Chypre invitée en Russie et des Russes qui s’invitent à Chypre

Article publié le 26 novembre 2008
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Article publié le 26 novembre 2008
Les relations entre la République de Chypre (partie grecque) et la Russie sont au beau fixe. Le président grec chypriote Dimitris Christofias revient enchanté de son voyage diplomatique à Moscou où il a été reçu “chaleureusement” par son homologue Dmitri Medvedef, selon les mots du journal chypriote Charavi qui revient longuement sur tous les sujets abordés par les autorités russes et chypriotes.

Tout d’abord, la signature d’une déclaration politique qui assure le président gréco-chypriote (communiste, rappelons-le) du soutien russe dans les négocations en cours sur la résolution du conflit. La Russie s’engage elle aussi pour la création d’une fédération bicommunautaire et bizonale chypriote incluant l’égalité politique de tous les citoyens, comme cela est prévu par les plans de l’ONU. Au-delà de ce soutien, déjà exprimé par ailleurs au début du mois de septembre au moment de la reprise des négocations (voir l'édition de Kathimerini du 04 septembre) et plutôt consensuel, les deux pays ont également signé des accords économiques pour “affronter les problèmes provoqués par la crise mondiale”. Des accords en matière de stratégie militaire ou encore pour résoudre le problème de l’eau à Chypre ont été signés, et l’île d’Aphrodite peut donc compter sur le soutien russe. Le président Christofias s’est également réjoui des investissements russes à Chypre, et de l’augmentation du tourisme en provenance de Russie.

monastère russe Cette alliance fait un peu grincer des dents la partie turque, mais le long article publié dans Charavi ne consacre que quelques mots à la réaction énervée de M. Ertsakitza (porte-parole de la partie turque) qui demande à ce que “le président Christofias cherche un interlocuteur à Chypre et non à Moscou”, ce à quoi l’intéressé a répondu que “M. Talat devrait chercher un interlocuteur à Chypre au lieu de chercher un soutien auprès de n’importe qui”. Allié turc contre allié russe.

Outre ses aspects diplomatiques, ce voyage en Russie m’a rappelé le contenu d'un article publié en septembre dans un autre journal chypriote, Simerini. Un reportage détaillé expliquait alors comment plusieurs millionnaires russes avaient obtenu “par mesure d’exception” la nationalité chypriote. Le Conseil des ministres gréco-chypriote a en effet pouvoir, sur demande du Ministère des Affaires étrangères, d’accorder cette nationalité, même si toutes les conditions classiques ne sont pas réunies (entre autres, le fait de résider depuis au moins 7 ans sur le territoire de la République de Chypre). En fait, ces mesures d’exception ont été mises en place en juillet 2007, quand le conseil des ministres a décidé de pouvoir accorder la nationalité chypriote à toute personne de plus de 35 ans qui dispose de plus de 17 millions d’euros dans une banque du pays ou qui dirige une/des entreprises dont le chiffre d’affaire à Chypre dépasse 85 millions d’euros par an.

Il semble donc que l’obtention de la nationalité chypriote par une petite demi-douzaine de millionnaires russes d’une quarantaine d’années, tous cadres dans des banques russes, soit justifiée par l’”intérêt public du pays”. Ces riches slaves ont en effet apporté avec eux sur l’île de fortes sommes d’argent mises en dépôt dans les banques chypriotes (plus de 135 millions de dollars au total), et ont acquis des propriétés aussi splendides que chères sur le territoire. Certains ont aussi investi de fortes sommes dans l’économie du pays. En cette période de crise et de négociations, ces Russes font donc figure de bienfaiteurs pour les Grecs de Chypre.

Une autre intrusion étrangère récente sur l’île renforce le discret parfum de guerre froide. Un article paru dans To Vima révèle les doubles fonctions d’Alexander Downer, nommé en septembre en tant qu’envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies dans les négociations chypriotes et par ailleurs ex-ministre des Affaires étrangères australien. Il semble que ce brave homme travaille parallèlement pour une société britannique, Hackluyt & Co, dont le but est “ de recueillir des informations d’importance stratégique pour des entreprises multinationales qui veulent investir dans les zones politiquement et économiquement instables”. M. Downer ne serait que membre du conseil consultatif, et à ce titre ne recevrait aucune rémunération de la part de cette société. Le journaliste pose tout de même quelques questions troublantes: “N’y-a-t-il que les Nations Unies et les parties prenantes dans le conflit chypriote qui soient au courant des informations dont dispose M. Downer, ou d’autres en profitent-ils? Et le cas échéant, qui ? En outre, dans quelle mesure le cours même de ces négociations peut-il être influencé par la double activité de M. Downer ?”