Combattre Ebola en Sierra Leone

Article publié le 24 février 2015
Article publié le 24 février 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Entre mai 2014 et janvier 2015, plus de 10 000 infections au virus Ebola ont été enregistrées en Sierra Leone, et plus de 3 000 décès ont été recensés. Il s’agit du pays le plus durement touché de cette épidémie. Nous avons discuté des derniers développements dans le combat contre la propagation d’Ebola avec deux citoyens européens bénévoles en Sierra Leone.

Médecins sans frontières (MSF), une organisation médicale humanitaire indépendante, compte environ 145 bénévoles et 1600 employés travaillant dans quatre endroits en Sierra Leone (Freetown, Bo, Magburaka et Kailahun).

Une opération internationale

MSF mène ses opérations de lutte contre Ebola dans huit lieux différents, y compris le Libéria, la Sierra Leone et la Guinée. MSF fournit une assistance d’urgence dans plus de 60 pays, mais trouver des volontaires pour lutter contre Ebola n’est pas le plus gros problème selon Yann Libessart, Français, Coordinateur des communications sur le terrain : « Il est plus difficile de trouver des volontaires pour nos autres missions dans le cadre de crises dont on entend peu parler comme en République centrafricaine, en Syrie ou au Soudan du Sud. C’est devenu un défi. »

La base de MSF se trouve dans une école secondaire locale appelée Prince of Wales, aujourd’hui fermée, comme toutes les écoles publiques, pour empêcher la propagation d’Ebola. Les programmes pédagogiques sont néanmoins diffusés à la radio.

Ici, la journée du personnel démarre tôt, vers sept heures du matin, comme nous le raconteDr. Monika Rull, citoyenne espagnole et coordinatrice de MSF pour la lutte contre Ebola en Sierra Leone. Au moment de notre conversation, cela faisait des jours qu’elle n’avait pas rejoint l’équipe sur place. Monika est optimiste au sujet de la maîtrise de l’épidémie, même si elle s’efforce de ne pas tirer de conclusions.

« Il est trop tôt pour dire que nous avons gagné. Mais les informations dont nous disposons indiquent que ces trois dernières semaines, le taux de propagation d’Ebola a diminué par rapport à décembre. Nous espérons être dans la dernière étape, même si de nombreux cas arrivent tous les jours et que nous devons empêcher la contamination, la bloquer aux points “chauds” et contrer la transmission. Nous sommes optimistes » déclare Monika au téléphone depuis son bureau aux alentours de midi.

Bien sûr, des mesures ont été prises pour éviter de toucher les morts ou les personnes présentant les symptômes, pour se laver les mains régulièrement, ainsi que pour éviter les transports publics. De plus, des seaux de chlorure sont disponibles partout.

Selon Monika, la vie quotidienne en Sierra Leone n’a pas autant souffert que ce que l’on pourrait penser. Comme les écoles, les lieux de rassemblement publics sont fermés, mais en même temps, « la vie continue », car les « gens essaient de faire face à une situation exceptionnelle. »

La peur comme motivateur ?

Lorsqu’on lui demande si les volontaires sur le terrain ont peur, Monika réfléchit à la vie quotidienne.

« Je pense que la peur, dans une certaine mesure, peut être utile. Nous nous assurons que tous les volontaires sont conscients des mesures de prévention et qu’ils ne seront pas exposés ».

« Il semble normal que nous ayons une politique très stricte pour éviter tout contact, que les travailleurs gardent leur distance entre eux de manière générale. Cela peut parfois créer des situations gênantes. Cependant, il est aussi possible d’avoir une vie relativement normale. On va au travail, on retourne au camp... Nous essayons de trouver un équilibre et de ne pas réagir de manière excessive à notre environnement. Je pense que nous avons trouvé cet équilibre. Les collègues ici sont exceptionnels, très courageux et responsables. »

Lorsqu’on lui demande si des personnes ont décidé de partir à cause de la situation en Sierra Leone, Yann Libessart, qui s’est rendu en Sierra Leone et en Guinée, déclare « à ma connaissance, personne n’a demandé à rentrer pour cette raison, mais je peux me tromper car cela peut aussi rester confidentiel. Ceux qui rentrent plus tôt sont généralement malades ou accidentellement exposés à Ebola. Ils ne représentent qu’un pour cent du total des expatriés venus combattre Ebola. »

Des raisons d’espérer ?

Toutes les infrastructures sanitaires du pays ont été touchées par l’épidémie d’Ebola, ce qui a entraîné une augmentation du taux de mortalité.

De plus, les symptômes de la malaria, similaires à ceux d’Ebola, ont amené des gens à se rendre dans les centres de traitement d’Ebola en pensant avoir contracté le virus, alors qu’il s’agissait de la malaria. Afin de contrer ce phénomène, MSF et le Ministère de la santé de Sierra Leone ont distribué 1,5 million de traitements contre la malaria à Freetown et dans les districts attenants.

Il semble également y avoir du progrès en matière d’équipement, une faiblesse majeure au début de l’épidémie.

Il y a seulement quelques semaines, la situation était complètement différente et la capacité d’accueil était bien en dessous de ce qui était nécessaire. Aujourd’hui, divers donateurs ont donné ou promis 520 millions de dollars pour aider à contrer Ebola. Globalement, l’optimisme renaît.

Monika indique que la recherche progresse et qu’aujourd’hui, « nous comprenons comment le virus évolue ou comment éviter sa propagation. » Comparé au début de l’épidémie, l’avenir n’est pas si sombre.