Chute du Mur : Ce soir-là, tout le monde regardait Berlin

Article publié le 31 octobre 2014
Article publié le 31 octobre 2014

Le 9 novembre 1989, j'avais 5 ans. C'est pas beaucoup. Mais assez pour me souvenir de quelques images à la télévision. Car la télévision était restée alumée toute la soirée, ce qui était loin d'être habituel chez moi. Mes parents étaient comme captivés par ces images pleines de couleurs de foules dans la nuit.  

Je n'ai pas compris ce qui se passait cette nuit-là mais j'ai bien compris que mes parents y voyaient quelque chose d'important. Alors je leur ai demandé de témoigner eux-mêmes.

« Le 9 novembre 1989, on était à Berlin, ou plutôt c’était tout comme si on y était. Nous n’avons quitté des yeux la télévision que pour téléphoner à nos amis en Allemagne (de l’Ouest). Nous voulions vivre avec eux ce moment qu’on pressentait unique, savoir ce qu’ils ressentaient, eux qui étaient si proches. Si nos enfants avaient été un peu plus grands, nous aurions tous filés là-bas pour vivre cet instant historique. »

Le Rideau de fer nous faisait froid dans le dos

« Nous étions presque nés avec le Mur, ou tout au moins si peu de temps avant sa construction que nous ne connaissions rien de l’Allemagne de l’Est, isolée par ce mur. Lors de l’un de nos séjours à Lüneburg, nos amis nous avaient amenés près de la frontière, au bord de l’Elbe et ce que nous avons vu alors nous a fait froid dans le dos. À seulement 1000 kilomètres de chez nous, il y avait des barbelés, des chevaux-de-frise.   Au loin, après une large étendue de terrain vague,  on pouvait voir des militaires armés et des chiens. Nos amis nous ont dit qu’ils tiraient sans sommation. Les seules personnes que nous connaissions, de l’autre côté, c’étaient leurs championnes du monde, surtout de natation, à la carrure stupéfiante. »

« Alors, le 9 novembre, sur la 5 (chaîne TV disparue en 1992, ndlr), nous avons regardé jusqu’à tomber de sommeil. Au début, méfiants, connaissant le régime de contrôle sévère de la République démocratique, nous avons cru que l’ouverture des frontières était un piège, mais non, c’était bien vrai, elles pouvaient être franchies sans risque, sans que les militaires tirent, le Mur s’écroulait. Bien sûr, nous nous réjouissions de la réunion des familles, de la liberté de circulation, mais aussi, égoïstement, nous avons pensé : enfin !  nous allons pouvoir visiter ces pays de l’Est si difficiles d’accès aux touristes, l’Allemagne de l’Est patrie de Jean-Sébastien Bach, la Pologne , cet État dont le nom n’existe plus: la Tchécoslovaquie et sa belle capitale Prague. Et nous l’avons fait. Plus récemment nous avons découvert les pays Baltes, et ses capitales Riga, Talinn et Vilnius. Dans ces capitales les guides disent bien aussi que la chute de mur de Berlin fut pour eux aussi le début de leur libération.

Ce qui était étonnant ce soir du 9 novembre c’est que la plupart des chaînes de télévision se demandaient si elles devaient envoyer immédiatement leurs équipes. Le lendemain était toujours aussi excitant car la lumière du jour confirmait que ce qui nous était apparu pendant la nuit était bien vrai. Et tous les médias envoyaient leurs experts pour commenter et surtout essayer d’imaginer ce qui pourrait se passer dans les jours ou les semaines qui suivraient. La libre circulation ne voulait pas encore dire réunification allemande, ce sera une autre belle histoire. »

Beyond the Curtain : et le rideau sur l'Europe est tombé

Il y a vingt-cinq ans, le rideau de fer est tombé. Il y a dix ans, huit États post-communistes devenaient membres de l'Union européenne. Mais que savons-nous de nos voisins ? Contactez-nous à berlin[at]cafebabel.com pour rejoindre notre équipe de journalistes.