Chirac était-il un Européen convaincu?

Article publié le 28 mars 2008
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Article publié le 28 mars 2008
Caricature zone : www.magixl.comAu moment où Nicolas Sarkozy connaît l’un des soufflets les plus mémorables de l’histoire politique française – sa dégringolade dans les sondages a été aussi rapide que sa montée en puissance – les dinosaures effectuent leur come back.
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Il y a quelques semaines, en manque de bain de foule et souhaitant faire le plein de produits du terroir, Jacques Chirac – ce bon vieux Jaco – venait serrer la main des visiteurs et des exposants du salon de l’agriculture. Bien loin du mépris qu’avait essuyé l’actuel président de la république quelques jours plus tôt, à qui l’un des visiteurs reprochait d’être « salissant », Jacques Chirac s’est, au contraire, vu adressé tous les honneurs.

Cet espèce de retour vers le passé aurait pu être tout simplement amusant si la presse n’avait pas saisi le coche pour déclarer le « retour » de Chirac dans le cœur des Français, voire même dans celui des Européens…

La nostalgie Chi-chi…

Il est vrai que certains regrettent l’ancien chef de l’Etat français sur la scène internationale et que nos partenaires européens laissent parfois paraître une certaine nostalgie pour le couple Chirac-Shroëder. Certes moins passionné que celui formé par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel – sorte de « je t’aime, moi non plus » parfois déroutant – le duo était plus consensuel. Les deux pontes avaient le mérite de porter l’Europe sans trop la brusquer.

Or, au moment où l’activisme sarkoziste appelle quelques craintes chez nos partenaires européens, le style plus traditionnel de son prédécesseur en vient parfois à être regretté. L’esprit européen de Jacques Chirac, s’il pouvait autrefois être taxé de minimaliste, avait au moins le mérite de la sobriété.

Sarkozy l’affirme, il est un Européen convaincu (et pour preuve : le drapeau européen jouxte toujours l’étendard français lorsqu’il prend la pose) ; Chirac, lui, n’a jamais montré autant d’enthousiasme.

Sans doute cet écart d’affichage est-il lié au contexte très particulier dans lequel se trouvent aujourd’hui l’Union européenne et a fortiori la France : un traité renégocié sur la base d’un rejet français, des référendums à suspens en Irlande et en Slovaquie, une présidence française qui aura à charge la mise en œuvre des dispositions techniques du nouveau texte. A côté de cela, un futur président de l’Union européenne qui s’agite, semant le trouble autour de l’Union pour la Méditerranée et de la PAC, s’apprêtant à engager des dépenses publiques inconcevables au regard du déséquilibre budgétaire dont nous sommes responsable à Bruxelles.

Pourquoi un tel désamour ? Analyse giscardienne.

Dans une tribune qui lui était accordée par le magazine l’Express, Valérie Giscard d’Estaing (VGE pour les intimes) minimise ce désamour que l’on qualifie également de défiance. Selon l’initiateur de la Convention sur l’Europe, Pygmalion de la Constitution européenne, « imaginer que cette présidence va permettre à la France de s’emparer de l’Europe [est] un absurde contre-sens qui risque d’accentuer l’image d’arrogance des Français. »

Même s’il reste discret quant à la politique européenne de Sarkozy, l’ex UDF ne cache pas son optimisme dans un entretien accordé au Point : « Souhaitons que les 500 millions d’Européens puissent lui être reconnaissant du soin, de la modération et du savoir-faire que [la France] apportera à dégager des solutions communes auw problèmes qui entrent dans la compétence de l’Union européenne ».

Sophie Helbert