions-nous pu empêcher tout cela ? Faut-il mettre en place davantage de surveillance ? Ou une autre alternative est-elle possible ? Une jeune allemande tente de répondre.

Après les attentats du 13 novembre à Paris, tout le monde se pose la question de savoir comment mettre clairement un terme à de telles attaques. Il y a les « partisans de Hollande », ceux qui veulent répondre à la terreur par l'état d'urgence (3 mois quand même...), par de nouvelles actions militaires et par une surveillance accrue. Et il y a les autres, ceux qui prétendent que l'amour est la solution. « Câlins gratuits contre le terrorisme » ou un truc du genre.

Ces deux extrêmes sont tout aussi absurdes qu'inefficaces. Davantage de surveillance signifierait en premier lieu : moins de liberté individuelle et plus de contrôle pour nous tous. De l'autre côté, à 6h00 du matin, dans une rave techno, des gens ressentent le côté sentimental et naïf du pouvoir des fleurs qui serait la solution parfaite mais qui propose en réalité comme mesure concrète contre le terrorisme, eh bien, rien. Et maintenant quoi ? 

Voilà la réponse : la démocratie, baby ! Et d'une façon concrète. Pas en affichant des images de profil Facebook en guise de solidarité, mais au travers d'une véritable approche politique. Ce n'est pas si facile, car la démocratie ne signifie pas simplement la mise en place d'un Parlement et hop, voilà qui est fait ! La démocratie se fonde sur des relations citoyennes, l'autonomie, la garantie de valeurs fondamentales démocratiques et humaines dans la vie de tous les jours. C'est un travail éprouvant et difficile. 

   À la source

La communication interpersonnelle, l'autonomie, la manifestation des valeurs morales fondamentales - toutes ces choses, auxquelles la Commission européenne a notamment fait référence en 2005 dans son programme « Citizens for Europe ». Un programme structuré en 7 niveaux, avec l'aide duquel on doit amener les Européens à devenir des citoyens émancipés. On appelle cela « la compétence démocratique ». Et celle-ci doit être, par exemple, véhiculée dans les écoles. À travers l'enseignement de faits politiques, mais aussi à travers l'apprentissage et l'enseignement réalisés avec l'aide de certaines méthodes pédagogiques dites « démocratiques », comme par exemple le soi-disant apprentissage coopératif. En principe, c'est une méthode de travail en groupe particulièrement structurée, où chacun remplit une tâche élémentaire et doit payer activement de sa personne afin que le résultat soit juste. Mots-clés : participation aux processus de décision. Àcette fin, la France a en outre instauré au début de l'année scolaire 2015 « L'enseignement moral et civique - EMC ». Objectif de l'apprentissage : entre autres, l' engagement, la tolérance et le respect.

Il se pourrait que le travail en communauté donne quelque peu l'illusion d'être l'arme miracle contre les islamistes radicaux, mais qu'apporte t-il véritablement ? Le psychologue danois Preben Bertelsen s'est penché sur la question. Celui-ci a en effet découvert qu'il existe certaines conditions favorisant une radicalisation aggressive, politique et religieuse. Et il s'agit tout d'abord - oh, chose étonnante! - du sentiment d'être exclu de la société, de ne pas être pris au sérieux et de se sentir (surtout socialement) désavantagé. Sa solution: la psychologie. À Aarhus, au Danemark, il a commencé un projet jusque là unique sur la réintégration des combattants danois de Daech durant lequel les hommes les plus jeunes doivent apprendre via une thérapie du discours à canaliser de façon positive leur énergie politique. C'est encore trop tôt pour donner des résultats convaincants quant à la réussite de ces mesures, mais ce projet propose en tout cas une solution face au terrorisme en dehors des deux extrêmes cités ci-dessus à savoir une surveillance 24h/24 ou l'angélisme.

Il serait certainement faux de prétendre que les terroristes sont toujours victimes de leurs situations. Aucune circonstance ne peut justifier le meurtre de sang-froid. En aucun cas. Mais au lieu de se concentrer sur des mesures anti-terroristes expéditives, éloquentes, facilement détectables et qui par dessus-tout arrivent toujours après la bagarre, nous devrions peut-être essayer davantage de prendre le terrorisme à la gorge : d'aller dans la tête des extrêmistes. D'où la maxime : la formation, mon pote ! La formation aux valeurs démocratiques, pour des citoyens émancipés ayant de l'estime pour leurs valeurs humanitaires et égalitaires. Ce qui veut dire avant tout être libre au lieu d'être surveillé. La confiance. L'égalité. Et c'est tout. Mais en cette période, où tout ce qui n'est pas sous contrôle est considéré comme un danger potentiel, n'y a t-il rien de plus difficile que ça ?