Cinéma de l’Est : le top 5 des babéliens

Article publié le 5 mars 2012
Article publié le 5 mars 2012
La notion « Cinématographie contemporaine de l’Europe de l’Est et de l’Europe Centrale » provoque un tel nombre de réactions qu’il devient impossible de mettre les œuvres des cinéastes polonais, tchèques, roumains, hongrois voire baltes dans le même panier. Comment alors définir le cinéma de cette région ?
La tache devient d’autant plus difficile lorsque l’on se demande lequel de ces films est vraiment le meilleur.

Parmi les réponses envoyées à la rédaction cafebabel.com, le nom le plus cité est, sans doute, celui d’Emir Kusturica. Comme le décrit Silvia Padrini (Italie) : « Ce qui est le plus beau dans un film de Kusturica (Underground) c’est une suite de scènes d’absurde, visionnaires et improbables à la fois qui rend impossible un meilleur moyen de la présentation de l’âme balte avec toutes ses nuances. Son cinéma, on le dévore sans retenue. » Quels sont les films de cette région qui ont le plus marqué les Européens ? Voici 5 réponses les plus intéressantes.

4 mois, 3 semaines, 2 jours (2007), de Cristian Mungiu, Roumanie

« A mes yeux, l’oeuvre la plus troublante de ces dernières années c’est 4 mois, 3 semaines, 2 jours. C’est l'histoire banale, en apparence, d’une étudiante qui, dans la Roumanie communiste, tombe enceinte et décide d’avorter. Le problème : le gouvernement de Ceausescu a légalement interdit l’avortement. Le film met en avant les émotions éprouvées par les protagonistes, leurs dilemmes, mais sans les juger. La dictature communiste ne sert que de fond à l’histoire, mais c’est justement grâce à cette manière de se focaliser sur les émotions de protagonistes que l’on peut se rendre compte de la terrifiante réalité qui est la leur. Et aussi de voir comment le régime communiste est parvenu à détruire l’homme. Un cinéma fort qui marque pour longtemps.

Wojciech Krzemiński, Pologne

La Vie est un miracle (2004) d’Emir Kusturica, Serbie

« La vie est un miracle… c’est indéniable, surtout quand on la regarde à travers la caméra d’Emir Kusturica. Je m’en souviens comme si c’était hier : c’était en 2004 et personne ne voulait m’accompagner pour voir ce film. A tel point que j’ai décidé d’y aller toute seule. Lorsque la projection a débuté, je me suis aperçue que dans la salle il n’y avait que 3 autres personnes à part moi. Et j’étais la seule à rester jusqu’à la fin de la projection. Il ne faut surtout pas penser que c’était parce que le film n’était pas bon ! Ce film fait la démonstration des rêves de ses protagonistes se trouvant au centre d’un conflit - les habitants de Bosnie, Serbie ou Croatie - tout en rappelant que, malgré les coups durs, la vie vaut la peine d’être vécue. Car nous nous nourrissons tous des mêmes choses : de la foi en quelqu’un ou en quelque chose et de l’amour. »

Raquel Petra Lopes, Portugal

Un conte d’Été polonais (2007) de Andrzej Jakimowski, Pologne

« Tout de suite derrière le grandiose Chat noir, chat blanc d’Emir Kusturica (1998), sur ma liste de films préférées de l’Europe de l’Est figure Un conte d’Été polonais (2007) – la « tendre » histoire d’un petit garçon issu d’une petite bourgade tranquille en Pologne s’efforçant de changer l’avenir de sa famille, non sans prise de risques. L’action se déroule dans ce petit village en une après-midi d’été durant laquelle l’auteur livre une introspection des cogitations de l’enfant tout en osant analyser d’une manière inoubliable la vie du milieu rural. »

Davide Denti, Italie

A qui est cette chanson ? (2003) d’Andrea Peeva, Bulgarie

« A la recherche d’une mélodie qui l’obsède, l’auteur du film voyage en Turquie, Grèce, Macédoine, Albanie, Bosnie, Serbie et Bulgarie. C’est avec plein d’humour, un peu de tragique, des imprévus et du suspense, que l’on nous raconte l’histoire d’une chanson. Les habitants de différents pays traversés affirment respectivement que c’est une chanson de leur pays, « leur chanson », tout en livrant des anecdotes à propos de sa création. Le même air est associé aux paroles qui divergent selon le pays : tantôt c’est une chanson d’amour, tantôt un chant religieux voire un hymne révolutionnaire. La lutte pour « s’approprier » la chanson est marquée par des émotions si intenses que cela peut devenir comique mais aussi intriguant. Dans ce contexte, une innocente enquête menée dans une région animée par des différends ethniques, finit par devenir une analyse historique et sociale d’un conflit entre les peuples baltes. Ce film a, d’une certaine manière, influencé ma vie en me poussant à fonder, avec 5 de mes amis, un projet « Balkans Beyond Borders » en 2009 et qui par la suite est devenu une organisation non gouvernementale en plein essor.

Konstantinos Ntantinos, Grèce

Triage (2009) de Danis Tanović

« Étant donné la monotonie de l’action qui peut, à un moment donné, lasser, ce n’est pas, certes, le meilleur film d’un point de vue technique qui me viendrait à l’esprit. Pourtant, il a quelque chose. Le personnage principal, un reporter de guerre (incarné par Colin Farrell), perd la mémoire durant son séjour au Kurdistan. L’effort inhumain qu’il mène afin de la recouvrir se termine par un succès. On apprend qu’un ami du reporter a perdu ses jambes en marchant sur une mine sans que celui-ci ne puisse lui porter secours. Bien que le film manque d’une analyse plus profonde sur l’état psychologique du personnage principal qui est confronté quotidiennement aux conséquences de la guerre (la douleur, la peur, la violence, la mort), il m’a beaucoup touché. Pourquoi ? Danis Tanovic a choisi une façon de montrer qu’il est indispensable de trouver un équilibre entre ce que l’on fait pour survivre (le travail) et ce que l’on fait avec le reste du temps (la famille). Ce qui m’a le plus touché c’est le sentiment de culpabilité éprouvé par le reporter, lequel, animé par l’instinct de survie, se force à oublier la mort de son ami, un coup trop dur à accepter. »

Monika Cheshire Cat Bernhart, Italie

Photo : remerciements à : Filmweb; Vidéos dans l’ordre : filmsbac/YouTube, SnivellusTonks/YouTube, marcinfischer/YouTube, adelamedia310374/YouTube, BuzzyVideos/YouTube