Chronique de l'absurde : acte 2, Loukachenko provoque Medvedev

Article publié le 27 octobre 2010
Article publié le 27 octobre 2010
Voilà 16 ans déjà qu’AlexandreLoukachenko tient la Biélorussie en son pouvoir. Afin de le conserver, il espère éliminer toute opposition sérieuse. Pour y arriver, tous les moyens sont bons, y compris la répression, mais aussi la tenue d’élections dont la validité, jusqu’à présent, a été souvent l’objet de nombreuses controverses.
Le 19 décembre 2010, le peuple de Biélorussie est donc appelé à élire, du moins formellement, son nouveau président. Claudine Delacroix, une Française établie à Berlin, nous dévoile l’une des facéties de ce pouvoir personnel quasi-ubuesque. Acte 2 : quand Loukachenko provoque son homologue russe par coursive, celui-ci le casse sur son blog vidéo.

Quand ils aspirent à des transformations politiques, les citoyens ordinaires disposent d’un arsenal de mesures moindre par rapport aux politiciens qui les gouvernent. Ambassades et réunions au sommet permettent à ces derniers de définir leur politique En matière de communication avec les chefs d’Etat voisins, les outils de négociations ne manquent pas. Mais en cas de coup dur, un président peut toujours en appeler un autre en décrochant sa ligne directe.

Petit spams entre ennemis

Jusqu’à maintenant, Dimitri Medvedev et Alexandre Loukachenko ne s’en privaient pas. Toutefois, ces derniers temps, le traditionnel échange fraternel entre le président de la Fédération de Russie et celui du Bélarus vient d’être sérieusement ébranlé dans sa routine. Nous n’ignorons certes pas à quel point le petit tsar de Minsk aime à poser en chef d’Etat proche de son peuple. En juin dernier, au paroxysme du conflit l’opposant à Moscou au sujet de la facture de gaz, le président biélorusse, qui veut passer pour un homme d’action courageux et pragmatique ne souffrant aucun retard dans le traitement des affaires importantes, a cru bon de jouer la fermeté. Constatant, non sans impatience, que la ligne de son correspondant sonnait momentanément occupée, le plaignant a jugé plus efficace et plus sûr de lui faire parvenir ses doléances par l’intermédiaire d’une lettre ouverte publiée dans les colonnes de La Pravda. Dans cette missive, il s’autorise à casser du sucre sur le dos de la politique extérieure du chef du Kremlin. Ni une ni deux, la réaction de Medvedev fut rude ! Sans ménagements, l’interpellé s’en est expliqué devant la presse : « Loukachenkodevrait s’abstenir à l’avenir d’envoyer de tels pourriels (spams) ». Au moins, une chose est sûre : s’il elle ne répondait pas dès la première sonnerie, la ligne était loin d’être en dérangement ! Tous ceux qui, avec les médias russes, n’étaient pas encore convaincus de la dégradation accélérée des relations entre les deux voisins abandonneront leurs derniers doutes devant la tournure tendue que prennent subitement les événements. 

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Début octobre, Medvedev, dans son blog vidéo régulier où il critique ouvertement ce que Loukachenko nomme le courant antirusse, somme brutalement son allié de porter moins d’intérêt à l’avenir de son ami l’ancien maire de Moscou Iouri Loujkov (récemment démis de ses fonctions par le président de la Fédération russe) et de s’occuper un peu plus de ses propres affaires… En particulier, du sort de ses adversaires politiques dont la mystérieuse disparition n’a pas, jusqu’à ce jour, encore été éclaircie. En pratiquant la surenchère, Dimitri le blogueur s’applique ainsi à se faire clairement comprendre par Alexandre L., l’épistolier incontinent. Qu’en ressort-il de cette nouvelle page de l’histoire de la communication qui s’ouvre entre les deux chefs d’état ?

1/ D’abord, il est indéniable que Medvedev est branché. Il a bien assimilé le pouvoir que les outils d’une société de communication digne de ce nom renfermaient. Sachant s’en servir avec une efficacité pointue dans la gestion de ses relations extérieures et jaugeant à leur juste mesure les possibilités technologiques qu’ils offrent, il a compris tous les avantages qu’il pouvait en tirer.

2/ Qu’il doit être bien clair, pour celui qui se montre encore sceptique, que le régime de Loukachenko n’a plus rien à attendre de la Russie qui le finance depuis déjà pas mal d’années.

3/ Que si les deux pays atteignent un tel niveau d’absurdité dans leurs relations, le meilleur candidat à la succession du président biélorusse actuel pourrait n’être - modernité oblige ! - qu’un internaute doté d’un sens aigu de l’ironie. Voilà pourquoi, en prévision des élections du 19 décembre prochain, il ne faut pas perdre de vue l’écrivain Wladimir Nekljajev, candidat entré dans la campagne en arborant le slogan « Dites la vérité ! » En guise de proposition, concluons par une anecdote qui le concerne : une scène de l’un de ses romans qui a été adapté au petit écran décrit, en arrière-plan, l’exécution en règle d’un chat par un jeune garçon dans un terrain vague. Se sentant salie dans son intégrité morale, la télévision d’Etat s’en est soudain émue. Désireux alors de faire un geste significatif en direction du grand public, Wladimir Nekljajev n’a pas hésité à publier, en son nom et au nom de l’infortuné matou nommé Barsik, un mémorandum dans lequel les hommes et les chats s’engagent désormais à travailler ensemble dans une ambiance constructive et fraternelle. Ironie ! ? Vous avez dit : Ironie ?! 

Illustration: ©Adrian Maganza/ adrianmaganza.blogspot.com; Video: ©Russia Today/ Youtube