"Cochabamba a forgé mon caractère ! " : une enfance entre deux langues

Article publié le 3 mai 2018
Article publié le 3 mai 2018

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Saskia H. a la vingtaine et est bilingue. L'allemand et l'espagnol sont les langues de son enfance. C'est en Bolivie, à Cochabamba qu'elle a appris à apprécier la vie en mode latino. Cette diplômée en management du tourisme travaille aujourd'hui au Kuckuck, un restaurant traditionnel en Basse-Saxe (Nord de l'Allemagne). Elle nous parle de sa vie, entre hospitalité bolivienne et sécurité allemande.

cafébabel : Fille d'un ingénieur agronome, tu as grandi à Cochabamba. L'espagnol et l'allemand sont les langues de ton enfance. Qu'est-ce que cela fait d'être bilingue ?

S.H.: Le bilinguisme représente toujours une particularité. Mais dans mon cas, j'ai grandi en Bolivie alors que mes parents sont tous les deux Allemands, et dans mon entourage, on parlait allemand et espagnol. La différence entre les deux langues n'était donc pas si marquée que cela. Dès le début, ça a été pour moi comme une seule et même langue. Ce n'est pas comme un arbre à deux branches, mais à un seul tronc, c'est très spécial, cela fait tout simplement partie de mon identité. 

cafébabel : Comment  décrirais-tu le rôle de Cochabamba et de la culture bolivienne dans ta vie ?

S. H. : Je crois que Cochabamba a une certitude coolitude que j'admire beaucoup et que l'on ne connaît pas en tant qu'Allemands. On est plutôt habitués au perfectionnisme. Et je remarque que, quand je suis là-bas pendant une longue période, je m'habitue très vite à cette vie, à l'hospitalité pour laquelle Cochabamba est très connue. La ville est très ouverte, on nous invite partout, on laisse toujours une chaise en plus à table. Je crois que c'est ce que j'apprécie le plus. C'est une ambiance très chaleureuse. C'est ce qui me donne envie d'y retourner à chaque fois que je rentre en Allemagne. Cette promiscuité constante avec la famille, le fait que tout le monde soit toujours là pour toi, le respect des traditions. C'est ce qui me manque le plus en Allemagne.

cafébabel : Quand as-tu pris conscience du fait que deux âmes vivaient en toi ?

S. H. : Dès le jardin d'enfants en fait, car je suis rentrée en Allemagne à 4 ou 5 ans et personne ne me comprenait parce que je parlais toujours en hésitant. Mais j'ai pris réellement conscience de cela au lycée, quand je suis partie une année en échange là-bas, cela a fortement forgé mon caractère. Au niveau du tempérament et de la compassion, de l'ouverture d'esprit. Chaque fois que je rendais visite à ma meilleure amie en Bolivie, j'avais l'impression qu'on avait appuyé sur un bouton pour moi dans mon cerveau : je n'avais plus besoin de réfléchir à quel mot utiliser en espagnol, tout était là d'un coup. Comme si c'était ma langue maternelle. Comme si cela faisait partie de moi.

cafébabel : Quels avantages t'a apportés le fait d'être bilingue dans ta vie professionnelle ?

S. H. : Beaucoup d'Allemands ont des connaissances en espagnol. L'espagnol en soi ne représente pas grand chose dans ma vie professionnelle. Mon bilinguisme a surtout été positif dans la construction de mon caractère et de ma personnalité.

cafébabel : A quel niveau ? 

S. H. : La culture espagnole et les cultures marquées par la langue espagnole sont plus dans l'émotion, plus intenses, vibrent davantage et sont aussi plus excessives que la culture allemande. Mon caractère a plutôt été orienté vers les excès que vers une neutralité. Je suis quelqu'un d'expansif et d'ouvert, de dynamique, peut-être que je suis par conséquent plus dominatrice et que j'arrive mieux à m'affirmer, ce qui aide beaucoup dans la vie professionnelle. 

cafébabel : Qu'admires-tu le plus dans la culture allemande et dans la culture bolivienne ?

S. H. : Dans la culture bolivienne, clairement l'hospitalité et l'ouverture d'esprit. Dans la culture allemande, la sécurité qu'offre l'Allemagne. L'Amérique du Sud peut être très excessive et brutale en termes de violence. Avec sa burocratie stricte, l'Allemagne est plus sûre. (elle rit)