Chine, 2ème puissance économie mondiale, oblige l'Europe aux compromis

Article publié le 24 février 2011
Article publié le 24 février 2011
Le 14 février, la Chine a dépassé le Japon en devenant la deuxième puissance économique mondiale. Les signes et les présages de l'apparition d'une nouvelle grande puissance étaient omniprésents dès la mi-janvier 2011.

Tout d'abord, il y eut l'achat hautement médiatisé d'obligations espagnoles par la Chine pour une valeur de huit milliards de dollars. Utiliser ses immenses réserves de devises étrangères pour acheter systématiquement des dettes souveraines, comme ce fût le cas en Espagne en janvier 2011, donne à Pékin une force politique au moment où les finances publiques des pays des deux côtés de l'Atlantique se trouvent dans une situation de grave désordre. Puis, il y eut la nouvelle que la Chine avait surpassé le Japon en devenant la deuxième plus grande économie nationale de la planète, comme l'indique son produit intérieur brut (PIB). Bien que les élites américaines rendues nerveuses puissent encore trouver du réconfort dans le fait que le PIB américain représente trois fois le PIB total chinois, la comparaison de la parité du pouvoir d'achat dans les deux pays montre que l'économie chinoise est plus importante.

« Des espoirs radieux et partagés pour l'avenir »

Lors de la visite en Chine du secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, son hôte lui dévoila un avion furtif développé bien plus tôt en terme d'années que ne l'avaient prévu les observateurs extérieurs. Le nouveau chasseur Chengdu J-20 fut un rappel que la force économique se traduit habituellement en force militaire. En dépit de l'optimisme quant à une puissance modérée dans les affaires internationales, la puissance militaire reste l'ultime mesure de la puissance étatique.

Finalement, il y eut un désaccord dans les commentaires faits par les présidents Barack Obama et Hu Jintao lors de leur commune conférence de presse à la Maison Blanche le 19 janvier. Avant qu'ils ne la finissent par des affirmations de pure forme sur « les espoirs partagés pour l'avenir » (Obama) et « le brillant avenir du monde » (Hu), il était difficile de manquer la rivalité internationale entre les leaders d'une puissance prônant le statut-quo et d'une puissance révisionniste. Là où Obama était déterminé à donner à la Chine le rôle limité d'une puissance régionale de l'Asie orientale choisie pour aider les Etats-Unis en Iran et au Soudan, Hu était seulement décidé à donner à la Chine et aux Etats-Unis une égale représentativité sur la scène mondiale. Apaiser les inquiétudes des leaders chinois quant à leur statut requièrera d'utiliser ce même genre de terminologie, à savoir les mots et expressions « partenariat » et « monde de plus en plus multinational » que le ministre allemand des Affaires Etrangères Guido Westerwelle adopta pour décrire les relations sino-allemandes lors du sommet de Hambourg en novembre 2010. Il se trouve que les Allemands connaissent bien les ressentiments qui motivent les leaders des puissances révisionnistes.

Déplacement de l'ascension économique de l'Ouest vers l'Est

Les classes politiques des deux côtés de l'Atlantique ont raison de s'inquiéter du déplacement du centre de gravité de l'économie mondiale de l'Atlantique au Pacifique. Le pouvoir politique du système international suivra inévitablement. Bien que plusieurs démocraties libérales aient été établies à sa périphérie Est, la Chine reste ouvertement antilibérale et autoritaire. Contrairement aux promesses de ceux qui firent avec succès pression pour que Pékin soit admise à l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) durant les années 1990, la prospérité a renforcé le nationalisme chinois plutôt que de générer des demandes générales pour une réforme libérale et démocratique.

Le nationalisme a de l'importance, non seulement parce qu'il légitime la répression des dissidents politiques, mais aussi parce qu'il a tendance à produire des demandes de résolution de conflits territoriaux avec des Etats voisins. Le plus dangereux de ces conflits implique le statut de Taïwan, mais la Chine revendique aussi la souveraineté nationale sur les îles Spratley et Paracels. Bien que très éloignés du territoire de tout Etat-membre de l'Union européenne, ces conflits sont significatifs car il est peu probable que la Chine soit uniquement apaisée par des mots.

La tentation pour les puissances révisionnistes dans un système international multipolaire est de jouer au perturbateur dont la coopération doit être achetée à prix fort. Ce dont le reste du monde a besoin d'obtenir de la Chine c'est un sérieux engagement en matière de gouvernance mondiale sur une série de questions dont les plus urgentes sont les taux de change de la monnaie, le changement climatique et l'approvisionnement en terres rares. Obtenir un engagement peut requérir des sacrifices à faire pour satisfaire le nationalisme chinois. Libérer le Renminbi pour l'apprécier à sa vraie valeur, fixer de vraies limites aux émissions de carbone dans la plus grande économie du monde et assurer l'accès aux terres rares pour la fabrication de batteries automobiles hybrides et électriques, c'est objectivement plus important pour le bien-être de la plupart des gens sur la planète qu'un drapeau national flottant sur des rochers sans valeur dans la mer de Chine méridionale. De petits sacrifices aux dieux de la haute politique peuvent s'avérer nécessaires pour recueillir les bienfaits des dieux de la basse politique.

Photo : (cc) theCarol/flickr