Clarisse Heusquin : la candidate toute verte

Article publié le 22 mai 2014
Article publié le 22 mai 2014

Clarisse Heusquin est candidate aux élections européennes pour Europe Écologie. À 26 ans, elle est l’une des plus jeunes femmes françaises à conduire une liste. Mais son parcours raconte surtout l’histoire d’une débutante en politique qui a su donner une nouvelle voix aux écolos en dépit de la « légitime défiance » des électeurs et de certains machos. Portrait.

20 mai 2014. À l’oc­ca­sion du grand débat ré­gio­nal de la cir­cons­crip­tion centre consa­cré aux eu­ro­péennes, une jeune femme en bla­zer vert tente tant bien que mal d’ex­pri­mer ses idées. N’in­ter­ve­nant que lorsque le pré­sen­ta­teur le lui per­met, elle pré­sente une pièce d’un euro comme un sym­bole, parle de « lé­gi­time dé­fiance » des Fran­çais vis à vis de l’Eu­rope ou de l’ex­plo­sion des ma­la­dies chro­niques sur le Vieux Conti­nent. Puis s’ef­face, lais­sant tout l’es­pace à Brice Hor­te­feux, an­cien mi­nistre sous l’ère sar­ko­zyste ainsi qu’aux 4 autres can­di­dats

« Mais c’est qui celle-là ? »

Cla­risse Heus­quin n’a pas vrai­ment l’ha­bi­tude des pla­teaux-télé. En réa­lité, les dé­bats qu’elle a menés se comptent sur les doigts de la main. La Cler­mon­toise fait pour la pre­mière fois cam­pagne aux eu­ro­péennes, en tête de la liste EELV (Eu­rope Éco­lo­gie les Verts, ndlr) dans la cir­cons­crip­tion du Centre. À 26 ans, elle est l’une des plus jeunes femmes fran­çaises à conduire une liste en vue du scru­tin or­ga­nisé le 25 mai pro­chain. À deux se­maines de l’évé­ne­ment, aux abords du siège de cam­pagne na­tio­nale du parti à Paris, la jeune can­di­date af­fir­mait avoir « un peu peur de ren­con­trer les autres » tout en sa­chant que « c’est du bon stress dans le sens où tu rentres dans un jeu po­li­tique » À la po­ten­tielle pa­ra­ly­sie de la pre­mière fois, Cla­risse pré­fè­rait l’ému­la­tion de la dé­cou­verte, le désir de « ren­trer dans l’arène ». Et de pro­fi­ter de sa carte « jeune » : « je suis nou­velle en po­li­tique, je suis jeune. Les mecs n’osent pas trop m’at­ta­quer ».

Che­veux lâ­chés, fou­lard, bla­zer sombre et Iphone dans la main, Cla­risse Heus­quin a d’abord le pro­fil clas­sique du jeune en po­li­tique. Puis, assez sou­dai­ne­ment, vous claque deux bises - « parce que je sais ja­mais com­ment on doit faire » - en vous di­ri­geant tout aussi sou­dai­ne­ment vers la pre­mière ter­rasse. Cette jeune qui se dé­fi­nit comme « au­ver­gnate et bruxel­loise » sur son CV en ligne est en­car­tée à EELV de­puis 2010. À la fa­veur d’un pro­gramme assez so­cial des Verts, elle s’en­gage chez les jeunes éco­los, « parce que c’est mar­rant, tu fais des trucs cools, glisse-t-elle dans un grand sou­rire. Des ac­tions dans la rue, des ré­fé­ren­dums na­tio­naux… » Sé­duite par l’idéo­lo­gie d’un parti po­li­tique qui reste d’après elle « le parti le plus sympa de France », Cla­risse s’in­ves­tit chez les Jeunes Verts Eu­ro­péens. Sou­te­nue par « un pote » qui voit en elle un atout, elle pos­tu­lera pour faire cam­pagne aux eu­ro­péennes dans sa ré­gion de l’Au­vergne avec un slo­gan : « Après tout, rê­vons ». « À ma grande sur­prise, j’ai rem­porté le vote des mi­li­tants et je me suis re­trou­vée à être un enjeu de né­go­cia­tion au sein du co­mité de di­rec­tion à Paris », dit-elle en re­gar­dant le fond de son verre de sirop. S’en­suivent pas mal de trac­ta­tions à l’is­sue des­quelles Cla­risse Heus­quin sera confir­mée comme tête de liste EELV. « Je n’ai même pas as­sisté au débat !, s’ex­clame-t-elle, morte de rire. J’étais à Göte­borg avec les Jeunes Verts Eu­ro­péens et j’ai ap­pris la nou­velle dans un as­cen­seur, grâce à un texto en­voyé par un mi­li­tant qui te­nait la bu­vette. »

