Chronique d’une transfrontalière (1)

Article publié le 21 août 2008
Article publié le 21 août 2008
Sarrebruck, le 21 août 2008 Par Lena Morel Jongler d’une langue à l’autre, sans cesse, à finir par s’y perdre. Je ne vous parle pas du quotidien au sein d’une institution européenne ou d’une organisation internationale : il est toujours possible d’y avoir recours à la lingua franca – l’Anglais.
Je vous parle de ce qui relève de l’apanage des transfrontaliers, celui de se mouvoir au quotidien dans deux environnements culturel et linguistique, celui de faire la connaissance avec un contexte entreprenarial bien éloigné de celui qui fait le contexte des revendications sociales et syndicales nationales du domicile principal.

« En vertu du traité CE, les personnes peuvent circuler librement pour des raisons professionnelles d’un Etat membre de l’UE à un autre sans subir de discrimination en ce qui concerne l’emploi, la rémunération ou d’autres conditions de travail. Les travailleurs transfrontaliers sont des personnes qui travaillent dans un Etat membre de l’UE tout en résidant dans un autre Etat membre ».

Voici donc une esquisse grossière de la définition du travailleur transfrontalier avec ce qu’elle contient de nuances et contradictions dans les faits.

Le passage au statut de travailleur transfrontalier relève du parcours initiatique : des dispositions communautaires particulières existent dans le domaine de la sécurité sociale mais sont absentes dans le domaine de l’imposition (imposition dans l’Etat de résidence ou dans l’Etat d’emploi). Et si l'Allemagne reçoit chaque jour environ 56000 travailleurs domiciliés en France (dont 10500 Allemands) pour vaquer à leur activité professionnelle, il n’est finalement pas si aisé de se repérer dans les méandres juridiques et administratifs.TER-Fr.jpg

Mais avant même de vous rendre compte de ce « détail » et en votre nouvelle qualité de travailleur transfrontalier français en Allemagne, vous commencez par admettre, non sans difficulté et réticence, que vous signez un contrat de 40 heures. Il faudra vous y faire : on se bat en France au sujet des 35 heures, et vous le savez car rentré « chez vous » le soir, vous suivez l’actualité de votre nid. Ici ce sont les 40 heures hebdomadaires pour tous, hors de question de venir jouer au réformateur. Vous voilà jeté dans l’eau froide.

Certains voient dans ce mode de vie une forme de schizophrénie, d’autres du courage, certains de la chance, d’autres un fardeau. A vous de vous faire votre propre idée. Mais qu’est ce qui peut finalement motiver à prendre la décision de vivre comme un escargot ? Je ne fais pas référence à la lenteur – loin s’en faut en tant que transfrontalier – mais bien à cette petite maison qu’il porte sur le dos. Un petit quelque chose d’Erasmus, une pointe de nomadisme chronique, une curiosité insatiable, une opportunité professionnelle, une nécessité économique...

RE-All.jpgJe pensais pour ma part vivre l’Europe, mais au final, je vis souvent bien plus le franco-allemand. Et pour cause : si aux balbutiements de la Communauté européenne les travailleurs ont été les premiers à profiter des dispositions et avancées communautaires et des libertés du marché intérieur européen, il faut avouer qu’aujourd’hui leur statut est quelque peu à la traîne. Les dispositions véritablement communautaires, autrement dit harmonisées au niveau de la Communauté européenne, n’ont pas percé tous les domaines de compétences auxquels sont confrontés ces travailleurs. La question se règle au cas par cas, d’un pays à l’autre, souvent sous forme d’accord bilatéral.

La toile de fond est brossée : elle nous permet de planter dans le décors les enjeux du quotidien des transfrontaliers, les eurorégions et eurodistricts... Autant de questions que la réalité du travailleur transfrontalier rend plus palpable et perceptible et que vous pourrez suivre régulièrement sur ce blog dans les semaines à venir.

(Photo1: flikr/chupacabra.art)

(Photo2: flickr/pterjan)

(Photo3: flickr/kpmark)