Chypre: la présidence du Conseil sous perfusion financière

Article publié le 29 juin 2012
Article publié le 29 juin 2012
Par Aris Kokkinos Après la rigueur nordique du modèle danois, voici la subtilité orientale de l’exception chypriote. A partir du 1 juillet, Chypre assurera la présidence semestrielle de l’UE. Une présidence qui commence par un appel au secours : Chypre a d’urgence besoin de quelque 4 milliards d’euros… Son président Dimitris Christofias aura la double tâche d’implorer le Conseil, et de le présider.

L’île, divisée depuis 1974 entre Chypriotes grecs et turcs, dont seule la partie grecque est reconnue par la communauté internationale, est à son tour frappée par la crise des dettes souveraines. C’est le cinquième pays de la zone euro à appeler à l’aide. Son secteur bancaire, très lié aux banques grecques, a vu sa note abaissée en catégorie spéculative par l’agence Fitch. Chypre demande à être recapitalisée d'urgence avec 4 milliards d'euros. Le Fonds Européen de Stabilisation Financière a répondu positivement à cet appel, mais pour un montant d’1 milliard. On est loin du compte.

Une situation pas très orthodoxe

Chypre a donc aussi fait appel au FMI, ce qu’a confirmé Christine Lagarde: "Nous nous tenons prêts à nous joindre aux efforts de nos partenaires européens pour aider Chypre". L’île d’Aphrodite use de ses charmes pour préserver son impôt de 10% sur les sociétés, l'un des plus bas de l'Union. Nicosie espère aussi obtenir un prêt de la Russie, à des conditions plus favorables que celles de Bruxelles. Chypre est en effet le premier investisseur mondial en Russie, du fait des fonds russes qui y sont placés pour bénéficier d’accords fiscaux bilatéraux. Ce qui énerve les autres Etats membres, à l’heure où Chypre prend la présidence tournante de l'UE. Dans ce contexte, le refus de la Turquie de reconnaître la présidence chypriote de l’UE aurait presque un aspect anecdotique.