Une verte et des pas mûrs

C’était en dé­cembre 2013. Quatre mois après, Cla­risse en parle en­core comme d’ « un beau sou­ve­nir ». Pour­tant, il a fallu convaincre. Cer­tains élus qui s’amusent à sou­li­gner « l’im­pé­tuo­sité de la jeu­nesse qui ne connaît pas les codes ». Cer­tains membres du parti « en­core un peu ma­chos » qui lâ­che­ront à ses sou­tiens « t’as cou­ché avec elle non ? » ou plus di­rec­te­ment « t’es jolie, tu va être élue ». « Ils ont mis du temps à l’ac­cep­ter, ré­sume l’in­té­res­sée. Mais faut les com­prendre aussi. Les mecs voient dé­bou­ler une meuf de 26 ans sans sa­voir comme elle est ar­ri­vée là, ils se disent for­cé­ment "mais c’est qui celle-là ?" ». Elle le dit net­te­ment : « je ne suis la  pro­té­gée de per­sonne ». Pas du sé­rail, la jeune fille a dû ap­prendre toute seule à faire la grande. D’abord à Tou­louse, pour son pre­mier mee­ting, où elle s’est re­trou­vée à dis­cou­rir « sans notes » de­vant 290 per­sonnes. En­suite, en Ukraine flan­quée de Pas­cal Du­rand et de Ka­rima Delli (res­pec­ti­ve­ment tête de liste en Ile de France et dans le Nord-Ouest) pour ap­pré­cier la douce réa­lité de Kiev et d’Odessa. Bref « deux bap­têmes po­li­tiques » qui lui ont per­mis d’as­seoir, une bonne fois pour toute, sa lé­gi­ti­mité. « Si on n’avait fait l’in­ter­view il y a deux mois, je n’au­rais pas été aussi été confiante », lâche Cla­risse en touillant les gla­çons de sa gre­na­dine.

« Des babas cool qui fument des pet’s »

Le reste, Cla­risse l‘a ap­pris dans la rue. En trac­tant. Confron­tée aux po­ten­tiels élec­teurs mais sur­tout aux 60% des Fran­çais qui n’iront sû­re­ment pas voter, elle ex­plique, ras­sure, pro­pose. Si elle confie être « par­fois trop ba­varde pour être tout à fait ef­fi­cace », la jeune écolo tente d’ap­por­ter une li­si­bi­lité à une cam­pagne eu­ro­péenne qui en manque cruel­le­ment. À un jeune foot­bal­leur, elle af­firme que l’Eu­rope « c’est comme une équipe de foot. Il faut jouer col­lec­tif ». À un père de fa­mille in­quiet sur son ali­men­ta­tion, elle in­dique que c’est l’Union qui éti­quette la pro­ve­nance de ses pro­duits. D’au­tant plus que les che­vaux de ba­taille des Verts ne sont pas simples à tra­duire. Le TTIP ou TAFTA, la tran­si­tion éner­gé­tique…au­tant d’acro­nymes et de me­sures floues que les autres par­tis ne se donnent même plus la peine d’évo­quer. 

Aux élec­tions eu­ro­péennes de 2009, EELV a rem­porté 17% des suf­frages en France. Pour le scru­tin du 25 mai, les Verts sont cré­di­tés de 8%. « Le parti n’a pas réussi à faire ce grand mou­ve­ment de l’éco­lo­gie po­li­tique », confesse Cla­risse Heus­quin en se se­couant les che­veux. Elle pour­suit : « on est dans entre-deux à sa­voir une for­ma­tion qui veut pro­po­ser une al­ter­na­tive po­li­tique sympa mais qui de­vient de plus en plus pro. Au­jour­d’hui, les éco­los ne sont pas que des babas cools qui fument des pet’s ». La jeune can­di­date compte bien don­ner de la consis­tance à un parti qui a ten­dance à bras­ser au­tant de vent qu’une éo­lienne. Pour ce faire, elle axe sa cam­pagne sur des me­sures aussi concrètes qu’orien­tées vers la jeu­nesse : Eras­mus pour tous, re­venu de base, lutte contre les abus ren­con­trés lors des re­cherches d’em­plois. Des me­sures qu’elle dé­cline à vau-l’eau sur les ré­seaux so­ciaux. Outre son blog de cam­pagne, son compte Twit­ter et sa page Fa­ce­book, la ving­te­naire a crée un tum­blr très drôle in­ti­tulé #Vis­Ma­Vie­De­Tê­te­De­Liste. « Ça me re­laxe, dit-elle, ravie qu’on aborde le sujet. Je trouve ça beau de me dire que tu peux contac­ter n’im­porte qui sur Twit­ter. Je m’éclate ! »

De­puis toute pe­tite, Cla­risse a tou­jours voulu faire un mé­tier propre à chan­ger le quo­ti­dien des gens. Dé­sor­mais, elle est porte-pa­role d’ « une gé­né­ra­tion qui ga­lère,  qui a tou­jours connu la crise mais qui est la seule à pou­voir vrai­ment chan­ger les choses ». Rom­pue à la cause eu­ro­péenne suite à un Eras­mus en Nor­vége et quelques ex­pé­riences à Bruxelles, la jeune eu­ro­phile ne s’est ja­mais posée la ques­tion de son ap­par­te­nance au Vieux Conti­nent. « Au lycée, je ne bos­sais pas mes cours sur l’Eu­rope parce qu’on nous de­man­dait de trop l’ai­mer », ajoute-t-elle avec une pe­tite moue. Pour le 25 mai, l’Eu­rope par­ti­cipe for­cé­ment de son vaste pro­jet de chan­ger la so­ciété car « tu agis dans 28 pays d’un seul coup ». Tou­te­fois, elle at­tire l’at­ten­tion sur l’im­por­tance de son an­crage à sa ré­gion d’ori­gine « car si l’Eu­rope change les choses au quo­ti­dien, c’est d’abord au ni­veau local qu’on les voit ». Et si le chan­ge­ment ve­nait de Cler­mont-Fer­rand ?